Pourquoi les VJ’s d’aujourd’hui s’éclatent autant (sinon plus) que les DJ’s sur scène

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©D.R
Le 17.12.2019, à 10h05
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Alex Horvais est VJ, ou vidéo-jockey, c’est-à-dire que son rôle consiste à « apporter une dimension visuelle à l’espace sonore créé par le DJ ». Dans le cadre d’un partenariat avec l’ESRA Rennes, rencontre avec un défricheur qui assure depuis quelques années le VJing de la Greenroom des Trans Musicales.

Comment est-ce qu’on devient VJ ?

J’ai envie de dire, en voyant les Daft Punk à Coachella en 2006 (il rit). Ça a tout de suite aiguisé ma curiosité, je me suis demandé comment ils avaient fait ça. Plus tard, je suis devenu intermittent, et je trouvais que le VJing était une bonne passerelle entre la musique et l’informatique, car il faut quand même quelques notions, en encodage notamment. Donc j’ai décidé de me former là-dedans, car ça liait infographies, vidéos, logiciels… J’ai suivi les cours du Collagiste, l’un des plus grands VJs de France, qui bosse notamment avec Laurent Garnier.

Comment êtes-vous arrivé aux Trans Musicales ?

En fait, j’ai commencé avec la Greenroom de Solidays. Et en 2012, ils ont décidé d’exporter le concept aux Trans. Donc ça a été une création de poste, je n’ai pris la place de personne et ça, c’est important pour moi.

C’est un festival essentiel, à vos yeux ?

J’habite entre Rennes et Saint-Malo, j’y travaille depuis 2012, c’est chez moi… On est avec tous les copains, on se retrouve au catering, on se connaît tous, on se dépanne entre les halls… J’adore, la date est bloquée un an à l’avance. Et puis c’est le plus gros truc que je fais en VJing. Le reste, c’est une dizaine d’événements dans l’année : festivals, concerts, soirées privées…

Y’a-t-il des spécificités à la Greenroom ? Comment y travaillez-vous, concrètement ?

Dans la Greenroom, il n’y a que des DJs généralement. Ce sur quoi on joue, c’est le côté circulaire, avec des écrans LED modulables tout autour de la scène, aux murs. Chaque année, on pense aux évolutions possibles, on note dans un coin ce qu’on pourrait améliorer et on essaie de s’y tenir. Les dispositions varient et tout le monde est assez ouvert, à commencer par les artistes. Parfois, on fait des supers écrans circulaires et l’artiste nous dit : « Bah non, moi sur mon son il me faut un petit écran derrière avec un vidéoprojecteur… » Et puis généralement quand il voit le résultat, il fait machine arrière et nous demande de revenir à ce qu’on avait prévu, même si ça éclate un peu leur visuel.

Considérez-vous votre travail comme proche de celui d’un DJ ?

Complètement. Un DJ va avoir des banques avec des basses, des claviers, etc. Moi je vais avoir des triangles, des ronds, des carrés, des formes géométriques. Et dans la catégorie « carrés », je vais avoir des vidéos parfois avec un seul carré, d’autres fois avec plusieurs, des damiers, un cube en 3D, etc. Et comme dans le son, on va avoir de la prévisualisation : j’ai mes deux platines, mon A et mon B. Mon A envoie, je lui ajoute des effets, je le répète ; puis je prépare mon B, je joue sur la transition entre les deux, puis je passe de l’un à l’autre. Vraiment comme un DJ !

Il peut y avoir d’autres vidéos, outre les formes géométriques ?

Tout ce qui tourne sur VLC, je peux le lancer, du dessin animé pour enfants ou expérimental au dernier Star Wars en passant par le film de la grand-mère. J’ai 2600 vidéos… À partir du moment où ça a un intérêt artistique pour moi, ça reste dans ma banque, et pour certaines, j’y tiens, elles sont personnelles, j’ai pas forcément envie de les prêter. Après, je joue beaucoup sur les formes graphiques, car ça colle très bien à la musique électronique. Sinon ça peut aussi être du time-lapse de villes [image avec effet d’accéléré, ndlr].

À qui appartiennent les vidéos que vous passez ?

Elles m’appartiennent. Soit elles sont libres de droits sur des plateformes de téléchargement, soit je les fabrique sur des logiciels de création visuelle, comme After Effects. J’en classe depuis des années.

Comment déterminez-vous quelles vidéos passer ?

Au début j’avais des mix fixes, mais en fait tu en viens vite à bout… Donc je ne vais pas te faire le coup du peintre, mais c’est un peu ça : j’ai une toile blanche et en fonction de la musique, je me lance et j’en teste énormément. Je dois aussi me coordonner avec le “lighteux” : par exemple, quand le DJ fait un petit cut, coupe les basses ou un truc comme ça, et que nous on coupe les lights pour plonger le public dans le noir, eh ben il se passe un truc. On sent que ça crée quelque chose, ça concerne plusieurs sens.

Et sur les vidéos à passer, les DJs ont parfois des directives ?

Ça arrive oui, même si généralement on ne leur parle que lors des quelques heures qui précèdent leur set, au moment des balances. Ils peuvent nous demander de passer ceci ou cela en priorité, ou à tel moment. Le plus souvent, ils nous donnent juste des indications niveau motifs, lumières, etc. Dans le genre anecdotes, une fois un DJ nous a dit : « que du blanc ». On s’est dit qu’on était dans la merde ! Finalement, cette consigne nous a motivés, nous a obligés à nous creuser les méninges, à aller chercher au fond de nos banques de vidéos, trouver de nouveaux effets ou de nouveaux filtres. C’était très positif, la contrainte a permis de se réinventer.

Vous avez d’autres anecdotes du même type ?

Il y a deux ans, aux Trans, une nana a demandé qu’on joue avec son logo, un astérisque. Et en fait pendant 1h30, je n’ai utilisé que le logo. Parfois il y en avait 150, parfois ça tournait, il était en gros, en petit, j’ai joué avec la 3D… À la fin, je vais la voir, elle ne s’attendait pas du tout à ce que je n’utilise que son logo et elle a adoré. J’ai aussi eu un DJ qui jouait pas mal de trucs rockabilly et qui m’a filé une vidéo de quatre ou cinq heures avec un motard, des choses comme ça. Je l’ai laissé tourner en fond, je la découvre en direct mais je viens mixer par-dessus. C’est-à-dire que s’il fait un cut, je passe au noir aussi, s’il relance je relance également. J’essaie de me conformer à son rythme, on s’accorde : je fais des petites animations, je change les couleurs, j’en supprime, je superpose plusieurs couches… Comme du son en fait, je peux avoir plein de pistes simultanément.

Avez-vous un souvenir particulièrement marquant des Trans ?

Je me souviens de ma première année aux Trans : je suis en avance, et un collègue éclairagiste me demande de lui filer un coup de main pour découper des gélatines. Avec un cutter, je me suis bien coupé le petit doigt. Je sentais rien, car il faisait super froid, mais au final j’ai fini aux urgences avec cinq points de suture. J’aurais dû être remplacé, mais hors de question, j’y suis retourné !

Des conseils aux jeunes se destinant au VJing ?

Il n’y a pas de règle, donc faut s’éclater. Tout reste à défricher et c’est excitant, c’est encore un peu la jungle. Si artistiquement tu justifies de mettre que des animaux ou des grands-mères, fonce. En gros, il faut raconter une histoire, être cohérent et ne pas avoir peur.

La question de Lucas, étudiant à l’ESRA Rennes 

Comment voyez-vous le futur du VJing ? Diriez-vous que les hologrammes ont un avenir, par exemple ?

Je trouve que vous répondez directement à la question du futur en fait… Le futur proche, il est là : les hologrammes évidemment, et d’ailleurs ça existe déjà, même si c’était Mélenchon ! Mais bientôt on aura de nouveau des concerts de Bob Marley et de Johnny. Et si c’était les Daft Punk qui nous amenaient les hologrammes pour de bon ? Ils sont très novateurs, pas impossible.

Pour marcher dans les pas d’Alex Horvais : les formations “son” et “audiovisuel” enseignées à l’ESRA sont de très bons atouts pour s’initier au VJing.

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