Virtual Nightclub : un jeu pour PC de 1997 explorait déjà la fête dans le cyberespace

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©D.R
Le 05.05.2020, à 16h48
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Photo de couverture : ©D.R
Bien avant le confinement et ses “internet raves”, le jeu vidéo VNC: Virtual Nightclub sorti en 1997 explorait déjà les possibilités du clubbing par ordinateur et des fêtes dans le cyberespace. Retour sur l’histoire maudite d’un projet futuriste, devenu culte au fil des années.

C’est une drôle de sensation que celle d’embarquer dans un voyage temporel dont on ne sait pas vraiment s’il va vers le passé ou vers l’avenir. C’est en tout cas ce que les gamers d’aujourd’hui peuvent ressentir lorsque, pour passer le temps durant ces longues journées confinées, ils se replongent dans un mystérieux jeu vidéo sorti en 1997 sous un nom qui parait terriblement actuel : Virtual Nightclub. Presque 25 ans avant que la crise du coronavirus n’oblige les clubs du monde entier à devoir trouver des solutions virtuelles comme les DJ sets en livestream – auxquels Trax consacre ses pages dans son numéro hors-série spécial confinement –, des développeurs avant-gardistes se sont en effet acharnés à créer ce curieux jeu vidéo pensé comme une expérience interactive en boite de nuit, dans un univers de pixels ultra futuriste. Les looks de clubbeurs semblent tout droit sorti de Blade Runner, la discothèque ressemble à un vaisseaux spatial perdu dans l’espace et la musique qui y est diffusée pioche dans les catalogues de Warp Records, Ninja Tune ou Def Jam. Autant dire que VNC: Virtual Nightclub a tout d’une aventure temporelle hors normes.

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Manuel de VNC Virtual Nightclub

Tout commence à Londres au début des années 90. La culture rave bat son plein et un peu partout au Royaume-Uni, la musique électronique fait de nouveaux adeptes. On se met alors à fantasmer la technologie, les machines et tout ce qui peut nous rapprocher d’un futur qu’on imagine évidemment meilleur. À l’époque, Olaf Wendt n’a qu’une vingtaine d’année. « Internet n’existait quasiment pas. Nous étions seulement au début de l’expérience 3D avec des jeux comme Wolfenstein ou Doom. Tout le monde était influencé par le concept de cyberespace inventé par l’écrivain de science-fiction William Gibson. Comme dans Neuromancer, nous nous demandions à quoi pourrait bien ressembler un monde virtuel auquel il serait possible de se connecter pour échanger avec d’autres gens, » se souvient le directeur artistique de VNC: Virtual Nightclub qui s’illustrera plus tard en faisant les effets spéciaux pour des films comme Ad Astra ou des séries comme Game of Thrones.

En 1992, la marque Philips s’associe à Sony pour lancer une console de jeux que tout le monde a oublié depuis : la CD-I, pour Compact Disc Interactif. Soucieuse de mettre en avant les possibilités multimédia de sa machine qui se veut révolutionnaire, la marque néerlandaise commence à travailler avec Olaf Wendt et sa bande sur un jeu d’aventure point-and-click influencé par le cyberpunk et la culture hacker. Burn: Cycle sort en 1994 et aussitôt, la presse spécialisée le décrit comme « l’une des meilleures vitrines des points fort de la console ». Olaf Wendt se rappelle : « Ça a été un succès. Burn: Cycle est devenu un des jeux les plus vendus sur la CD-I. Du coup, Philips a accepté de nous suivre sur un autre projet que nous avions depuis longtemps, celui de Virtual Nightclub qui n’était pas vraiment un jeu mais plutôt une sorte d’expérience mêlant musique et vidéo à la manière d’un clip interactif. »

Clubbing synthétique

Sachant que la musique joue un rôle déterminant dans le concept de VNC: Virtual Nightclub, Philips décide dès le début du projet de mettre le paquet à ce niveau-là, via son label Polygram qui détient les catalogues de Island Records, A&M, Def Jam et beaucoup d’autres. Certains artistes comme le rappeur Redman ou le pianiste Herbie Hancock font donc des apparitions remarquées à l’écran tandis que la bande-son du club en question est assurée par des collaborations avec Warp, Ninja Tune et R&S. « Nous voulions que le jeu mêle plusieurs genres de musique : du dub, de la house, de la techno, du funk, etc. Nous travaillions depuis le centre de Londres et ce bouillonnement musical était celui que l’on voyait dans les clubs qui nous entouraient. Nous voulions recréer tout ça mais dans un monde synthétique. Nous ne voulions pas que notre club ressemble à un lieu qui aurait pu réellement exister. Notre but était plutôt de créer un nouveau langage visuel. C’était comme un travail de sculpture, inspiré par des architectes comme Santiago Calatrava, » résume Olaf Wendt dont les ambitions visuelles semblaient bien dépasser les possibilités techniques de l’époque. Alors que le projet commence à prendre forme, un prototype de VNC: Virtual Nightclub donne même lieu à des projections artistiques au club culte Ministry of Sound et au Lovebytes Festival spécialisé dans l’art digital. Le jeu semble fin prêt pour faire une entrée fracassante sur le dancefloor.

Lendemain de fête

La sortie de VNC: Virtual Nightclub ne s’est pourtant pas passée comme prévue. En y repensant, Olaf Wendt hausse les épaules : « Oula, c’est une longue histoire assez compliquée ! » Il ne préfère d’ailleurs pas rentrer dans les détails techniques de tout ça. Ce qu’il faut retenir, c’est que seulement quelques mois après que l’équipe d’Olaf ait fini de travailler sur Virtual Nightclub, Philips a pris la décision de se retirer du marché des jeux vidéo. Conséquence direct, le projet est tué dans l’œuf et une partie des droits concernant la musique est suspendue. « À l’époque, il n’y avait pas vraiment de places pour les développeurs indépendants. Pour que votre jeu trouve un public, il devait être présent sur le marché physique, sur les étagères des magasins. Quand nous avons perdu notre éditeur, c’est devenu impossible de vendre notre jeu », résume le directeur artistique.

Difficilement, le jeu finit tout de même par sortir sous une forme tronquée d’une partie de ce qui faisait son intérêt puis il parvient à se faufiler dans les tréfonds d’un internet naissant, au point de devenir un objet de culte au fil des années. Régulièrement, on vient maintenant voir Olaf Wendt en lui demandant de raconter l’histoire derrière ce jeu vidéo avant-gardiste qui voulait virtualiser le clubbing. « Dans ses références esthétiques, VNC: Virtual Nightclub incarne une époque. Il définit un moment où la musique et les jeux vidéo changeaient car les gens créaient des choses qui n’avaient pas encore existé. C’est sans doute pour ça que les gens s’y sont attachés. Le rétro est devenu le nouveau cool. » Et les discothèques numériques n’en sont encore qu’à leur préhistoire.

Pour aller plus loin, Trax consacre un dossier spécial à la question des clubs en ligne, des DJ sets en livestream et de la fête virtuelle dans son hors-série spécial confinement disponible juste là.

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