Underground Resistance : rencontre avec D3 (Mark Flash, De’Sean Jones et Jon Dixon)

Écrit par Trax Magazine
Le 17.09.2015, à 12h00
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Écrit par Trax Magazine
Mark Flash, De’Sean Jones et Jon Dixon font tous trois partie d’Underground Resistance, collectif fondé en 1989 à Détroit. D3, c’est le nom de leur avant-dernière formation live. En décembre dernier, le promoteur et émission de radio sur Rinse FR Release The Groove fêtait ses trois années d’existence en leur compagnie. Rencontre avec les trois membres du collectif, devenu au fil des années, l’étendard de la techno.

Par Julie Pacaud

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Pouvez-vous revenir sur vos parcours respectifs et votre rencontre ? De’Sean Jones : Je suis De’Sean Jones, saxophoniste pour D3, Timeline, Galaxy 2 Galaxy et Underground Resistance. J’ai commencé la musique à l’école, par le biais d’une formation assez classique, mais avant ça, je jouais à l’église. C’était ma première rencontre avec la musique. J’ai commencé à m’entraîner plus sérieusement, à prendre des cours de jazz et de musique classique, puis je me suis tourné vers la musique électronique vers 2007. J’ai d’abord rencontré Cornelius Harris, et lui-même m’a présenté Mad Mike. Mon partenaire claviériste, Jon Dixon, et moi-même avons rejoint le collectif au même moment. Et tout le monde connaît la suite.

Nous évoluons, la technologie évolue, il en est de même pour la musique.

Jon Dixon : J’ai également commencé par le jazz. J’ai commencé à jouer du piano à l’âge de quatre ans, et de la musique classique à quinze ans. Puis, j’ai obtenu mon diplôme au lycée, spécialité arts, et j’ai continué à étudier le jazz et le piano à l’université (Detroit High School for the Fine and Performing Arts, ndlr). En 2007, j’ai également rencontré Mad Mike. J’ai débuté en tant que membre de Galaxy 2 Galaxy, puis je suis devenu le leader de Timeline et le pianiste de D3. Et on connaît la suite.

Mark Flash : J’ai débuté au sein d’Underground Resistance en 1995. Mon père m’apprenait la musique dans les années 70. Il était musicien et continuellement en tournée. Il m’a appris à jouer de plusieurs instruments au fil des années. Je suis devenu DJ en 1980, et j’ai rencontré le collectif UR grâce à Cornelius, qui m’a également présenté à Mike Banks. Il m’a vraiment aidé à progresser, techniquement, dans la musique électronique. Je suis dès lors devenu DJ pour UR pendant de nombreuses années.

Trax 18 ans Yoyo Underground Resistance

Jon Dixon : A l’époque, en 2007, quand je venais d’arriver, je n’avais jamais entendu parlé d’Underground Resistance mais j’entendais leur musique à la radio. Quand j’ai rencontré Mike et entendu tous ces classiques, je me suis dit : « Whoa, c’est lui qui a fait ses sons !». Et là, je me suis rendu compte qu’il s’agissait de quelque chose de beaucoup plus grand que ce que j’avais imaginé.

De’Sean Jones : Pour moi aussi, il s’agissait de sons que tu entendais au lycée, pendant les soirées. Alors quand tu en viens à parler aux gens qui ont produit cette musique et que tu finis par faire de la musique avec eux, ça devient assez irréel. Tu réalises que tu fais partie d’un truc bien plus grand que toi. Aujourd’hui, nous sommes tous à la tête de labels : Forever Forward pour Jon Dixon et Knomadik Records pour ma part. Idem pour Mark Flash, qui dispose également d’un label. Plusieurs structures s’apprêtent à naître, des labels ou des sous-divisions d’Underground Resistance. Nous souhaitons étendre l’héritage high tech jazz et high tech soul. En tant que musiciens professionnels, nous disposons d’une formation assez classique et avons du désapprendre certaines choses, démolir certaines bases. C’est une partie de ce que vous allez entendre ce soir, lors de notre prestation. Comme le disait mon frère spirituel, Jon Dixon,  « Forever forward ».

Pourquoi avoir mis en place D3, alors que vous disposiez déjà d’autres formations, comme Timeline ?

Mark Flash : En fait, on a débuté D3 au Brésil. J’avais une date là-bas, en tant que DJ au D-EDGE. Avant de m’y rendre, j’ai demandé à Sean et Jon de m’accompagner. Ils m’ont proposé de ramener leurs instruments et j’ai acquiescé. On a commencé à jouer, et tout le monde connaît la suite (rires).

En dehors de l’absence de Mad Mike, en quoi la formation D3 diffère de Timeline, par exemple ? Jon Dixon : Timeline est plus structurée. Nous sommes assez enclins à l’expérimentation, pendant nos performances. Il y a différentes parties : on joue des classiques, des morceaux plus récents puis, à d’autres moments, on se laisse complètement aller, on expérimente, on fait des choses qu’on n’a jamais fait auparavant. C’est davantage une approche de groupe.

De’Sean Jones : Et une des forces motrices de D3, c’est Mark Flash. Il nous guide littéralement, du début à la fin. On ne sait pas ce qu’il va jouer, je ne sais pas ce que Jon va jouer, je ne sais pas ce que je vais jouer… On ne sait pas non plus où l’on va jouer (rires). Personne ne sait rien et c’est ça, D3. On ne sait rien de ce qui va se passer, c’est pour ça que D3 est à chaque fois une surprise.

Mark Flash : Oui, et tu n’entendras jamais deux fois la même chose.

De’Sean Jones : Jamais. Et si tu entends deux fois le même live, on te rembourse (rires) !

On ne fait pas de pop music, on est toujours underground, et notre devise sera toujours forever forward.

Une des valeurs de UR au moment de sa création, c’était l’anonymat. Les producteurs s’effaçaient derrière des pseudonymes, cachaient leurs visages derrière des cagoules. Pourquoi avez-vous décidé de rompre avec cet anonymat ?

De’Sean Jones : C’est une nouvelle génération. Il faut que l’on se dévoile autrement. C’est aussi simple que ça.

En 1989, au moment de la création de UR, il y avait un engagement assez radical. L’idée d’une défense de la communauté noire, de ses droits. Est-ce que cet engagement est toujours aussi prégnant dans votre travail ? Est-ce que vous considérez toujours votre musique comme un acte militant ?

Jon Dixon : Je pense que l’on se focalise davantage sur l’avenir, nous allons de l’avant. Nous voulons être surs de pouvoir continuer à sortir de la bonne musique, surtout avec ce qui se passe au sein de notre ville. Nous sommes connus pour ça et avons le devoir de continuer, de prolonger l’héritage de Détroit.

Est-ce que vous vous reconnaissez encore dans le manifeste de UR, dans ses prémices ?

De’Sean Jones : Oui, c’est toujours le cas. Ces valeurs n’ont pas changé et sont toujours inscrites au cœur de notre collectif. Clairement, on ne fait pas de pop music, on est toujours underground, et notre devise sera toujours “forever forward”.

A l’heure où la techno s’avère être une musique globalisée, y’a-t-il encore un son spécifique à Détroit ?

Jon Dixon : Ce qui est vraiment beau à Détroit, ce sont toutes ces différentes approches. Des individus d’horizons différents, avec des expériences de vie différentes, qui produisent une musique différente. Par exemple, ma copine et moi-même, qui avons tous les deux grandi à Détroit, disposons d’une approche différente de la musique. Il s’agit de la représentation de la personnalité de tout un chacun.

Mark Flash : Tout le monde est conscient des troubles de notre ville, et vous pouvez l’entendre dans notre musique. Détroit n’a pas son pareil.

Tout le monde est conscient des troubles de notre ville, et vous pouvez l’entendre dans notre musique.

UR était très impliqué dans la défense des droits des Noirs américains et s’opposait vivement à la violence, notamment policière. Quel regard portez-vous sur les événements qui se déroulent actuellement aux Etats-Unis ?

De’Sean Jones : Pour commencer, je tiens à dire que l’histoire de l’Amérique est fondée sur cette histoire, celle d’assujettir les gens de couleur. Donc ce que l’on voit aujourd’hui n’est pas vraiment différent des événements du passé. L’histoire ne fait que se répéter.

Maintenant, tout ce que l’on peut faire, c’est incarner des rôles d’ambassadeurs et montrer au monde entier qu’en tant que personnes de couleur, nous ne sommes ni des hooligans ni des gens dangereux, nous ne sommes pas des criminels inconscients et nous contribuons à l’évolution de la société d’une manière positive. Cela nécessite un changement du système dans son ensemble. Ça ne concerne pas seulement les Etats-Unis, c’est un problème plus global et chaque pays a ses propres squelettes dans son placard. Nous n’avons pas besoin d’entendre ni de parler de ça. Malheureusement, il s’agit de la réalité dans laquelle nous vivons. Nous n’avons pas besoin de parler de sujets politiques. Tout ce qu’il nous reste à faire, c’est de se battre par le biais de notre musique, et nous préférons rester concentrés là-dessus.

D’autres projets pour la suite ?

De’Sean Jones : Le monde ne le saura peut-être jamais.

Jon Dixon : Vous devrez rester à l’écoute pour le découvrir. Nous évoluons, la technologie évolue, il en est de même pour la musique. Stay tuned, and the rest is history !

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