Un livre de photos plonge avec tendresse dans l’ambiance de nos premières nuits d’ivresse

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Martin Bertrand
Le 04.07.2019, à 16h06
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©Martin Bertrand
Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Martin Bertrand
Martin Bertrand a publié il y a 2 mois Si l’on nous voyait, un ouvrage qui effeuille l’intimité d’une génération et la fabrique des souvenirs par le prisme des soirées arrosées entre amis. À Paris, les Laboratoires Dahinden soutiennent le parution de ce livre, et vont recouvrir leurs vitrines – situées au 14 rue Française – d’immenses photographies du jeune artiste.

Cet article est initialement paru en mai 2019 dans le Trax n°221, encore disponible sur le store en ligne.

Martin Bertrand a 18 ans quand il commence à prendre les photos de sa série Si l’on nous voyait. Étudiant en photographie à Rennes, ses trois jours de cours par semaine font de lui un spécimen plutôt festif. C’est dans cette ambiance qu’il prend les premiers clichés de sa bande d’amis. Sans trop se poser de questions, avec un argentique bleu clair de pacotille. Il a deux viseurs au niveau des yeux, deux poignées, et lorsque Martin le colle devant son visage, l’objectif situé au niveau du nez lui fait une tête de cochon.

La qualité d’image et la précision des cadrages, par la fenêtre. Si cette série tient du journal de bord, elle tourne le dos à ces bennes d’images qui « font l’éloge de la façon dont on s’amuse » sur les réseaux sociaux. Les nuits de Martin ne sont pas celles des raves spectaculaires ou de la jeunesse sulfureuse qui danse dans les caves. Ce sont celles qui commencent au bar et s’achèvent à siffler des bières sur le trottoir, à faire des jolies conneries d’ado, à rentrer avec un panneau STOP sous le bras ou à s’assoupir entre deux meules de foin. 

Ces soirées, tout le monde les a vécues. Peu les ont photographiés avec une telle méticulosité. Lorsque Martin montre ses clichés à son professeur, ce dernier s’enthousiasme : « Tu es en train de faire le portrait de ta génération. » La formule lui est restée, même si Martin préfère parler « d’ethnologie sauvage ». En réalité, Si l’on nous voyait dépasse de loin sa seule génération : elle dépeint un moment de la vie, cet âge transitoire où exister est tout à la fois un besoin pressant et une incertitude. Ce « Si » contient la crainte comme le souhait d’être vu. Pas par vanité, mais par cet orgueil adolescent, nécessaire, qu’appelle la construction de soi, l’arrivée à maturité. « C’est ce désir que l’on a, quand on est jeune, de vivre, de montrer au monde que l’on vit. Cette envie d’exister en permanence, d’exister plus largement que soi. »

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