Qui est TTristana, la prodige électronique made in Marseille inspirée par Arca et SOPHIE ?

Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Gaëtan Gorän
Le 19.07.2021, à 10h16
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©Gaëtan Gorän
Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Gaëtan Gorän
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On l’a déjà croisée au coin d’une ruelle de la Belle de Mai. On l’a applaudie pour ses soirées organisées avec le collectif Paillettes à Marseille. Et cette année, on s’émeut enfin pour son essor soudain et mérité. Rencontre avec TTristana, qui présente son premier live audiovisuel au festival Scopitone à Nantes, en septembre.

Jadis, Tristana (alias TTristana) s’est fait une promesse : ne plus jamais se laisser aller à la dépression. En témoigne ses yeux mutins cachés sous une casquette à strass et ses ongles ultra longs où s’agglutinent des Gummy Bears et perles kawaï. Comment peut-on aller mal avec des ongles pareils ? « J’essaie toujours de voir par le positif », confie l’artiste. « J’ai trop eu tendance à me plonger dans la tristesse. Plus jamais ça. » Ces quelques mots lâchés en fin d’interview tels un oracle résonnent. « Rien que sortir dans la rue, c’est un acte politique. Si je peux éduquer des personnes rien qu’en me montrant sur scène, ça me suffit. Je veux juste que tout le monde s’aime. »

©Gaëtan Gorän

Screamo of Carcassonne

Tout commence à l’âge de 11 ans, quand Tristana s’inscrit à des cours de chant. À la maison, elle se nourrit des lubies de chacun·e : sa mère écoute en boucle Céline Dion et Mylène Farmer (d’où Tristana) et son frère se saigne à NTM ou ETHS, un groupe de métal basé à Marseille dont la chanteuse pratique le screamo comme personne. Au conservatoire, elle apprend la batterie. Le reste du temps, elle joue dans des comédies musicales dans les salles des fêtes de Carcassonne. « C’est cheap mais ça qui m’a mis dans la musique », s’excuse-elle presque. 

Aux Beaux Arts de Perpignan, fini les excuses. Elle se familiarise avec Logi-Pro, dont elle dompte encore aujourd’hui les subtilités. « J’ai appris la musique par moi même, donc c’est très long, j’ai encore des lacunes. Mais je pense que ce qui fait ma force dans ma musique, c’est cette faute, cette imperfection. » Une imperfection magnifique qui la transporte à We Love Green et Nuits sonores cet été ou au festival Scopitone en septembre prochain . Trois belles dates durant lesquelles TTristana présentera son premier live audiovisuel. « Je pensais pas que ça pouvait arriver si vite. Je m’étais mise dans la tête que j’allais faire encore du DJ set longtemps », réalise-t-elle.

J’ai commencé par des tracks expérimentaux parce que je savais même pas où j’allais ! 

Gabber-house et ambient-hardcore

Tristana a horreur qu’on lui demande quel genre de musique elle fait : « Ça existe plus, c’est fini ça. Pour moi c’est pas du tout intéressant. La musique, c’est la découverte constante de son art, de sa personne ! » râle la marseillaise de cœur. Hybridation et mouvance, voilà ce qui pourrait alors qualifier ses sons. Tout se fait à l’oreille, selon l’inspiration et le mood. « J’ai commencé par des tracks expérimentaux parce que je savais même pas où j’allais ! », avoue-t-elle. « Quand je suis arrivée à Marseille, c’était le moment de la redécouverte du gabber et du hardcore. Je m’en suis beaucoup inspirée. À un moment, j’ai fait de l’ambient et cette année, c’est beaucoup plus pop : ma voix entre en jeu, il y a beaucoup plus de musicalité. C’est de l’ultra pop en fait. »

Tristana aime construire ses sets comme on regarde un film. Il y a toujours un début, un milieu et une fin. « Bon après, le scénario est souvent un peu deep mais c’est comme ça que j’arrive à exorciser mes émotions. » Pour ça, elle joue avec les textures et fait ressentir les notes au public par des vibrations, à l’instar de Sophie et Arca, dont on connaît le travail sur les ultra basses. Justement en parlant de références musicales, Tristana en a un paquet : « Je ne pourrais pas me contenter que de quelques artistes. J’en aime trop… », constate-elle d’un air gourmand.

À Marseille, les gens n’ont pas peur d’aller dans un club de pédés noise punk

Marseille dans la veine

Depuis 6 ans et demi, Tristana vit à Marseille. On considère qu’elle est donc une vraie Marseillaise. « Et je le serai toujours ! », scande-t-elle fièrement. « J’ai toujours vécu dans le sud : Carcassonne, Perpignan, Barcelone… Ça a toujours été le soleil. J’avais un très mauvais a priori sur la ville à cause du portrait qu’en peignaient les médias fascistes. J’étais sûre de me faire agresser dans la rue. En fait Marseille est une ville à part entière, elle a une identité incroyable, tout le monde se mélange. Les gens n’ont pas peur d’aller dans un club de pédés noise punk », rit-elle. 

C’est ainsi dans ce climat chaud et unique que Tristana s’exprime pleinement. Même devant 30 personnes en pleine après-midi à la médiathèque de Bonneveine (un quartier résidentiel près des collines). « L’important pour moi, c’est de toucher un maximum de personnes. Le public n’avait rien à voir avec celui de d’habitude ce jour-là. Pourtant, j’ai réussi à le toucher et provoquer des discussions. » Émue par cette date improbable, Tristana analyse la club culture et ses débats sur l’identité : pour elle, tant qu’il y a du respect et de l’entente, il faut pouvoir s’ouvrir à des terrains inconnus : « Ça fait du bien de voir des line up 100% meuf et trans comme à la Meta ou à Shemale Trouble. Je comprends la sécurité qu’on peut avoir dans un endroit safe, entre personnes trans, queer et racisées. Mais ça ne me dérange pas du tout de me confronter à un milieu cis. J’arrive avec mes ongles, mon attitude, mes tracks de Sophie et tout… Parfois le public est du-per mais il kiffe découvrir de nouvelles choses. »

Quand elle se retourne pour observer son parcours, Tristana semble très reconnaissante de ses parents. Issue d’un milieu ouvrier, « normal », la productrice tente d’éduquer sa famille au quotidien. Une famille parfois larguée sur sa vie, mais fière et bienveillante : « C’est pas mon boulot d’éduquer les gens, mais mes parents, j’y prends beaucoup de plaisir. Ils m’aident, ils sont tolérants. C’est l’amour, ça. Ça fait tout. »

La private playlist de TTristana

Après la sortie d’un EP au printemps 2021, elle rejoint aussi la plateforme européenne Shape! Son prochain EP est annoncé à l’automne 2021.

La 19ème édition de Scopitone aura lieu du 8 au 19 septembre. Célébrant la musique électronique et les arts numériques, le festival prend possession de dix lieux de Nantes pour douze jours de fêtes cathartiques et découvertes alchimiques. TTristana sera de la partie pour sa performance en live 3D. Toutes les informations et la billetterie sont à retrouver sur le site internet et sur la page Facebook de l’évènement

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