Tribune : Pourquoi soutenir les démarches écolos devrait être une priorité pour les DJs

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©D.R
Le 13.03.2019, à 16h08
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Arrivé sur le devant de la scène avec l’enclume techno “I Wanna Go Bang” en 2015 (sur le label трип de Nina Kraviz), Bjarki a plus souvent été synonyme de destruction que de préservation. Le producteur islandais, imprégné de sa terre de lave et de geysers, est pourtant bien conscient de l’urgence de l’engagement écologique, dont il fait même sa principale source d’inspiration. Alors que la toute première rave pour le climat s’organise à Paris, retour sur la tribune de l’artiste, écrite il y a près d’un an pour le numéro #211 de Trax Magazine consacré aux festivals écolo.

Par Bjarki

En Islande, la nature est partout. C’est une terre volcanique ; en moyenne, il s’y produit une éruption tous les cinq ans. Plus de cinq cent tremblements de terre sont détectés chaque semaine. Les glaciers couvrent environ onze pour cent du pays, et certains renferment des volcans actifs. À cause de leur activité, la terre est partiellement constituée de cendres et guettée par l’érosion. Près des deux tiers de la population sont concentrés dans la région de Reykjavik, mais les Islandais voyagent dans le pays tout au long de l’année, particulièrement en été. Cela montre à quel point nous sommes attachés à cet espace naturel inaltéré. Le tourisme est aussi en plein essor.

La nature est partout, et elle a bien sûr un énorme impact sur ma musique. Peut-être y entend-on la tempête souffler, l’océan Atlantique battre la côte, les volcans gronder, la lave couler lentement sur leurs flancs, le son étrange des geysers ou des sources chaudes, le bruit des pas dans la neige… On entend les oiseaux chanter, le souffle délicat du vent sur les plaines, et même mon père ronflant au sommet d’une montagne.

La règle fondamentale est que nous avons emprunté la nature au passé et que nous devons la remettre au futur intacte, comme toutes les choses que l’on emprunte. Pardon de le dire, mais les générations d’aujourd’hui ne l’ont pas encore compris.

Il n’y a qu’à regarder les océans et les déchets plastiques, qui polluent jusqu’à la plus petite des créatures. La déforestation prive les êtres vivants de leur habitat et empêche la séquestration biologique du carbone, qui permet pourtant de contrer l’effet de serre. Je lisais récemment qu’il ne restait aujourd’hui que vingt pour cent des oiseaux présents en France il y a quarante ans. En Allemagne, le pourcentage est similaire. La raison ? L’usage intensif des produits chimiques en agriculture. Nous ne pouvons pas continuer comme ça.

Un autre enjeu majeur est celui de notre dépendance à l’égard des énergies fossiles. En Islande, par exemple, l’électricité provient de centrales hydrauliques ou géothermiques, et plus récemment de l’énergie éolienne. La pollution et les risques sont quasi-nuls. Nous chauffons même nos maisons grâce aux sources géothermiques. Mais avoir accès à des ressources naturelles ne règle pas tout. Il faut les répartir et décider à quel dessein elles devront être employées. Devons-nous construire des centrales avec d’énormes réservoirs d’eau et littéralement inonder des vallées, sans considérer leur valeur naturelle ? Devons-nous construire des lignes électriques qui passent au-dessus des maisons ? Ce sont des sujets politiques épineux.

Ce n’est pas l’industrie de la musique en particulier qui devrait prendre position, c’est toute la race humaine. Que l’on soit musicien, technicien, politicien, étudiant, ou quelle que soit notre occupation : en tant qu’habitants de cette planète, nous ne pouvons continuer à agir comme nous l’avons fait. Nous rendons la terre inhabitable et il se peut qu’il soit déjà trop tard pour réparer les dommages que nous avons causés ; nous n’avons pas d’autre planète en plan B.

Je tente d’agir à mon échelle. Lorsque je m’adresse aux journalistes, je peux révéler mes centres d’intérêt au public. J’essaie de choisir plus soigneusement mes dates en priorisant celles dont les producteurs ont un engagement écologique, et je prépare des arguments pour tenter de convaincre les autres. La musique que je sortirai à l’avenir, je souhaite qu’elle serve une cause, que ce soit plus qu’une simple release. Si je peux faire quelque chose pour améliorer mon environnement dans le cadre de mon travail, je le ferai toujours. C’est ma priorité en tant qu’humain.

Ceci est notre planète, et il nous faut la préserver. Pas seulement pour vous ou pour moi, mais pour tous les êtres vivants et les générations à venir.

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