Trax et Tracks (Arte) : 25 ans qu’on nous confond

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©DR
Le 23.05.2022, à 15h03
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Trax a 25 ans. Et hasard du calendrier, Tracks aussi ! Deux décennies
de confusion entre deux médias – « ha tu bosses à Trax, j’adore cette émission ! » – qui partagent cette idée de défricher l’insu et de rompre avec le commun, en allant chasser les initiatives nouvelles. Et ça conserve ! Nous nous devions bien d’inviter les rédacteurs en chef de Tracks (Arte donc) pour cet anniversaire.

Par David Combe et Jean-Marc Barbieux, rédacteurs en chef de Tracks sur Arte. Article initialement paru dans le numéro hors-série de Trax en 2017.

C’était il y a quinze ans, en 2007. Tracks avait fait son trou. Sur le terrain, nos caméras étaient les seules à entrer chez les alternos, les black blocs ou les invisibles. On avait sauté avec les base jumpers, creusé chez les hommes-taupes, pris les vagues avec les longboarders. Mais ce jour-là – c’était pas courant –, une radio privée nationale nous avait invités pour une interview en direct. On avait accepté, bien contents : en banlieue Nord, leurs studios fleuraient bon l’acajou et le high-tech. Dès l’accueil, on comprenait qu’on n’était pas chez des rigolos. La faconde du présentateur, sa poignée de mains douce et chaleureuse suintaient la confraternité. En nous voyant débarquer, tous les assistants étaient venus nous saluer : « Bravo, j’adore ! C’est la seule émission que je regarde ! » À nos côtés, autour de la table, il y avait une autre équipe de joyeux lurons : la bande de So Foot, pressée de partager l’antenne avec nous. Tout baignait. Le type a demandé le silence, lancé son générique et Tourner ma page, de Jennifer, a résonné dans nos casques.

Là, à deux minutes d’en placer une, on était un peu tendus. On s’attendait aux trucs habituels : « Vous n’êtes jamais à court d’idées ? Ça fait comment d’être un ovni du PAF ? », auxquels on répondait d’une boutade. Sur le mur, le décompte nous signalait l’antenne imminente. Quand la lumière rouge s’est allumée, le boss a lancé : « Toutes ces pages à remplir tous les mois, ça doit être un sacré boulot, non ? » Comment dire ? On a souri. Puis on a dit dans le micro : « Hum, non, nous, c’est la télé ! Tracks sur Arte, pas Trax en papier. » « Merde ! », a hurlé le type en balançant ses fiches. « Ce crétin de stagiaire à encore fait une connerie ! Musique ! » Et la voix de Youn dans “Fous ta cagoule” nous a vrillé les oreilles.

Aujourd’hui, on fête nos 25 ans. On voit déjà le truc : « Ouah, dis donc, c’est pas un peu… lassant ? » Honnêtement ? Non. Vingt-cinq ans, ça file même très vite ! Trois secondes dans un ascenseur en panne, c’est une éternité, mais vingt-cinq ans de liberté, ça passe comme les voitures. À Tracks, on n’a pas oublié l’avertissement du Canard enchaîné : « La liberté de la presse ne s’use que si l’on ne s’en sert pas ! » Alors, on l’utilise. On a même des règles pour s’en souvenir. Ainsi, l’émission s’interdit de parler des morts. D’abord, ils n’ont plus besoin de nous et surtout, il y a si peu de place dans le magazine – 44 minutes – pour évoquer tous ces vivants qui se plient en quatre pour remodeler demain. On n’interviewe pas non plus deux fois le même personnage. Comme toutes les règles, celles-ci sont faites pour être enfreintes, mais elles nous invitent à ne jamais cesser d’être curieux. Il y a plusieurs façons d’appréhender le monde : comme l’autruche, en plongeant la tête dans le sable, ou avec les yeux d’un caméléon et son champ de vision à 360 degrés. À Tracks, on n’en a jamais marre d’en prendre plein les mirettes.

Évoquant les films de Luis Buñuel, le journaliste Philippe Lançon écrit qu’« on y traverse les époques comme on traverse la rue ». Modestement, Tracks propose à chaque épisode de jouer à la marelle en sautant d’un univers à l’autre. Et toujours, le magazine se méfie comme de la peste des chapelles, ces prisons en carton qui empoisonnent les esprits, vous piègent dans les préjugés et vous privent de votre liberté.

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