Pendant la crise, le tiers-lieu Le Consulat se réinvente pour distribuer des repas solidaires

Photo de couverture : ©@alanouai
Le 19.01.2021, à 14h28
04 MIN LI-
RE
©@alanouai
Photo de couverture : ©@alanouai
0 Partages
Depuis le début du mois de novembre, le tiers-lieu culturel parisien Le Consulat, contraint de fermer ses portes, s’est réinvesti d’une nouvelle mission : la préparation et distribution de repas solidaires unissant chef.fe.s, acteur.rice.s de la culture, élus et citoyen.ne.s bénévoles. Une initiative d’utilité publique qui démontre l’intérêt social de nos cultures festives.

« Ce deuxième confinement est beaucoup plus dur que le premier pour les lieux de nuit. » Frédéric Hocquard, adjoint à la Maire de Paris chargé du Tourisme et de la Vie nocturne, a bien conscience des difficultés que traverse le secteur de la culture et de la nuit depuis près d’un an. Il sait aussi que cette période de crise sanitaire, économique et sociale a accentué les inégalités et la précarité des plus démunis, et que le nombre de personnes à la rue n’a pas décru. C’est pourquoi, dans une lettre diffusée mi-novembre, l’adjoint à la Maire appelait à la solidarité de tous.tes, mettant la Ville à disposition pour le soutien d’initiatives citoyennes. Dans le prolongement d’un premier appel similaire formulé par Anne Hidalgo en mars 2020, et qui avait donné lieu à nombre d’initiatives bénévoles de soutien aux soignants, certaines structures se sont immédiatement mobilisées pour répondre à l’appel.

Créer du lien malgré la distanciation

C’est le cas du Consulat, tiers-lieu culturel alternatif et itinérant, temporairement installé dans une ancienne centrale de distribution d’électricité avenue Parmentier, à Paris. Engagé et sensible aux questions de solidarité, d’écologie et de vivre-ensemble depuis longtemps, c’est tout naturellement que Le Consulat, qui accueille d’ordinaire concerts, conférences, soirées, et autres projets créatifs, a réorganisé ses espaces et son équipe pour mettre en place une initiative de distribution alimentaire. Avec la plateforme G Besoin 2, qui relaie tous les jours sur Instagram une liste de denrées alimentaires à venir déposer directement au Consulat, l’équipe a réouvert les cuisines du lieu, dans lesquelles se relaient chefs, collectifs et petites mains bénévoles. Entre 50 et 100 repas sont préparés sur place chaque jour, puis sont distribués, ainsi que des kits d’hygiène ou des vêtements chauds, aux plus démunis lors de maraudes organisées par l’équipe ou des associations partenaires.

On est tous accro à cette énergie d’être ensemble. En menant ce genre d’action, on continue à créer du lien.

Gypsy Ferrari

Comme l’explique Gypsy Ferrari, manager du Consulat, l’esprit de solidarité et l’exercice du don de soi fait partie de l’ADN des cultures créatives, à laquelle elle associe volontiers le monde de la restauration. « On est un peu tous accro à cette énergie d’être ensemble. En ce moment, on en est privés mais en menant ce genre d’action, on continue à créer du lien », explique-t-elle.

 
 
 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Une publication partagée par Le Consulat (@leconsulatparis)

Cette mission de distribution alimentaire est aussi l’occasion pour celles et ceux dont l’activité a été interrompue par la crise de remettre du sens dans ses journées en s’investissant dans des actions concrètes d’utilité publique. « Savoir à la fin de la journée que tu as mis ta pierre à l’édifice pour qu’entre 50 et 100 personnes mangent chaud, c’est quand même quelque chose », confie Gypsy. En un mois de cuisine et de maraudes, l’équipe aura distribué 1 500 repas.

Culture d’intérêt général

« Le monde de la nuit, contrairement à l’image qu’on peut en avoir, est un monde solidaire, et pas seulement entre eux, mais aussi en direction de la société », analyse Frédéric Hocquard. Gypsy Ferrari confirme : « Il y a encore un grand mépris et une vraie méconnaissance de nos cultures. Beaucoup pensent encore que c’est un milieu de fous et de drogués, il est encore très stigmatisé, alors qu’on le voit : ce sont en fait des gens très engagés pour l’écologie, la liberté d’expression, le féminisme… »

C’est une preuve de l’utilité sociale de ces cultures.

Frédéric Hocquard

Pour eux, l’une des grandes réussites de cette opération est de montrer l’intérêt général du milieu festif et associatif. Et en ces temps de désert culturel, réorienter ses activités et transformer ses missions après des mois de fermeture n’a rien d’une défaite. « C’est tout l’inverse : c’est une preuve de l’utilité sociale de ces cultures », assure l’adjoint à la Maire de Paris. « Ça montre qu’elles ne sont pas qu’hédonistes, repliées sur elles-mêmes et vouées à faire la fête. Elles sont perméables à ce qui se passe dans le reste de la société. Tout est fermé, elles ne peuvent pas faire la fête, mais elles font autre chose, elles se rendent utiles socialement. »

 
 
 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Une publication partagée par G BESOIN 2 (@g_besoin_2)

À l’avenir, Le Consulat compte continuer à mener ce genre d’actions et à appeler à la solidarité de ses visiteurs. « Une des pistes qu’on essaie de creuser si on réouvre serait sur le modèle des cafés suspendus », propose Gyspy. « Chaque personne qui vient manger au consulat pourrait payer un peu plus que son plat pour permettre d’offrir des repas à des personnes démunies. »

Toujours en cours, les distributions alimentaires continuent de venir en aide aux personnes dans le besoin. Pour participer, il est bien évidemment possible de contacter Le Consulat et de consulter régulièrement les stories de l’équipe ainsi que le compte G Besoin 2 pour connaître les listes de courses nécessaires, et de venir déposer ses dons au 14 avenue Parmentier, à Paris.

0 Partages

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant