The Sorority : la nouvelle appli qui lutte contre le harcèlement dans la rue ou en club

Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Daria Nepriakhina
Le 13.01.2021, à 14h41
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©Daria Nepriakhina
Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Daria Nepriakhina
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Lancé par Priscillia Routard Trillard en septembre dernier, l’application The Sorority facilite l’entraide entre les femmes et personnes issues de minorités de genre en cas de violence, d’agressions ou de harcèlement. Rencontre avec sa créatrice.

« Sororité ». Ce mot n’a clairement pas le même élan que celui de « fraternité ». À l’entrée de nos bâtiments publics, il est bien écrit « Liberté, égalité, fraternité ». Pas sororité, ni solidarité. Même les correcteurs orthographiques de nos outils numériques ne reconnaissent pas le mot. « Quand j’ai commencé à mentionner ce mot en septembre 2019, les gens me demandaient constamment la définition », raconte Priscillia Routard Trillard. « Je dirais qu’il a fait son chemin depuis. »

Et comment. Priscillia n’est pas le genre de personne qu’on s’attend à voir créer une application. Elle n’est pas web developer, n’a pas beaucoup d’argent, mais a soif de bienveillance. « Début 2019, j’ai fait un burn out dans mon ancien boulot donc j’ai été en arrêt maladie. J’ai eu une prise de conscience soudaine, je me suis dit que la violence humaine pouvait être sans limite. Si nous étions bienveillants entre nous, on pourrait déplacer des montagnes. Ça semble un peu débile comme ça, mais j’y crois vraiment. » Au mois de mars de la même année, pendant son arrêt, elle lit des ouvrages qui vont changer sa vie. Âme de sorcière, écrit par Odile Chabrillac, raconte comment ces êtres chassés en permanence en leur temps, défiaient l’église et l’autorité (masculine en particulier) grâce à la solidarité féminine. Pour celle qui ne se disait pas féministe à l’époque, ce livre est une épiphanie : il manque à cette société une véritable sororité.

Priscillia ne cherche pas plus loin. C’est décidé, elle lance une appli qu’elle baptisera The Sorority. En trois mois, elle s’entoure d’une graphiste, de deux developers et sort une version beta juste avant le confinement. Aujourd’hui, elle est la « première application bienveillante de protection, d’entraide et de partage entre toutes les Femmes et les personnes issues des minorités de genre. » Téléchargée plus de 7000 fois, elle permet, en cas d’agression, de prévenir les 50 personnes les plus proches de nous et dispose d’une alarme assourdissante pour faire fuir les agresseurs. Mais surtout, elle devrait permettre de rétablir une sororité perdue. « Le but c’est que tu ne te sentes pas seul·e », dit l’entrepreneuse. « Savoir que des gens sont là autour de toi et adhèrent à cette idéologie, c’est très fort. Ce n’est pas un énième réseau social, c’est une pure solidarité entre des personnes qui croient en des valeurs communes. »

Au delà de la rue, on le sait, le harcèlement sexuel et sexiste existe aussi en club, en festival ou chez des ami·e·s. Ce sont d’ailleurs à ces lieux que Priscillia a pensé en créant l’appli : « Je me suis revue étudiante en soirées en école de commerce. Les micro agressions fusent, les meufs ont honte et les mecs se font des checks. Ça s’observe dans tous les secteurs de la vie. Dans le métro, la rue, les soirées, le travail, la fac. » 

Ainsi, alors même que tout repose sur les femmes, elles ne sont jamais les héros de l’histoire. Priscillia espère inverser la tendance en accordant la même place à la sororité qu’à la fraternité. Dans les mois qui suivent, l’application va prendre un tournant important. En plus de se déployer en Belgique, au Canada, au Maroc et en Algérie, une longue liste de professionnel·le·s de l’accompagnement sera disponible sur la map. Avocat·e·s, médecins, psychologues, associations… toutes les entités aptes à aider les personnes victimes de violences pourront être contactées grâce à un chat en temps réel. Et si tout se passe bien, il sera même possible d’être en demande ou de proposer un lieu sûr en situation d’urgence. « 7 jours sur 7, 24h sur 24h, tu as une communauté dans la poche que tu actives quand tu en as envie », conclue Priscillia. Déroutant mais rassurant.

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