The Black Madonna change de nom après avoir été accusée d’appropriation culturelle

Écrit par Maxime Jacob
Photo de couverture : ©Aldo Paredes
Le 20.07.2020, à 12h18
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©Aldo Paredes
Écrit par Maxime Jacob
Photo de couverture : ©Aldo Paredes
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Une pétition lancée par Monty Luke, un DJ afro-américain basé à Détroit, et qui a déjà rassemblé plus de 1000 signatures en deux semaines reproche à la DJ de tirer profit d’une culture qui n’est pas la sienne. La DJ connue pour ses engagements progressistes vient en réponse d’adopter l’alias de The Blessed Madonna.

« Il devrait être très clair qu’en 2020, une femme blanche qui se fait appeler “Black” est très problématique. » Depuis deux semaines, The Black Madonna est visée par une pétition l’accusant d’appropriation culturelle. Rédigé par Monty Luke, un DJ afro-américain originaire de Détroit, et mis en ligne sur Change, le texte est d’ores et déjà soutenu par plus de 1000 signataires, dont King Britt, Gene Farris, Kai Alcé, Ash Lauryn et Jon Dixon.

« Ce nom, “Black Madonna”, a une signification pour les catholiques du monde entier, mais surtout pour les catholiques noirs des États-Unis, des Caraïbes et d’Amérique latine », poursuit Monty Luke. À Détroit, “The Shrine of the Black Madonna” est le nom d’une église chrétienne orthodoxe panafricaine. Établie en 1967, l’année où la ville de Détroit connut les émeutes contre les violences policières racistes de la 12e rue, l’église est devenue un lieu de promotion du féminisme noir et de l’autodétermination. À l’intérieur du lieu de culte se trouve la Madone Noire, peinte par Glanton Dowdell, un artiste militant au sein des Black Panthers, qui vécut dans la misère avant d’émigrer en Suède. « En outre, reprend la pétition, il y a eu d’innombrables exemples d’artistes blancs s’appropriant des aspects de la culture noire à leur profit. En se dotant d’une identité noire, ces artistes cherchent à créer de l’authenticité, sans reconnaître les dommages et le mal qu’ils causent aux personnes noires et à la culture noire. »

Glenton Dowdell et sa Madone noire, en 1967. Photo : Bentley Historical Library, University of Michigan.

Née dans le Kentucky, Marea Stamper alias Black Madonna est connue pour son engagement progressiste, notamment en faveur des droits LGBTQI. Moquée à l’adolescence pour son apparence transgenre, la DJ indique avoir choisi le nom de Madone Noire en référence à la Sainte préférée de sa mère. « Ce nom reflète la profonde dévotion catholique de ma famille pour un type spécifique d’icône européenne de la Vierge Marie, de teinte sombre. Les gens qui partageaient cette dévotion aimaient ce nom, mais rétrospectivement, j’aurais dû écouter plus attentivement les autres points de vue. », Indique The Blessed Madonna sur son compte Instagram.

La vierge marie est en effet représentée en noir dans plusieurs églises européennes et du Proche Orient. Monique Scheer, Anthropologue historique et culturel américano-allemand et professeur à l’université de Tübingen en Allemagne explique « que les représentations de la vierge Marie à la peau foncée traduisent l’idée que ces représentations sont plus fidèles à la Marie historique, puisque de nombreuses œuvres sont d’origine orientale et que Marie elle-même avait probablement la peau foncée. »

L’auteur de la pétition indique avoir à plusieurs reprises tenté de joindre The Black Madonna et que, sans réponse de la part de la star, il a décidé de rendre publique la question par l’intermédiaire de cette pétition. La DJ, qui a longtemps été résidente du Smart Bar de Chicago, vient de changer de nom : elle s’appelle désormais The Blessed Madonna, “la vierge bénie”.

« J’entends haut et fort. Mon nom d’artiste a été un point de controverse, de confusion, de douleur et de frustration qui détourne l’attention de choses qui sont mille fois plus importantes que n’importe quel mot de ce nom », explique la DJ sur son profil Instagram.

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