Tel-Aviv : une immense rave de protestation contre la répression des festivals a eu lieu hier

Écrit par Alexis Tytelman
Le 19.07.2019, à 09h50
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©Motty Milrod
Écrit par Alexis Tytelman
En répercussion de l’annulation du Doof Festival en juin dernier, une immense rave de protestation s’est tenue hier soir à Tel Aviv, place Rabin. Plusieurs dizaines de milliers de personnes et un parterre de DJ’s mythiques, réunis autour du mantra suivant : « Laissez nous danser en paix ».

Pour le monde de la nuit « telavivi » et israélien, la journée du 18 juillet 2019 restera dans les mémoires. Une gigantesque rave de protestation s’est en effet tenue place Rabin, où se déroulent la plupart des manifestations et rassemblements politiques locaux. Son objectif : défendre la liberté culturelle et démontrer l’unité de la scène rave face à l’hostilité des pouvoirs publics.

Souvenez-vous. Le 11 juin dernier, une autre manifestation d’ampleur se tenait sur cette même place pour protester contre l’annulation du Doof, le plus grand festival de trance du pays. Le motif invoqué par la police est alors la présence supposée de trafiquants de drogues sur le site, et ce en dépit du fait que le festival possède toutes les autorisations nécessaires. Après cette première réaction épidermique s’étant soldée par un assaut de la police à cheval et une quinzaine d’arrestations, un conglomérat d’organisateurs d’évènements, d’acteurs du monde culturel et d’artistes a décidé d’investir les lieux d’une toute autre manière. 5 heures de fête à ciel ouvert, et un mot d’ordre : « Laissez nous danser en paix ».

Avertis sur la page Facebook du mouvement, rapporte une jeune Française sur place, c’est « de tout le pays » qu’ont afflué des milliers de jeunes entre 15 et 30 ans qui, depuis plusieurs semaines, n’attendaient que l’occasion de se faire entendre. Et les photos/vidéos parlent d’elle-mêmes. Une place noire de monde, vibrant et sautant au son des triolets de basses caractéristiques de la psytrance. D’après un autre fêtard, l’on parle de 50 000 personnes, ce qui, pour une ville de 430 000 habitants à peine, est pour le moins conséquent. Et pour l’avocat Yaniv Yam Peretz, qui semble être l’un des leaders du mouvement : « Ce n’est qu’un début. » 20 ans après la grande manifestation « Give Trance a chance » qui, en 1998, avait marqué les esprits dans des circonstances similaires, la défiance de l’État envers la scène israélienne semble donc tristement persistante.

Pour l’occasion, le gratin de la psytrance locale a répondu à l’appel. Un line up à faire pâlir les plus grands festivals, où l’on pouvait retrouver les légendes Astrix, Astral Projection, Vini Vici, Bliss, Ace Ventura ou Captain Hook, les jeunes pousses Rising Dust et Pettra ou, avec un tempo plus lent, mais tout aussi énergique, le duo Red Axes. Ce dernier a d’ailleurs publié une vidéo sur sa page Facebook assortie de la mention suivante : « Words can’t describe, we just want to be free and dance ».

Entre les DJ sets, plusieurs discours ont rythmé la manifestation qui, grâce à des appels au calme délivrés sur les réseaux sociaux, s’est déroulée sans heurts, et ce malgré une présence policière et militaire accrue. Leaders d’organisations LGBT, artistes et organisateurs d’évènements se sont succédés à la tribune pour « montrer à quel point notre culture est belle. » Un message d’unité qui, dans un pays déchiré par la guerre, la violence des affrontements politiques et les tensions ethnico-religieuses, résonne singulièrement.

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