À écouter : l’hallucinante mixtape de Teki Latex composée de 73 morceaux de jeux vidéo

Écrit par Erwan Lecoup
Photo de couverture : ©D.R
Le 04.03.2020, à 10h55
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Écrit par Erwan Lecoup
Photo de couverture : ©D.R
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Le DJ français Teki Latex et le collectionneur néo-zélandais Nick Dwyer ont collaboré pour publier une mixtape spéciale composée de musiques de jeux vidéo. Un travail titanesque réalisé avec brio, donnant 1h20 de son entre chiptune et dance music, disponible gratuitement depuis le 2 mars dernier.

Après sa nomination en résidence sur l’émission BBC Radio One, Teki Latex revient en force avec une mixtape d’1h20 réalisée à partir de sons de jeux vidéo. Le DJ français, ancien MC de TTC, s’associe au Néo-Zélandais Nick Dwyer, animateur du podcast Diggin In The Carts et collectionneur de musique de jeux vidéo. Intitulée Teki And Nick Mixtape Quest Adventure, la mixtape contient un total de 73 morceaux et est disponible depuis le 2 mars dernier, en écoute comme en téléchargement gratuit. Teki Latex a répondu à quelques questions pour Trax Magazine, afin d’en savoir un peu plus sur les Sonic, Mario, Pokémon, The Legend Of Zelda, Streets of Rage, ou autres Battle Field et Final Fantasy.

Comment vous êtes-vous rencontrés avec Nick Dwyer ?

Je suivais ce qu’il faisait depuis sa série documentaire Diggin In The Carts. Un jour j’écoutais son podcast et il demandait à Mumdance son top 10 d’OST de jeux vidéo préférés. Directement ça m’a replongé dans des souvenirs de musiques de jeux sur console…. J’ai direct envoyé un tweet genre “hey demandez moi mon top 10 à moi aussi j’ai trop de trucs à dire” et immédiatement Nick m’a proposé de participer à la saison d’après. Il se trouve qu’il connaissait mon travail depuis longtemps et qu’il jouait la musique de TTC dans son show pour une télé musicale néo-zélandaise dans les années 2000. Après cette prise de contact il m’a demandé de jouer avec lui à sa soirée Diggin In The Carts à la Gaîté Lyrique en 2018 aux côtés de Yuzo Koshiro (le compositeur de Streets of Rage), Kode9, Oklou et Krampf. On s’est tellement éclatés à jouer en back to back tous les deux que ça ne pouvait pas s’arrêter là, et dans la foulée le projet est né.

D’où vous est venue cette idée ? Es-tu un gros joueur de jeu vidéo ?

Le vrai historien de la musique de jeu vidéo c’est Nick Dwyer, mais moi j’ai de bons souvenirs d’avoir joué sur NES, Mega Drive, PC Engine, N64, en arcade… aujourd’hui j’ai une Switch et on m’a récemment offert une Neo Geo Pocket Color, une mini console hyper fun. Je ne suis pas tant un gamer que ça, ce que j’apprécie surtout c’est l’esthétique des jeux vidéo japonais, du graphisme à la musique en passant par l’art des pochettes, c’est une grande source d’inspiration. L’idée de faire cette tape est venue de nos deux styles à Nick et moi-même : lui est un vrai digger de soundtracks de jeux et moi j’allais apporter le côté mix de club et le côté superposition de morceaux avec des a cappella et de la musique club, techno, rap, grime, bass, etc. Pour nous deux, la musique électronique est une révolution sonore qui a eu lieu dans les années 80 et 90 simultanément dans les clubs et dans les jeux vidéo, on voulait mettre en avant les liens entre ces deux univers.

Cela semble être un un travail colossal. Comment avez-vous procédé pour réaliser la mixtape ?

Nick m’a envoyé des tonnes de morceaux qu’il avait en tête puis j’ai fait ma sélection en voyant ce qui collerait bien avec des tracks plus club et des a capella que j’avais en stock. J’ai aussi recyclé quelques passages de notre set à la Gaîté Lyrique. Une fois que mes routines étaient prêtes et enregistrées dans un studio à Paris, j’ai tout renvoyé à Nick (qui réside au Japon) et il les a assemblées avec des parties thématiques qu’il a lui-même mixées. On a pensé le truc comme un jeu vidéo avec des niveaux et des mini-bosses de fin de niveau. On voulait que l’auditeur ait la sensation de se déplacer dans un jeu vidéo en l’écoutant. L’artwork a aussi été conçu avec ce concept en tête, on a fait appel à un graphiste japonais, Hujikopro, pour recréer une pochette dans l’esprit des cartouches de jeux vidéo des années 80 et 90 qu’on adorait. On a même demandé à un artiste différent spécialisé dans le pixel art de nous faire un faux screenshot d’un jeu vidéo qui n’existe pas (encore) histoire d’enrichir le truc.

Pourquoi vous êtes-vous concentrés sur le chiptune ?

Parce que pour nous c’est la forme la plus pure de musique de jeu vidéo, à l’époque il y avait la contrainte de faire tenir toute la musique d’un jeu sur des puces, et ça donnait une couleur particulière au son. Ces sons de synthés un peu primitifs, minimalistes et crus c’est une forme de matière première idéale pour nous permettre de les superposer avec des morceaux de club music et des a capella. Ce n’est pas trop chargé, ça se marie bien avec la dance music, on s’en est servis comme des ingrédients pour créer notre recette.

Comment avez-vous choisi les invités pour les remix inédits ?

Nick Dwyer avait déjà réalisé une compilation en collaboration avec Kode9 pour Hyperdub. Il avait aussi interviewé Ikonika et Mumdance sur le sujet de la musique de jeux vidéo. Ce sont aussi des artistes que j’admire et que je côtoie (Ikonika avait participé à une compilation que j’ai sortie sur Sound Pellegrino) et ce sont des choix qui se sont imposés à nous, ils se sont prétés à l’exercice avec plaisir et nous ont fourni des bangers. On a souvent parlé du fait que certains OST de jeux vidéo ont préfiguré des sonorités exploitées dans le grime, et ça nous intéressait de faire poser un MC de grime sur un morceau de jeu vidéo tel quel, on a donc fait appel a Jammz qui nous a posé un couplet impeccable par-dessus un vieux morceau d’un jeu sorti sur Commodore 64. Foodman et Shishi sont des artistes japonais recommandés par Nick, le premier a fait un remix incroyable de Final Fantasy, et la seconde a posé sa voix pop hyper pure sur le classique de Mario64 composé par le maître Koji Kondo : Dire Dire Docks (le track avec lequel j’avais démarré mon récent Boiler Room).

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