Teki Latex et Brice Coudert lancent leur label : “l’histoire était trop belle pour ne pas le faire”

Écrit par Simon Clair
Photo de couverture : ©Lucie Hugary
Le 01.06.2021, à 10h37
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©Lucie Hugary
Écrit par Simon Clair
Photo de couverture : ©Lucie Hugary
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Après s’être durablement installée dans le paysage musical, la plateforme Underscope lancée par Brice Coudert – l’ancien D.A de Concrete – lance son tout premier label maison, Impossible City Records, dirigé par Teki Latex. Pour raconter cette collaboration inespérée, rencontre avec les frères ennemis devenus collègues.

On ne vous avait jamais vraiment vu ensemble jusqu’à aujourd’hui. Comment la connexion s’est faite entre vous ?

Teki Latex : La première fois que j’ai vu Brice, je me rappelle que c’était à Concrete. J’étais venu avec Bambounou et c’était Tom Trago qui jouait. J’étais du genre : « Ah ouais c’est donc lui ». Moi, j’étais un peu triste de ne pas jouer à la Concrete. Je sais que Brice avait ses raisons, il voulait se démarquer de la scène précédente et de ce qui était déjà en place à cette époque, si tant est qu’on était en place. Mais le fait est qu’il y avait entre nous quelque chose qui était de l’ordre de l’opposition…

Brice Coudert : Je dirais que c’était une sorte de rivalité gentille. Quand nous sommes arrivés avec Concrete, nous voulions montrer que nous étions la nouvelle école. Donc on ne voulait pas être associé au Social Club ou au Rex par exemple. Il y avait un peu cette démarche d’égotrip, du genre : « On va tout casser, on va proposer du neuf. » Mais il n’y a jamais vraiment eu de guerre entre nous.

On a l’impression qu’il n’y avait surtout jamais eu de discussion, non ?

Teki Latex : Je sentais bien qu’un jour ou l’autre, on allait finir par s’assoir autour d’une table pour discuter. Mais en attendant, il y avait des petits pics, d’un côté comme de l’autre. 

Brice Coudert : C’est toujours resté plutôt bon enfant car nous avions des amis en commun qui me disaient que tu étais cool.

Teki Latex :  J’avoue que je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Je me disais : « Pourquoi je suis puni ? Moi aussi je voudrais jouer à Concrete. » Il aurait fallu qu’on se parle.

Brice Coudert : Il faut dire qu’il y avait aussi une opposition au niveau musical. Nous, clairement, on était dans un truc de retour aux sources. On faisait venir les mecs de Detroit, on programmait de la house old school. On nous chambrait d’ailleurs un peu sur ce côté très 4/4. On faisait un peu moins de trucs UK et toi, Teki, tu étais un peu plus là-dedans.

Teki Latex : Oui mais justement, à cette époque je comprenais pourquoi on ne s’entendait pas ! (rires) Mais quand vous avez commencé à faire des Joy Orbison ou des Pearson Sound, je me suis dis : « Quand je joue ça dans Sound Pellegrino Podcast personne ne me calcule et maintenant Concrete fait ça. »J’avais l’impression d’être rejeté. Bref, peu importe. Maintenant on en rigole.

©Lucie Hugary

Finalement, qui a brisé la glace ?

Teki Latex : Je crois que c’est moi. On a fini par aller manger un ramen ensemble.

Brice Coudert : On a pas mal parlé de musique. C’est ce jour-là que tu m’as fait découvrir Paradoxe Club qui a été une grosse révélation pour moi. Ensuite, ce qui a un peu acté notre collaboration, c’est que tu as joué à Dehors Brut a une soirée 75021. 

Teki Latex : Suite à ça, on a gardé bon contact. J’ai suivi les débuts d’Underscope et j’ai trouvé ça excitant, curieux, cool, mortel. À ce moment-là, J’étais vraiment dans l’optique de me consacrer à ma carrière de DJ exclusivement. Je n’avais pas envie de redémarrer une aventure de label.

Brice Coudert : On a lancé le projet en septembre dernier. Petit à petit, je me suis dit qu’il fallait que je trouve les meilleures personnes capables de curater des labels pour aller plus loin dans la musique que juste sortir ses potes. Et la première personne à laquelle j’ai pensé directement était Teki. Je lui ai donc proposé de monter un label sur Underscope, ce à quoi il ne s’attendait pas du tout.

Teki Latex : Je m’étais juré de ne plus le faire. Et Brice a trouvé les mots pour me rassurer. Dans le fond, j’ai toujours un peu rêvé d’avoir ce rôle de D.A et de ne m’occuper que de la dimension artistique d’un projet, de réfléchir aux choix musicaux, à la charte graphique, etc. J’aime me dire : « C’est le label de Brice, et moi je suis D.A. » J’ai réfléchi, j’ai mis du temps et je me suis dit que l’histoire était trop belle pour ne pas le faire.

Le label s’appelle donc Impossible City Records. Pourquoi ce nom ?

Teki Latex : Je voulais absolument un nom de label avec « City », juste parce que je trouve que ça claque. « Impossible City », ça fait référence à un rêve que je fais de manière récurrente. Je me retrouve dans une ville qui n’a pas de nom, qui est un peu comme mon jardin secret. Un endroit où je me sens bien, où on m’ouvre les portes et où on m’accueille à bras ouverts partout. Je ressens ça quand je vais à Montreal. Mais il y a aussi dans cette ville un peu de Tokyo, avec des petites rues, des allées, des magasins cachés un peu partout. Dès que je pousse une porte, je découvre un nouveau lieu incroyable. Je voulais mélanger cet aspect jardin secret et cette idée de portes derrière lesquelles on découvre de nouveaux mondes. C’est une definition très vague qui nous permet de faire un peu ce qu’on veut. C’est Pierre Thyss qui a dessiné le logo et c’est studio Jimbo qui s’occupe de l’habillage.

La première sortie est un EP 5 titres de l’artiste anglais Renslink. Comment l’avez-vous découvert ?

Teki Latex : C’était pendant le premier confinement. J’étais chez moi en pyjama en train de déprimer et de laver mes sacs Uber Eats toute la journée. J’avais l’impression que mon monde s’écroulait. Je devais aller à une e-rave et l’idée me laissait un peu sceptique. Mais j’y ai entendu un morceau de Renslink, qui se nommait encore Ren à l’époque. Le track s’appelle « !6 » et c’est ce que j’ai entendu de mieux l’année dernière. Je suis allé le chercher sur Bandcamp et je l’ai joué en ouverture de mon mix Dekmantel. Je l’ai aussi joué à la BBC, je l’ai passé partout. Quatre mois plus tard, j’ai reçu un message de Renslink qui me remerciait et on a commencé à discuter.

Brice Coudert : Sa musique est pointue et super cinématographique. Je pense qu’il va exploser.

Teki Latex : La décomplexion qu’il y a eu autour de la musique de club dite « déconstruite » a un peu ouvert la porte à des choses qui sont parfois dissonantes pour le plaisir d’être dissonantes, ou à du pur sound design sans aucun sens de la mélodie derrière. Si on décide qu’en 2020, on revient à l’IDM, il ne faut pas oublier qu’en 2003, dans le sillage de Warp et Autechre, il y a eu beaucoup de déchets. Il ne faut pas reproduire les erreurs du passé. Si je sors aujourd’hui ce projet de Renslink, c’est parce que j’y retrouve un sens de la mélodie qui donne la chair de poule.

Au delà de cette sortie, est-ce que ce label va avoir une couleur musicale particulière ?

Brice Coudert : On ne cherche pas à avoir une couleur particulière. Pour moi, ce label représente les goûts de Teki, sans s’enfermer dans une scène en particulier.

Teki Latex : C’est vraiment des coups de coeur. J’ai tendance à m’ennuyer très vite donc j’ai besoin que les trucs auxquels je m’associe soient un reflet de ce qui se passe en ce moment. C’est pour ça que cette premier release n’est pas frontalement quelque chose pour le club. C’est de la musique de 2020/2021, de la musique de clubs fermés. J’adore cette idée des morceaux que tu entends quand tu es en train d’attendre devant le club, avant d’entrer. Tu devines les mélodies, tu te dis que tu aimerais bien y être. Et à un moment, la porte s’ouvre et tu entends un gros beat. Puis elle se referme. Tu viens de te faire recaler. (rires)

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