Six conseils d’un professionnel de la nuit pour ouvrir un « bon club » en Asie

Écrit par Aude Juglard
Le 21.06.2016, à 17h47
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©Club Air (devenu Contact Club), Tokyo
Écrit par Aude Juglard
On l’a vu avec le lancement des sessions chinoises de Boiler Room et l’annonce du Sónar Hong Kong, la scène électronique asiatique suscite l’intérêt des grandes entreprises du milieu. À l’occasion de l’ouverture prochaine du club Savage du label et booker français Cliché à Hanoi (Vietnam), Ouissam – membre fondateur de l’agence de booking/label hongkongais – nous a livré six conseils essentiels pour ouvrir sa boîte de nuit en Asie.


Cliché Records est une agence française de booking (et bientôt label) implantée à Hong Kong. En quelques années, elle s’est instituée en actrice majeure de la scène asiatique émergente. Ouissam, l’un de ses membres fondateurs, a accepté de nous donner six des éléments qu’il juge essentiels pour lancer son club en Asie.

Conseil n°1 : Éviter les villes qui possèdent déjà un club du même type

Ouissam : Le mec qui irait ouvrir un club à Taipei n’a rien compris : la scène est tellement petite qu’en ouvrant un club là-bas, tu la segmentes et tu risques de tout perdre. Même chose à Saigon, où il est déjà difficile de remplir un seul club [The Observatory, ndlr]. On a choisi Hanoi c’était la dernière ville importante d’Asie à ne pas avoir un vrai club de musique électronique. À Shanghai (Chine), Saigon (Vietnam), Taipei (Taiwan), ou Bangkok (Thaïlande), tout le monde connaît au moins un club qui représente les musiques underground. À Hanoi non, alors que c’est une ville qui très visitée en Asie. Auparavant ll y avait un club, le Madake, mais il n’existe plus aujourd’hui. Il n’était pas spécialisé, une soirée techno un week-end et la semaine d’après un groupe de rock.

Ouvrir son club en AsieLever de soleil sur la rivière de Saigon depuis le balcon de l’Observatory, à Ho Chi Minh (Vietnam) (©DR)

Conseil n°2 : Avoir des contacts locaux pour pouvoir magouiller avec les pouvoirs publics

O : À Hanoi, tous les clubs sont supposés fermer à minuit et on devra se plier au couvre-feu. Bon, officiellement on sera fermé, mais les choses se passeront toujours à l’intérieur. Tu peux rencontrer les mêmes galères en Chine, où tout fonctionne avec les contacts et le réseau. Avec Cliché on a de la chance : un ami vietnamien a investi dans le projet et s’est occupé des démarches administratives. C’est essentiel d’avoir des contacts locaux. C’est toujours le même problème en Asie : à Bangkok, tu as un problème de corruption avec les mêmes règles qu’à Hanoi ; à Jakarta et partout en Chine c’est pareil. Tu as aussi des endroits un peu plus flexibles comme Hong Kong, Taipei ou Séoul, mais ces trois villes ont déjà des clubs et la scène est trop petite.

Conseil n°3 : Ne pas trop cibler son public et ne faire l’impasse sur personne

O : On vise les amoureux de la musique en général, pas seulement des expats ou des locaux. On veut créer le truc le plus casual possible en mélangeant de tout le monde. On va avoir des contraintes de rentabilité, comme partout, mais on vise vraiment cette cohabitation. Hanoi n’est pas une ville qui vit au rythme des étudiants. Mais les Anglais qui cherchent un mode de vie un peu à la cool, qui sont déjà dans la vie active, ceux sont eux qui vont faire vivre notre club. Il y a des gens intéressants qui sont prêts à sortir mais qui ne le font pas parce qu’ils n’ont pas d’endroits où aller, et c’est ça dans toutes les grandes villes asiatiques.

Ouvrir son club en AsieL’entrée du Oma, Hong Kong. (©DR)

Conseil n°4 : Partir avec un bon budget, même si c’est l’Asie

O : À Hanoi les loyers sont bas, en tout cas beaucoup plus bas qu’à Hong Kong. Les coûts sont surtout au niveau de l’importation de produits : si tu ne veux pas vendre de l’alcool frelaté [ce qui circule dans la plupart des pays d’Asie, ndlr] il faut s’en donner les moyens. Nous on voulait partir sur de la bonne bouffe, des bons drinks et un bon sound system, et c’est ce qui coûte vraiment cher. Beaucoup de gens pensent “ça va, c’est la Chine, c’est le Vietnam”, mais c’est aussi cher qu’ailleurs – quand tu dois prendre un architecte par exemple. Mais c’est sûr que tu t’y retrouves avec les loyers et tes employés.

Conseil n°5 : Faire de sa culture musicale européenne une force

O : Il faut avouer que c’est une force d’être Européen. Parce que le problème en Asie, ce n’est pas le clubbing en lui-même mais la culture musicale. Dans dix ans, ce sera plus facile pour les Asiatiques. Les clubs arrivent doucement. 2016 marque vraiment un tournant avec l’ouverture du club XX XX à Manille, et celle du club Elevator à Shanghai. Tu commences à avoir plus de choix, mais il faut un vrai club avec une vraie identité pour attirer du monde : l’Observatory (Saigon, Vietnam), le Korner, l’Oma (Hong Kong), le Mystik (Séoul, Corée du Sud) l’ont compris. En invitant tous les week-ends des artistes différents tu permets au public de s’ouvrir et d’avoir cette connaissance musicale qu’il ne peut pas avoir chez lui, car il n’y a pas ça à la télé, ou dans les magazines et blogs tenus par des locaux.

Ouvrir son club en Asie
Le Mystik, Séoul (Corée du Sud) (©DR)

Conseil n°6 : Ne pas se précipiter et bien étudier la ville où l’on veut s’implanter

O : Il y a des opportunités en Asie mais avant de se lancer il faut se donner au moins six mois dans la ville pour analyser. Il faut connaître la ville et en comprendre le fonctionnement dans les moindres détails pour être sûr que le concept du club est adapté. Un expat ne peut pas arriver avec un projet préconçu et se lancer directement, ce serait une erreur.

Note de l’éditeur : Le club Savage devrait ouvrir en août, et sa programmation débuter en septembre. Parmi les artistes programmés, on compte notamment Telephones, Oskar Offermann, Skatebård, Antigone, Jonathan Kusuma, Yoshi Nori (Bass Kitchen Taipei). L’idée, inviter les DJ’s qui passent par la scène asiatique et, durant les six premiers mois, proposer un DJ différent chaque week-end : “Notre but n’est pas d’inviter des grands noms mais des artistes motivés pour jouer six heures d’affilée et à qui on dira à la fin ‘Ok merci c’était très cool, à l’année prochaine’”. Un concept prometteur avec un seul mot d’ordre : “que ce soit juste une grosse claque musicale à chaque fois”.

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