TRAX 177  - novembre 2014

Le mythe de l’homme amplifié

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LE MYTHE DE L’HOMME AMPLIFIÉ

Ce pourrait être le slogan des musiques électroniques : « Technology enables creativity », la technologie permet la création. Les musiques électroniques et technologiques se sont imposées comme la bande-son de l’air du temps, précisément parce que ce temps a vu la technologie comme une force positive. Avant qu’une certaine méfiance ne s’immisce dans le débat, parfois de manière exagérée, parfois justifée, voire par le prisme du principe de précaution sur ces inventions dont on ne maîtrise pas toujours les tenants et les aboutissants.

On touche en tout cas au cœur de notre projet éditorial : le progrès technologique est-il synonyme de projet créatif ?

Les inventeurs des prémices de ces musiques, Édouard- Léon Scott de Martinville et son phonautographe (premier enregistreur de son en 1857), Lev Sergueïevitch Termen et son thérémine (premier instrument de musique électronique – 1919) et Lee de Forest et son Audion (premier amplificateur électronique – 1906) sont les précurseurs technologiques d’un mouvement ayant permis à l’homme d’augmenter ses capacités biologiques et organiques. Passées entre les mains d’artistes, ces inventions ont pris une ampleur monumentale, jusque dans la culture populaire, tout au long du XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui (et certainement pour les siècles des siècles, amen).

On le sait, la machine a, depuis des décennies, un potentiel génératif indépendant de toute intervention humaine. Quel compositeur électronique ne s’est jamais senti dominé par sa machine ? Face à du hardware, et, a fortiori face à un ordinateur, la machine peut produire des sons inattendus que l’homme peut décider d’utiliser dans sa création finale. Si la machine à tubes (et la recherche de la singularité des morceaux de pop) reste un mythe lointain, il reste tout de même à savoir quelle part de technologie et d’automatisation nous sommes prêts à laisser intervenir dans notre processus créatif. Un ordinateur programmé peut générer lui-même de la musique. C’est ce qu’on voit par exemple à travers des initiatives récentes telle que le Laptop Orchestra de l’université de Stanford aux Etats-Unis, composé uniquement d’ordinateurs portables.

Hacker le corps humain

Pour l’instant, ces instruments restent à l’extérieur du corps humain. Mais on le lit tous les jours dans les magazines dédiés à la technologie : l’un des enjeux majeurs des années à venir est la part de technologie qui sera intégrée directement dans nos corps. Qu’en feront nos artistes ? Des puces électroniques interpréteront-elles seules nos intentions créatives pour produire des œuvres ? Quelle part d’électronique serons-nous prêt à mélanger à nos organismes ? Et à partir de quel moment ces intégrations deviennent-elles dangereuses pour l’homme ? Si vous pensez que ces questions sont tout juste bonnes pour un mauvais film de science-fiction, je vous conseille de booster votre connexion internet et de plonger dans quelques mots-clés pour constater les avancements scientifiques en la matière : réalité augmentée, intelligence artificielle, les travaux de Google sur l’allongement de la durée de vie (voire sur l’immortalité !), les ordinateurs et puces quantiques, les puces RFID (bientôt obligatoires aux Etats-Unis), le body-hacking, etc.

Les DJ’s sont déjà des hommes aux performances amplifiées par la technologie. La question n’est plus de savoir « si » mais « quand » ceux-là deviendront des cyborgs à part entière aux facultés internes augmentées artificiellement, que ce soit par des nanomachines ou des drogues.

C’est le moment de se bouger. Nous vous avons préparé un numéro ultraviolent qui devrait vous permettre de débloquer les parties les plus conservatrices de votre cerveau et d’embrasser le futur.

La rédaction post-cyberpunk de Trax vous salue.

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