Séoul : comment le meilleur disquaire de la ville est devenu le point de ralliement de la scène locale

Écrit par Simon Clair
Photo de couverture : ©Sanpodisco
Le 24.09.2019, à 16h22
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©Sanpodisco
Écrit par Simon Clair
Photo de couverture : ©Sanpodisco
Considéré par beaucoup comme le meilleur disquaire de Séoul, la petite boutique de Clique Records est l’un des points de passage obligatoire pour les amoureux de vinyles et de musique électronique en Corée du Sud. Rencontre avec les deux Français derrière tout ça.

À Séoul, c’est un peu comme un secret de polichinelle. Dans le petit monde des DJ’s, tout le monde sait que pour trouver les meilleurs disques possible – notamment en musique électronique – il faut s’enfoncer dans les petites rues du quartier d’Euljiro, en plein centre de l’énorme mégalopole coréenne. Là, à côté des restaurants de fruits de mer et des ateliers d’imprimerie, il faut ensuite monter dans un immeuble grisâtre sur lequel ne figure aucune indication, si ce n’est quelques discrets stickers collés rapidement à côté de l’entrée. En grimpant dans les étages, on remarque alors un étrange paillasson sur lequel est inscrit en gros : « Welcome to the Acid house ». Bienvenue chez Clique Records, sans doute le meilleur disquaire de Séoul. Monté en 2016 à une époque où la ville n’avait pas vraiment de disquaire, le lieu est né de la bonne volonté de deux Français vivant à Séoul – Curtis et Antoine – qui en avaient marre de voir tous les DJ’s du coin passer leur temps à commander leurs disques sur internet. « Au début, nous ne cherchions pas vraiment à ouvrir un magasin. L’idée était surtout de commander en gros pour nous et notre cercle d’amis. On a fonctionné comme ça pendant 9 mois. Quand je recevais les nouveautés, je faisais un pop-up dans un bar ou un café. Puis on a trouvé un petit local en 2016 dans ce quartier où les loyers sont plus abordables qu’ailleurs. Au début, on ouvrait que le week-end », explique Antoine, aussi connu sous le nom Odd J.

Aujourd’hui, Clique Records reste avant tout un hobbie pour Curtis et Antoine, une manière d’aider la scène électronique locale en mettant à disposition des DJ’s de la ville la meilleure sélection de disques possible, dont à peu près 80 % d’occasion issue du digging local et 20 % de nouveautés venues des petits labels ou des distributeurs principaux comme Clone ou Rush Hour. « En Corée du Sud, il y a beaucoup de disques, car il y avait un marché important ici dans les années 70, 80 et 90. Il y avait des usines pour presser des disques et on trouve donc beaucoup de choses de cette époque-là. Mais la Corée n’est pas une destination de digger, ce qui est une bonne chose pour nous. À l’inverse, si tu vas au Japon, tu vas trouver des disques partout, mais tous les prix seront alignés sur ceux de discogs. Ce n’est pas comme ça en Corée. Le digging ici se fait plutôt dans les marchés aux puces, avec des vendeurs âgés qui n’ont pas vraiment de notion du marché global. Donc on peut se retrouver avec des prix intéressants », détaille Antoine. 

Mais à Séoul, la culture de la musique électronique n’en est encore qu’à ses débuts. Dans un pays qui n’a pas connu les raves des années 90, la scène locale actuelle – que Trax Magazine a choisi de mettre à l’honneur dans son numéro 224 dédié en partie à la Corée du Sud – est finalement la première génération à véritablement plonger dans les différents genres de techno, de house et autres. Pour participer à cet élan général, Curtis a décidé de lancer deux labels en parallèle de Clique Records. Le premier s’appelle Braindance Records, dédié plus spécialement aux morceaux techno de producteurs locaux comme Go DamI.M.J.U.S ou THAAD. Le second se nomme Daehan Electronics, spécialisé de la réédition de musique coréenne ou de disques qui n’ont été pressés à l’époque qu’en Corée, par exemple ces trois superbes albums ambient signés par Dennis Young, ancien percussionniste du groupe Liquid Liquid. À l’avenir, Séoul peut donc compter sur un allié de choix pour défendre ses couleurs : Clique Records.

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