Saint DX : De la galère à la gloire, le producteur parisien raconte sa douce ascension

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Charlotte Krieger
Le 05.10.2021, à 09h17
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Ces deux dernières années, Saint DX les a passées à se libérer artistiquement en composant pour lui et en travaillant sur les albums de Damso ou de Squidji. Son deuxième EP, Unmixtape, est un condensé d’instantanés musicaux et d’idées en pagaille, soigneusement surplombés par une voix limpide.

Par Brice Miclet

Vous les avez certainement vu fleurir, ces articles recueillant les témoignages de personnes pour qui le confinement fut une sorte de bénédiction. Introvertis, oisifs (et ça n’est pas un défaut), stressés ou tout simplement fatigués. Certes, Saint DX ne rentre peut-être pas tout à fait dans ces cases. Mais en mars 2020, lorsque la France se terre dans ses petits appartements ou ses maisons secondaires, le chanteur-producteur retourne chez sa mère dans l’Essonne, s’installe avec son matos dans sa chambre d’ado et y trouve franchement son compte : « Sentir que le monde s’arrêtait, qu’il n’y avait plus d’injonction à créer, communiquer de manière dématérialisée, ça m’a aidé. Avant cela, j’étais très seul dans mon processus créatif. Bizarrement, le confinement m’a ouvert aux autres. » Pas si bizarre, quand on y réfléchit deux secondes.

Intégrer la dream team

Alors, Saint DX crée, avec l’objectif de sortir un morceau par jour sur ses réseaux. Le contrat à remplir étant un peu ambitieux, ce sera finalement un titre tous les trois jours environ. Mais de ces expérimentations, de ces créations libérées de la pression, il en tire une mixtape, ou un EP, c’est un peu au choix. Unmixtape n’a pas de trame, pas de concept si ce n’est celui de tenter. Des compositions en anglais, en français, des reprises, des titres instrumentaux… Sur le single Ilya, il explore une variété synthétique, sensible. Sur le track “Can’t Get You”, en collaboration avec les anglais de Ménage à Trois, c’est la pop californienne des années 1980 qui infuse. Toujours avec son attrait pour les synthétiseurs et les guitares en son clean à reverb. Et une voix claire qui surplombe ses productions.

Saint DX est donc libéré. Entre la composition de ces morceaux et leur sortie aujourd’hui sur Unmixtape, il n’a pas chômé. Au sortir du premier confinement, les choses se sont très vite enchaînées. Via le beatmaker bruxellois Prinzly, il se retrouve à travailler sur l’album de Squidji, qui ne s’appelle pas encore Ocytocine, mais qui découpe déjà les contours d’un projet ambitieux et conceptuel entre rap et RnB. Une dream team de producteurs composée de Dioscures ou encore Ponko s’affaire déjà à la tâche. « La chance que j’avais, c’était de ne pas les connaître et donc de ne pas avoir de pression. Je n’avais pas vraiment pris la mesure de la chose. » Et tout se passe bien, très bien. Saint DX est au Juno, il triture les synthés et propose des morceaux en binôme avec Paco Del Rosso, des bribes. Certaines sont retenues, d’autres non. L’une de ses dernières atterrit, via Prinzly, dans les oreilles de Damso. « Je veux ces deux gars avec moi en studio la semaine prochaine », aurait-il lancé. Saint DX part pour Bruxelles, sans trop savoir dans quoi il s’embarque.

Les quatre accords magiques

Damso est alors en train de finaliser son nouvel album, QALF, au fameux studio ICP. En fait, l’album est terminé, mais il souhaite déjà travailler des idées pour le live. Saint DX débarque à 16h dans l’antre. « Quand j’arrive, j’aperçois Damso au fond de la pièce, hyper imposant. Son équipe me montre plusieurs synthés, je choisis ce que je veux tester. Je prends un Yamaha DX7. » Ce qu’il faut bien avoir en tête, c’est que Saint DX a trouvé son nom de scène en pensant à cet instrument. C’est celui qui a marqué une grande partie de la musique des années 1980 avec ce son si singulier. Il fait partie de ses outils fétiches, de ceux qu’il maîtrise les yeux fermés. « À 17h, je suis au clavier. L’un des beatmakers, Benajy, balance une rythmique. Je teste des choses, mais je suis très impressionné. Il y a un moment de flottement, on s’arrête, on sent que ça ne prend pas. J’étais presque en train de trembler, j’avais l’impression de décevoir tout le monde. J’allais rentrer à Paris en bus sans rien avoir montré. »

Impassible, concentré derrière ses lunettes noires, Damso ne baisse pas les bras. Il donne quelques indications à Saint DX, les dernières. Deux mots, deux adjectifs. « Je sors quatre accords. Ces deux mots m’ont poussé à faire ça, à ce rythme précis. Et là, tout le monde lève la tête, Prinzly et Damso se retournent et disent : ‘Ok, ça c’est bon.’ En trois heures, on termine le morceau. C’était un moment magique. » La chanson est dans la boîte, mixée telle quel, et finira sur l’album sous le nom de “911”. C’est LE single de QALF, LE carton immédiat. « Ce soir-là, on s’est remis le morceau cinquante fois en se disant : ‘Mais qu’est-ce qu’il vient de se passer ?’ Quand je suis rentré à l’hôtel vers 6h du matin pour dormir, je n’avais pas encore de réponse à cette question, c’était fou. » Mais impossible de se souvenir des deux adjectifs employés par Damso pour faire émerger la créativité du musicien. C’est peut-être mieux comme ça, finalement.

Ni une merde, ni un dieu

Même si le hasard a poussé Saint DX à vivre ces expériences, il ne fait pas tout. Cela fait bientôt dix ans qu’il parfait sa discographie, d’abord avec le groupe Apes & Horses, avec qui il a notamment sorti les EPs Bleu Nuit en 2013 et Echo en 2016, puis en solo avec son premier EP, SDX, en 2019. « Il faut être honnête, j’ai eu quelques moments de flippe. Je n’ai commencé à gagner ma vie avec la musique qu’à l’âge de 31 ans. J’en ai 34 aujourd’hui. À 25 ans, j’étais au RSA, j’ai travaillé comme caissier à Leroy Merlin, je faisais des ménages pour Airbnb. C’est drôle, je me souviens que la première fois que j’ai entendu l’album Ipséité de Damso, c’était en passant l’aspirateur et en récurant les chiottes dans un appartement. Mais j’ai toujours été heureux, même quand je galérais. » Et puis, tout change lorsqu’il est invité à accompagner Charlotte Gainsbourg en tournée en 2019. Il fait même quelques-unes de ses premières parties, et se lance pour de bon dans un bain plus grand encore.

Depuis son premier EP solo, on a donc beaucoup associé Saint DX au synthétiseur Yamaha DX7. Mais sur Unmixtape, celui-ci n’apparaît que rarement. « Ca a été un point de départ pour moi, oui, mais je m’en suis détaché petit à petit. Je ne me lie plus du tout à cet instrument, même s’il apparaît encore dans quelques morceaux, un peu comme des clins d’œil. » À l’instar de Ilya, premier single sorti en septembre. Saint DX y chante sans trop d’artifices, sans trop de fioritures. Comme si, en épurant les voix, il cherchait à faire ressortir l’essentiel de la mélodie, de la composition. Il en va de même pour les deux reprises présentes sur la tracklist : “Gypsy Woman (She’s Homeless)” de Crystal Waters, sorti en 1991, et “All The Tired Horses” de Bob Dylan, paru en 1970 sur l’album mal aimé Self Portrait.

Déjà, il travaille sur son premier album à venir. « Même si j’adore bosser sur les projets d’autres artistes, j’ai un besoin viscéral d’écrire ma propre musique. La composition est un exutoire. Il y a peu, c’était encore un processus très douloureux, très angoissant. Je me mettais dans des états pas possibles. Tu rentres chez toi, tu te remets en question, tu te sens comme une merde, le lendemain comme un dieu… Mais pour cet album, je suis beaucoup plus dans le partage, dans l’idée de me faire plaisir. » Saint DX n’est ni une merde ni un dieu. Il est un musicien dont la musique respire la sérénité et le savoir-faire. C’est déjà beaucoup.

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