Rouvrir les discothèques et les clubs sans dancefloor le 10 juillet est-il la meilleure solution ?

Écrit par Erwan Lecoup
Photo de couverture : ©D.R.
Le 03.07.2020, à 15h46
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Écrit par Erwan Lecoup
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La date du 10 juillet circule de bon train dans les médias concernant une possible réouverture des clubs et discothèques sans dancefloor. À quelques jours du Conseil de défense sanitaire, profilant la phase 4 du déconfinement en France, les acteurs du secteur culturel festif français s’inquiètent de la tournure que va prendre l’été 2020 pour l’ensemble de l’écosystème des musiques électroniques.

Suite à une réunion hebdomadaire du Comité de Filière de Tourisme en date du 23 juin dernier, une réunion interministérielle a eu lieu ce mercredi 1er juillet au sujet de la situation critique des clubs et discothèques sur le territoire français. Dans de nombreux médias en ressort la date pivot du 10 juillet – veille de la levée de l’état d’urgence sanitaire en France – pour une réouverture des établissements de nuit, aujourd’hui fermés depuis plus de trois mois. Il s’agit du seul secteur n’ayant pu reprendre une activité concrète depuis le confinement.

Lors de cette réunion, les principaux syndicats défendant l’économie des discothèques (SNDLL, Umih) ont proposé – apparemment sans concertation avec le reste des acteurs culturels et festifs français – un plan de relance pour rouvrir rapidement les lieux de nuit, avec un protocole sanitaire « sans brassage ni piste de danse », tout en incitant les clients à télécharger l’application StopCovid. Cette décision cruciale de la phase 4 du déconfinement, qui indiquera la direction de l’été festif en France, sera prise lors du Conseil de défense sanitaire restreint sous présence du président de la République. Celui-ci doit se tenir mardi ou mercredi prochain, en fonction du remaniement gouvernemental.

Deux visions différentes du monde festif

Cependant, du côté de David Asko, DJ et promoteur de soirées depuis 25 ans, à l’initiative de la pétition et de la tribune “Sauvons la fête, agissons !”, « il y a un vide abyssal entre ces deux visions de la fête en France ». En effet, celui-ci dissocie distinctement les clubs et les discothèques : « Dans les clubs, on fait de la culture, on y invite des DJs, des VJs, des scénographes, des photographes, des performeurs et tous types d’intermittents. On y fait vivre tout un écosystème qui est important en France, surtout dans les musiques actuelles. Nous ne sommes pas là juste pour vendre des tables et des bouteilles ».

Si l’économie pèse énormément sur la balance, ce seront les autorités sanitaires qui auront le fin mot lors du Conseil de défense. « Tentons une ouverture progressive à la fête. Ce serait un objectif intelligent de la phase 4 qui donnerait du sens à tout le monde », déclare Michel Pilot, conseiller culturel des musiques électroniques. « Le mécanisme que le gouvernement va inventer est celui de laisser la possibilité aux établissements de modifier leur type d’exploitation, c’est-à-dire de transformer leur club en bar », continue-t-il. Cependant qu’en est-il du public et des nombreux artistes encore aujourd’hui laissés sur le carreau ?

Prioriser la fête en extérieur

À travers la tribune “Sauvons la fête, agissons !” et le groupe de travail entre plusieurs clubs, promoteurs et artistes, en relation avec le ministère du Tourisme, David Asko explique que l’objectif est « d’occuper des espaces open air dans les villes et les campagnes, encadrer les fêtes, recréer des événements pour le public et faire vivre cet écosystème culturel ». Mais surtout dans « un cadre sanitaire précis et factuel que l’on a déjà présenté, notamment avec les associations Freeform et Technopol », martèle-t-il.

C’est en ce sens que David Asko soutenu par de nombreux acteurs du milieu festif français « demande immédiatement la mise en place d’une circulaire nationale qui soit envoyée à toutes les préfectures de France. Une circulaire qui fixe des objectifs et un cadre concret pour pouvoir travailler dans des conditions acceptables. C’est urgent avant que le Conseil de défense ne décide des directives pour l’été qui s’annonce ».

#PHASE4 DECONFINEMENTHier soir nous étions en visio conférence avec le ministre de la Culture et les acteurs de la…

Publiée par Freeform sur Mercredi 1 juillet 2020

Repenser la fête de demain

Sans événement festif encadré, une autre problématique concerne celle des fêtes “clandestines”, fleurissant aux quatre coins de la France ces dernières semaines. « Le gouvernement a pris conscience que si une porte ne s’ouvre pas, ce sera une chasse entre les autorités d’un côté et la jeunesse de l’autre. J’ose espérer que le gouvernement a pris la mesure de ce qui va arriver au cours de l’été s’il ne réagit pas », avoue Michel Pilot. Si rien ne bouge, « on va être confronté à un gros problème sanitaire durant l’été, et on ne veut pas donner cette image de la techno », s’inquiète David Asko.

Une réouverture des établissements de nuits le 10 juillet prochain pourrait donc permettre une relance économique de certains lieux, mais quels en seraient les réels bénéfices pour la fête demain et l’ensemble de son écosystème ? « La fête à mille façons de s’adapter dans le nouveau monde qui a déjà commencé. Encore faut-il que cette fête puisse à la fois satisfaire le public demandeur, les acteurs qui la proposent et surtout les artistes qu’il faut mettre au cœur de ce processus. Sinon il faut encore rester autour de la table pour réfléchir à réunir toutes ces conditions », conclut Michel Pilot.

C’est pour ces raisons que des solutions concrètes doivent être urgemment trouvées. Le gouvernement doit prendre en compte dès à présent la réelle place du monde festif dans le paysage culturel français.

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