Ross From Friends : « Je suis nostalgique de l’époque des téléphones Motorola à clapet »

Photo de couverture : ©D.R.
Le 23.07.2018, à 16h33
05 MIN LI-
RE
©D.R.
Photo de couverture : ©D.R.
Comme son nom l’indique, Ross From Friends ne s’est jamais vraiment trop pris au sérieux. Il s’est retrouvé, un peu par hasard, au milieu de la florissante scène lo-fi house avec des morceaux devenus des hymnes du genre. Mais cette année, les choses sérieuses ont commencé avec son arrivé chez Brainfeeder, label du grand Flying Lotus, et la sortie de son premier album le 27 juillet. Trax s’est entretenu avec l’artiste britannique pour en savoir plus sur son intriguant Family Portrait.


Principalement connu pour ses bangers lo-fi, Ross From Friends ne cesse, depuis quelques temps, de dire à qui veut l’entendre que la lo-fi house c’est fini pour lui. Une image un peu trop collante dont l’artiste compte bien se défaire avec la sortie de Family Portrait. Sa transition était déjà bien entamée avec son précédent EP Aphelion, aussi chez Brainfeeder, dans lequel ses désirs d’expérimentation s’exprimaient déjà. Une première ébauche avant le grand saut vers un premier long-format qu’il voulait dense et divers. Un album à la croisée des genres, qui mêle expériences sonores et dance music explosive, fruit de deux ans de travail intensif en studio.

Est-ce que le fait de signer sur un label aux racines musicales éloignées de la lo-fi house t’a aidé à t’en libérer ?

Arriver chez Brainfeeder a été un gros challenge pour moi. Je voulais faire évoluer mon son et m’éloigner un peu de ce que je faisais depuis un moment. Ça m’a vraiment aidé à élargir mes horizons, ça m’a permis de m’éloigner de la musique que je n’avais plus envie de faire. Je me suis senti plus libre d’expérimenter. Le fait de travailler sur un long format était aussi propice aux expériences et à l’évolution de mon son. Brainfeeder est un label qui encourage ce genre de démarche, donc c’était vraiment le moment parfait pour faire quelque chose de différent.  

Tu avais déjà essayé de composer un album, mais cela n’avait jamais abouti. Qu’est-ce qui t’a fait sentir que tu étais prêt cette fois-ci ?

Je sentais que j’avais une vraie histoire à raconter, j’avais envie de parler de mes parents. J’avais aussi une idée assez précise du son que je voulais créer, et j’avais assez de confiance en moi pour me lancer dans la production d’un long format. J’avais déjà essayé, c’est vrai, mais finalement je me disais toujours que ce n’était pas assez intéressant et que tout se ressemblait trop pour en faire un album. Cette fois-ci j’ai senti que mes expérimentations menaient quelque part.

Tu t’es créé une image d’artiste assez décalé, qui ne se prend pas au sérieux. Est-ce que le fait de sortir un album sur Brainfeeder est un moyen de devenir plus sérieux ?

Je n’ai pas vraiment pensé à ça à vrai dire. Je voulais juste changer ma musique, c’est ce qui m’a motivé. Finalement, je ne pense pas que ça soit si différent de ce que j’ai fait avant. Je ne sais pas si je suis devenu plus sérieux avec cet album, j’avais juste besoin qu’il reflète mon évolution.

Sur Twitter tu as dit que ton album sonnerait comme un vieux téléphone Motorola, qu’est-ce que tu entendais par-là ?

C’était surtout une blague, mais il y a un fond de vérité. J’avais ce genre de téléphone quand j’étais gamin et à un moment je me suis senti un peu nostalgique de cette période. L’album prend ses racines dans ce que j’aimais écouter quand j’étais enfant, donc forcément cette image-là m’est revenue.

Tu as appelé ton album Family Portrait, ta famille ressemble à ça ?

Non, malheureusement ma famille ne ressemble pas à un tableau de Picasso comme la pochette pourrait le faire croire… Je l’ai appelé comme ça parce que mes parents ont eu une énorme influence sur ma vie d’aujourd’hui et sur tout ce que je fais musicalement. Mon père a toujours écouté beaucoup de musique, il en écoute encore énormément. Il m’a tout montré. Et puis, « Family Portrait » c’est aussi le nom d’une série de photos du système solaire prise par la sonde spatiale Voyager 1 dans les années 1990. Je me suis dit que c’était un beau mélange de références.

La musique est le moyen que tu as choisi pour rendre hommage à tes parents ?

Ce sont tous les deux de très grands fans de musique, donc c’est une jolie façon de leur rendre hommage. Pour mon dernier clip, j’ai utilisé les images que ma mère a tournées quand elle a rencontré mon père pour la première fois. Je me suis dit que c’était beau de réunir ma musique et des images de mes parents.

Tu as beaucoup de chances d’avoir ces images, tu te souviens du moment où tu les as vues pour la première fois ?

Ma mère les a depuis longtemps. Quand j’ai vu ça, j’ai trouvé ça fou. C’était il y a quelques années, quand ma mère a décidé de tout numériser. Je ne m’étais jamais dit que ça pourrait devenir un clip, mais finalement c’est la meilleure chose que je pouvais faire avec.

Comme la plupart des producteurs de ta génération, tu as commencé à faire de la musique dans ta chambre. Est-ce que tu as changé de méthode pour ton album ?

J’ai travaillé dans un studio pas très loin de chez moi. C’était un processus très différent, c’était un peu comme si j’allais au travail. Avant je restais en caleçon dans ma chambre. C’était vraiment agréable d’avoir un nouveau rythme, de me préparer le matin pour sortir de chez moi. 

Tu parles souvent de ta musique de manière très personnelle. Ta démarche est uniquement introspective, ou est-ce que tu penses aussi à la façon dont le public va recevoir ta musique ?

Pour l’album c’était vraiment un travail introspectif. J’ai du mal à imaginer les gens en train d’écouter ma musique. Dans mes projets précédents je me disais parfois des trucs du style : « ce morceau-là marchera bien en club ». Mais cette fois-ci c’était vraiment très personnel, je passe tellement de temps tout seul de mon côté pour faire ça que c’est très étrange pour moi quand les gens finissent par écouter mon travail.

Assez peu de musiciens issus de la scène house jouent leur musique en live avec des musiciens, pourquoi as-tu tenu à le faire ?

J’ai commencé à jouer en live il y a environ 2 ans et il y a toujours eu une idée d’improvisation derrière tout ça. J’aime l’idée qu’un morceau soit différent à chaque fois et cette façon de voir les choses a eu un gros impact sur ma façon de composer. Maintenant je commence un morceau puis on le joue en live plusieurs fois pour travailler la structure. On a aussi commencé à utiliser d’autres instruments, du saxophone par exemple, et c’est ce qui m’a donné envie d’en inclure dans l’album.

Tu composes la musique que tu aimerais écouter en club ?

La plupart des versions studio que je compose ne sont pas faites pour être jouées en club. Mais en même temps, elles font référence à ce type de musique donc j’aime bien prendre les versions studio et les rendre « plus club ». On a beaucoup travaillé pour créer des versions live des morceaux de l’album. Ils ne sont pas très adaptés car ils partent un peu dans tous les sens, c’était une transition difficile à faire, mais je pense qu’on a réussi.

Tu as fait de la musique dans plein de styles, sous plein d’allias différents, est-ce que tu as fini par trouver ce que tu voulais vraiment faire avec Ross From Friends ?

J’ai fait de la dubstep, de l’indie rock, et plein d’autres choses. Mes goûts ont changé, donc ma musique aussi. J’ai fait de la musique sous plein de noms mais je crois que Ross From Friends est mon préféré, c’est pour ça que j’ai continué dans ce style. Mais même avec ce projet j’ai fait plein d’expériences dans des genres différents. Je n’ai pas envie d’avoir un style, je veux pouvoir être aussi pop que bizarre.  

Family Portrait sort le 27 juillet sur Brainfeeder. Ross From Friends sera en tournée internationale à partir de cet été et de passage en France à Scopitone le 21 septembre prochain. 

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant