Comment la résidence artistique Variation(s) permet aux perles de la scène française de décoller ?

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©D.R
Le 30.04.2020, à 15h50
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Le FGO Barbara à Paris lance un appel à candidature aux jeunes musicien·ne·s pour tenter de participer au dispositif Variation(s). Ce soutien professionnel à vu passer puis décoller des artistes qui font désormais la fierté de la scène française. Ils racontent leur expérience au FGO Barbara.

Depuis le 20 avril et jusqu’au 10 mai, le FGO Barbara de Paris lance un appel à candidature pour participer au dispositif Variation(s). Cette résidence gratuite propose aux jeunes artistes un soutien professionnel pour se lancer, travailler sur son œuvre et apprendre à la diffuser et à la protéger. Le FGO met ainsi en place des sessions de travail, des rencontres avec des professionnels, et donne accès aux participants aux espaces du lieu et à leur matériel : studio d’enregistrement, de répétition, salles de danse, de concert… Tryphème, Calling Marian, Petit Prince, Bagarre, Apollo Noir, Aloïse Sauvage ou encore Claude Violante sont tous passés par ce dispositif, et racontent aujourd’hui le rôle qu’a joué cette résidence dans leur carrière.

Quand et sur quelle période êtes-vous entré·e·s en résidence à  FGO Barbara ? À quelle étape de votre carrière étiez-vous au moment d’y entrer ?

Tryphème : Je suis rentrée en résidence en 2018, durant une année. J’en étais au stade embryonnaire : j’avais sorti un album sur CPU en janvier 2017, et quelques dates dont une Boiler Room en janvier 2018 (que je regrette vraiment d’ailleurs), je savais faire de la musique mais la scène… c’était une autre histoire.

Aloïse Sauvage : J’ai été lauréate de Variations en 2018 ! J’en étais au tout début, je venais de partager à l’automne 2017 2 clips de 2 chansons qui m’avaient mis le pied à l’étrier pour me lancer complètement dans mon projet musical.

Apollo Noir : En 2018. Bien que le projet Apollo Noir était plutôt jeune, un an et demi d’existence, j’avais déjà un entourage pro: label, éditeur, manager et tourneur. Mon premier album était déjà sorti et j’avais fait pas mal de dates.

Calling Marian : J’ai fait deux résidences, une de création en studio en décembre 2019, et une autre en conditions scène en février 2020. À ce moment là, j’avais sorti 3 EP sur mon label, et j’étais accompagnée par mon tourneur depuis 2 ans. Quelques mois auparavant, j’avais gagné le prix du jury des Inouis du Printemps de Bourges, et fait pas mal de concerts.

Petit Prince : Je crois que c’était en 2016. J’ai fait une semaine de résidence dans la grande salle de FGO avec Sayem, puis une semaine en studio avec SONGE. J’avais simplement sorti un EP sur le label Pain Surprises Records. À vrai dire, à ce moment je ne savais pas du tout que la musique allait devenir mon “activité professionnelle”.

Bagarre : Nous avons été soutenus avec Bagarre au cours de l’année 2016, dans le dispositif Séquences. Cette période de soutien par FGO a coïncidé avec une période charnière de notre parcours. Nous venions de sortir notre premier EP, nous étions en tournée, en plein développement, fraîchement signé en label et en tour. Nous attaquions la composition de notre premier album CLUB 12345. C’était vraiment le bon moment pour bénéficier d’un soutien : tu as plein d’idées, mais peu d’expérience du business, et encore moins de moyens financiers pour trouver, rien qu’un lieu pour répéter, ou un clavier digne de ce nom.

Claude Violante : Je suis entrée en résidence pour la première édition du dispositif séquences en 2016. Je pense que je venais de signer avec mon label à l’époque.

Quel projet avez-vous développé pendant cette résidence ?

Apollo Noir, Aloïse Sauvage, Tryphème, Petit Prince : Le live surtout.

Claude Violante : J’avais posé ma candidature parce que je voulais avoir la possibilité de travailler mon live un peu plus en profondeur. Pouvoir acheter des éléments de matériel qui me manquaient, avoir du temps sur une scène pour pratiquer mon truc. Et aussi je voulais pouvoir travailler avec une équipe de DA visuelle sur la sortie de mon EP à venir.

Calling Marian : J’ai entièrement composé mon dernier EP Calling For The Past pendant la première résidence, et mis sur pied la création scénographie de mon nouveau live pendant la deuxième.

Bagarre : Cela nous a vraiment permis d’avancer sur la composition de notre album CLUB 12345 , FGO mettant à disposition parfois des lieux de répétition et une aide financière pour acheter du matériel. De quoi être assez autonome pour avancer dans ton travail.

Comment se passe l’accueil sur place ?

Apollo Noir : Toute la team du FGO est super adorable, bienveillante, à l’écoute et surtout très présente (conseils artistiques, en terme de production et de son, mais aussi admin, stratégiques). Les salles ont tout le matériel qu’il nous faut pour répéter dans de bonnes conditions. 

Calling Marian : Le bâtiments est complètement équipé, tant au niveau des studios que de la salle de concert. C’était vraiment agréable de collaborer avec eux, la mise à disposition est super. 

Tryphème : Je me suis toujours sentie à l’aise au FGO, toute l’équipe est super investie et prête à trouver des solutions, à t’aiguiller. Quand on a aucune expérience dans la musique, on ne sait pas toujours quelle décision prendre, et c’est rassurant d’avoir les conseils de personnes qui sont totalement désintéressées matériellement et qui veulent juste t’aider parce qu’ils croient en toi.

Petit Prince : L’accueil c’est pour moi la clé de FGO, ou du moins ce qui m’a le plus servi. Le milieu professionnel de la musique est assez impitoyable, et la pression du résultat est énorme. Au FGO il est simplement question de l’artiste, et non pas du nombre de disques ou de tickets de concert que tu vends. Ils t’aident à te développer parce qu’ils aiment ton projet et c’est tout. Cela ne veut pas dire qu’ils sont là pour te brosser dans le sens du poil, au contraire et d’ailleurs ce serait contre-productif.

Bagarre : L’équipe met vraiment l’accent sur toi et ton parcours, et comment faire au mieux ta musique. Tu peux aller les voir aussi bien pour du conseil juridique, pour relire un contrat par exemple, que pour être mis en contact avec d’autres artistes. Ce parti pris de renforcer l’autonomie de l’artiste est super important et pertinent dans le dispositif de soutien.

Qui y a-t-il à vos côtés ? Comment vous conseillent-il·elle·s ?

Tryphème : Sayem et Benjamin sont les principaux interlocuteurs, on discute du projet ensemble, et c’est plutôt les artistes qui expriment des besoins (dans mon cas c’était travailler la scène, et la voix que j’ai d’ailleurs travaillée avec Arthur !) et eux nous mettent en relations avec des professionnels qui peuvent nous aider.

Apollo Noir : Plusieurs personnes sont très disponibles pour différentes domaines. Sayem pour l’artistique (qui m’a donné de super conseils pour mes sets live notamment), Julie pour la partie communication et image et Benjamin pour la partie admin. Vraiment la totale !

Claude Violante : Je dirais que les personnes le plus présentes au moment des « cours magistraux » étaient Sylvain Mignot et Benjamin Delobelle. Puis sur scène on était plutôt très libres de faire des choix de morceaux, d’interprétation et d’arrangements, l’équipe de FGO n’intervenait pas à ce moment là. Lorsqu’il s’agissait d’utiliser le budget qui nous avait été attribué, on s’entretenait avec une des personnes de l’équipe qui devait valider notre choix et discuter pour être sûrs que l’investissement serait le plus judicieux possible.

Quels sont les moments-clé de la résidence, et comment FGO-Barbara vous a-t-il soutenu·e·s ? 

Calling Marian : Je pense que le moment clé c’était au début de mon intégration à Variation, quand on a identifié mes besoins avec Sayem et Benjamin. On a réfléchi à une stratégie et ils m’ont mis du matos à disposition. C’était vraiment important à ce moment là, où je commençais à avoir l’impression de stagner artistiquement. 

Apollo Noir : Laisser mon matériel installé plusieurs jours de suite dans une salle et répéter en conditions live m’a permis de développer mon set comme jamais je n’aurai pu. Avoir eu des remarques sur mes setlists, la dispositions de mon matos sur scène, etc, je pense que cette aide a été cruciale pour moi.

Bagarre : On a pu mettre en place et répéter notre live dans la salle de concert de FGO, dans des conditions de concert, ce qui derrière te permet d’avoir un show bien calé et te met dans les conditions dans lesquelles tu vas vraiment tourner, ça change un peu des caves et des solutions de bout de ficelles ! 

Aloïse Sauvage : J’ai pu travailler mon live, avoir à disposition une pièce pour pouvoir m’entrainer – moi qui commençais à peine à manier le micro, j’avais bien besoin d’entraînement (et d’espace) !

Tryphème : Un des moments clefs a été une résidence de 3 jours dans la salle de concert du bas, pour préparer mon live pour Nuits sonores. Si cette résidence n’avait pas eu lieu, c’est simple ; cette date en mai aurait été une catastrophe. Rien était prêt, mes machines buguaient, ma session Ableton aussi, j’avais juste envie de hurler et d’aller me blottir dans mon lit ! J’avais fait part à Sayem et Benjamin de mon souhait d’améliorer ma performance scénique, ils m’ont donc présenté la metteuse en scène Benedicte Le Lay, qui est venue encadrer la résidence. Heureusement qu’elle était là ! Ça a été le déclic. J’étais pétrifiée sur scène, et c’est passé du rien au tout ! Si vous comparez l’horrible vidéo de la Boiler Room (c’est mon plus gros regret, je n’étais ABSOLUMENT pas prête) par rapport à tous les lives qui ont suivi cette résidence, c’est le jour et la nuit.

Quelle est la chose la plus importante que tu as apprise lors de ta résidence ?

Tryphème : La chose la plus importante que j’ai apprise, c’est de me faire confiance, de croire en mon intuition. Et aussi la rigueur ! J’ai pris conscience de la masse de travail que c’était.

Claude Violante : Je pense que la chose la plus importante que j’ai apprise est qu’il est toujours intéressant de travailler en groupe, même si les influences des uns et des autres sont aux antipodes. Il y a toujours une leçon à apprendre et ça fait du bien de sortir de son cercle habituel, de se confronter à d’autres façons de faire. Moi qui travaille très souvent toute seule, j’ai vraiment apprécié de pouvoir vivre le travail de groupe pour le temps de cette expérience.

Petit Prince : Malheureusement, je pense avoir fait cette résidence un peu trop tôt, je n’étais pas prêt et je n’ai donc pas pu mettre à profit à 100% ce moment. Ce que je recommanderai aux artistes qui postulent et tout simplement aux artistes qui ont envie de vivre de leur musique, c’est de ne pas faire de demi-mesure, comme j’ai pu le faire au début. Quand on se lance il faut y aller pleinement.

De quelle manière cela vous a aidé·e·s ?  

Tryphème : Je crois que j’ai appris à être professionnelle, j’ai vraiment franchi un pas après mon passage au FGO.

Calling Marian : Ça m’a permis de fixer des choses de manière définitive pour la scène notamment, d’écrire une conduite lumière… Le live peut tourner à balle grâce à cette résidence, je suis hyper reconnaissante ! 

Bagarre : Cette résidence permet un vrai “empowerment”, car on t’aide à développer des moyens qui te servent sur le long terme. On a réalisé qu’il fallait aller au bout de ses idées malgré les avis et les nombreux retours qu’on peut recevoir pendant les périodes de composition, et qui parfois peuvent troubler. Si tu as l’intuition et l’envie de faire tel truc, alors va au bout ! 

Aloïse Sauvage : Cela m’a aidée à oser demander de l’aide aux bons interlocuteurs, également à prendre confiance en moi sur mes aptitudes à tenir la scène en y chantant. J’ai pu prendre le temps de me décider concernant la suite de mon parcours (signature en label, tourneur etc.) en sachant que j’avais en parallèle à FGO des gens de confiance pour me conseiller et me soutenir. Je pense vraiment qu’il s’agit d’un lieu indispensable pour le soutien des jeunes pousses comme moi !

Apollo Noir : Le monde de la musique est très complexe. C’est très difficile d’avancer seul dans cet univers. La team FGO est particulièrement bienveillante, c’est très important de se sentir entouré dans un milieu sain, avoir des réponses claires et objectives dans l’intérêt de l’artiste. Merci à la team FGO !

Les critères pour candidater sont les suivants : avoir un répertoire constitué à 90 % de titres originaux, avoir un set d’une durée de 30 minutes minimum, la moitié des membres du groupe doit résider à Paris. Il suffit ensuite de s’inscrire sur la plateforme dédiée et de réaliser un entretien si son profil est sélectionné par le jury. Les lauréat·e·s seront annoncé·e·s début septembre 2020. Pour toute question, écrire à candidature@fgo-barbara.fr.

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