Réseaux sociaux: Pourquoi l’accusé de réception est-il si anxiogène ?

Écrit par Clarisse Prevost
Le 09.05.2022, à 18h00
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Écrit par Clarisse Prevost
Et pourquoi Instagram est la seule application à nous empêcher de désactiver cette fonction ?

Logiquement, l’accusé de réception est un système qui nous permet de savoir si les messages envoyés ont été lus par un interlocuteur et donc de savoir si une absence de réponses est volontaire. Mais cela ne relève t-il pas tout bonnement d’un droit propre à la vie de chacun ?

En effet, nous vivons dans un monde de plus en plus instantané où prendre son temps semble passer pour une faute. Chacun veut faire de soi une préoccupation dans la vie de l’autre, alors, les individus les plus aliénés aux réseaux sociaux aisément blâment ceux qui ne le sont pas. En conséquence, une forme de culpabilité naît chez celui qui ne répond pas tout de suite (voire, ne répond pas du tout) et de l’animosité chez l’impatient. Ne prenant le recul nécessaire pour comprendre que certains n’ont pas la manie compulsive de rafraîchir leur inbox, ces derniers se sentent profondément lésés, ignorés, vexés. L’un passe pour un salaud être l’autre pour une victime, il faut donc trouver des stratagèmes et avoir revoir aux excuses. Mais cette volonté de se faire pardonner est-elle légitime, fondée ? Non, car nous n’avons pas à répondre à l’impératif millénaire de la réponse instantanée (qui a du sens si cela est le concept même de l’application en question, comme c’était le cas sur MSN) et se conformer au modèle économique de l’attention totale et continue, en soit, une mauvaise habitude.

Selon le Dr Tony D. Sampson, professeur à l’université d’East London qui a publié divers ouvrages sur les cultures et la communication des médias numériques, la conception des médias sociaux s’articule de plus en plus autour de modèles d’interaction qui créent des habitudes. En d’autres termes, les systèmes de messageries (instagram, WhatsApp, Facebook, Snapchat) ont comme objectif de maintenir la présence de l’utilisateur sur la plateforme. Il explique : « L’objectif est de déclencher des émotions souvent négatives liées à un comportement compulsif afin que les gens continuent de consulter leur page de média social ou d’utiliser une application, non seulement pour voir si nous avons une réponse, mais aussi pour voir si notre message a même été lu ou non. On nous dit que l’objectif est de rapprocher les gens, mais c’est ainsi qu’ils gagnent leur argent. Plus la vérification des notifications et des confirmations de lecture devient compulsive, plus ils maintiennent le flux de données en vie et plus nous sommes susceptibles de continuer à donner davantage d’informations sur nous-mêmes qui peuvent être vendues. »

Ainsi, de ces inévitables accusés de réception découlant de l’anxiété sociale parmi un affaiblissement de la liberté, une culpabilisation systémique, des problèmes de confiance en soi et une forte aliénation aux réseaux sociaux, pour nombreux. La frustration s’infiltre des deux côtés : celui qui envoie et celui qui reçoit. On observe notamment la création de logiciels et techniques pirates pour contourner les accusés de réception, phénomène qui démontre bien le problème que ceux-ci posent. Black Mirror ou 1984, les réseaux sociaux donnent l’impression de glisser vers une société dystopique qui met à mal la liberté et la vie privée. Ne serait-il pas simplement le temps d’agir pour avoir la possibilité de décider si l’on souhaite utiliser cette fonctionnalité ?

Sur ces derniers mots, on vous laisse relire notre article sur l’impact des réseaux sociaux sur la qualité de nos souvenirs.

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