[REPORT] Vol de Nuit #1 : quand Detroit débarque à Avignon

Écrit par Trax Magazine
Le 20.10.2015, à 15h25
04 MIN LI-
RE
Écrit par Trax Magazine
La métaphore filée est tellement facile mais tellement vraie : le voyage sonore à destination de Detroit avec Recloose, Delano Smith et Eddie Fowlkes avait tout d’un « Vol de nuit » en première classe. Au lendemain de la croisière (qui s’est bien amusée), les commentaires sur le plus grand réseau social du monde auraient largement pu faire office de report. Mais on fait un effort et on vous raconte « comment c’était du lourd » samedi dernier, à L’Autre Scène (Vedène). Récit de ce premier Vol de Nuit, le début d’une longue série, on l’espère. Par Marjolaine Casteigt et Armand Morel

On nous avait promis la lune, on a décroché les étoiles. Premier Vol de Nuit à destination de Detroit, et sur le trône placé juste devant nous, les héritiers du son de la Motor City : Recloose, Delano Smith et l’humble Eddie Fowlkes. Le nouveau concept pondu par les Oiseaux de Nuit (Pascal Peck et Thierry Theaz) a donc plutôt bien décollé. L’idée : retracer l’histoire des musiques électroniques, mais pas n’importe comment et pas n’importe où. Embarquer le public dans une traversée sonore et visuelle, faire escale dans des cités de lumière qui ont marqué le genre.

Le pari était risqué puisque cette première édition s’est déroulée en marge de l’usine à gaz World Trance à Avignon, non loin de L’Autre Scène à Vedène qui accueillait quelque sept cent personnes ce samedi soir. Bilan : un public plus mature certes, des néophytes aussi, et surtout le sentiment d’entrer dans une soirée d’exception digne des réceptions d’un l’ambassadeur. Sans contredire les passagers de ce vol classieux, on peut dire que le résultat du mixtion de ces aspects visuels et sonores tant attendus n’a été que pur plaisir sensoriel.

vol de nuit

“Cette ville est hallucinante, je n’y suis jamais allé mais j’ai fait des découvertes incroyables sur le net”, a commenté le VJ et artiste guatémaltèque Tecuni, pour expliquer ses recherches. Comme sur des toiles tendues, à la manière d’une exposition dans une galerie d’art contemporain, les images de la ville fantôme dévastée par les ravages de la crise économique ont en tout cas sublimé ce vaste espace culturel — par ailleurs impeccablement sonorisé.

Un mot sur le duo « Les Oiseaux de Nuit » : Pascal Maurin (Peck), le papa du Kolorz Festival (entre autres) et plus récemment de Dernier Cri à Montpellier, et Thierry Berthenet (Theaz), le maître de cérémonie des soirées Bassline et de bien d’autres projets nocturnes qui font vriller la Cité de Papes à la sauce électro. Ces deux-là n’en ont pas terminé avec cette épopée électronique. Ils réservent déjà les billets pour les horizons sonores 2016. « Berlin ou Londres puis Chicago », a confié Pascal Maurin.

La surprenante envolée techno façon Detroit (MC et AM)

On n’a jamais eu de doute sur la qualité de la programmation annoncée, les trois DJs ont bien un point commun ; Detroit, Motor City, ou le son originel. Le public pouvait s’attendre à de la grosse techno bien froide. Pourtant, toute la nuit, les trois artistes ont pris un malin plaisir à nous surprendre et à nous souffler du groove dans les plumes. Ils ont contrôlé les corps et les esprits avec une facilité déconcertante grâce à des variations et des changements de styles singuliers, dans chacun de leur set.

vol de nuit

Pour les premières heures de vol, on s’est d’abord installés confortablement. Recloose s’est joué de la techno. Il a flanqué ses basses subtiles avec des sonorités ultra jazzy puis carrément disco. Certain racontent même qu’il aurait joué un petit Claude François ni vu ni connu, et que ça l’aurait fait. Quelques tracks plus tard, on entrait dans une seconde zone de turbulences.

Delano Smith nous plongeait, quant à lui, dans une autre ambiance, un peu moins mélodieuse, plus brutale, le genre de techno qui donne envie de se défouler façon pogo, mais en plus classe. Il finira néanmoins tout en douceur avec sa production la plus connue, « Midnight Hours » ; une très belle transition pour laisser les commandes aux mains de celui que tout le monde attendait.

Eddie Fowlkes, le parrain de la techno soul nous a offert un set très éclectique, une technique irréprochable, comme à son habitude. Il a revisité les genres disco, funk et house avec élégance pour clôturer ce Vol de Nuit interstellaire. Maintenant, on comprend un peu mieux la réputation de folie des premières soirées de Detroit.

En bref et pour survoler, on a aimé et on a dansé. On a apprécié la fluidité et la logique de l’évolution musicale des sets, la montée en puissance de Recloose, les envolées techno brutes de Delano Smith, le climax du « Phénix des hôtes de ces bois ». Car Eddie Fowlkes nous a bel et bien propulsé dans son univers.

vol de nuit

Bouger ses fesses sur « Blame It On The Boogie » des Jacksons, à grand coup de fort BPM, fût sans aucun doute l’un des moments les plus chauds-bouillants-dansants de la nuit. Les prestations de ces trois grands noms de la techno étaient à l’image de l’ensemble de la soirée : un (presque) sans faute. Peut-être un peu trop court comme toujours.

« Les cycles de la machine mentale » (MC)

Pour aller plus loin, là-bas dans le Michigan, et découvrir Detroit de l’intérieur, le documentaire de Jacqueline Caux semble être le moyen de transport idéal. Dans « Les cycles de la machine mentale » (2006), la réalisatrice croise les regards sur la ville. A travers les témoignages de quelques-uns de ses héros, les producteurs Mike Banks (Underground Resistance) et Carl Craig, l’artiste Terry Guyton ou encore l’animateur radio (et prophète sonore) The Electrifying Mojo, on découvre des trésors dans les brèches des façades dévastées de la Motown.

Muse éternelle, cité-fleuron de la musique, du gospel en passant par le blues, le jazz, le rhythm and blues et la techno, Detroit vaut tout simplement le détour. Jacqueline Caux interviendra lors de la projection de deux de ses perles documentaires, à l’occasion du festival Dernier Cri. Rendez-vous le 11 novembre prochain pour découvrir ou bien se replonger dans l’héritage musical et l’esprit techno de Detroit au cinéma Diagonal de Montpellier.

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant