[REPORT] Livity Sound : une montée en puissance, vers des sommets techno

Écrit par Henry Hodson
Le 13.11.2015, à 16h36
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Écrit par Henry Hodson
Peverelist était de passage à Paris pour un showcase de son label à La Source, puis à l’anniversaire de Phonographe Corp au Batofar, où les vraies festivités ont commencé…



Une douzaine de personnes, semblables à des profils Tumblr, enfoncés dans des sofas, hochent la tête de manière imperceptible. Peverelist augmente le volume du mix à peine calé, des types aux barbes bien taillées fouillent dans les caisses de disques, sans égards pour cette personnalité modeste de Bristol, présent dans un coin.

Livity Sound ne s’apparente aucunement à la musique lounge. Même les spirales de synthés les plus chics dissimulent des sonorités sèches de caisses claires, et les pads de Pev, aussi soyeux que la plume, nous chatouillent néanmoins. Les productions, taillées pour la danse et les sound systems, nous incitent à nous mouvoir, d’aucuns ne pouvant rester immobiles. Le showcase de Livity Sound, recueilli par le disquaire La Source en son sein, n’offrait qu’un premier avant-goût à des fans insatiables, en attente d’une deuxième partie pour laquelle il nous fallait attendre.



A deux heures du matin, une rigidité apparente investit la cale du Batofar : des textures lisses et monotones évoluent lentement, ne suscitant guère plus que des mouvements amorphes. Les allées et venues sont fréquentes sur le dancefloor, les différents sets ne parvenant à persuader les fumeurs de reporter leur pause cigarette. Au fil du temps, les sélections du warm-up se révèlent de plus en plus disparates, et les artistes, dans un élan de désespoir, épuisent leur répertoire de trance, de tribal et de samples vocaux, souhaitant provoquer une réaction.

A l’arrivée de Peverelist, le Batofar reprend subitement sa course. Le « Cellar Door » du parisien Simo Cell, paru tout récemment via Livity Sound, abaisse la température jusqu’à un degré insoutenable, presque fantasmagorique. Une heure durant, Pev nous hypnotise au travers d’une large palette de sorts et de boucles hallucinatoires – de son remix du « Amor Fati » de Hodge au « Freeze Cycle » de Pearson Sound, ses débuts constituent un modèle d’habileté, d’astuce et de cohérence. Les contours et les frontières entre les genres paraissent flous, mais le son « Livity » se révèle parfaitement distinct.



Passé une certaine heure, d’aucuns choisissent de s’en aller. A mesure que la densité faiblit, la luminosité de la salle du Batophar semble s’intensifier. Elargissant sa sélection, Pev opte pour des samples de musique orientale, des lignes de basse pleines d’entrain, désireux d’y insuffler de la vie. Ses rythmes dubby suffisent à renforcer notre vigueur. Sa maîtrise des percussions est aussi évidente dans ses sets que dans ses productions : il parvient à élever le « Bring » de Randomer au-delà de tout degré d’excitation, en y ajoutant une ligne de drums – l’un des moments forts de son set.

A partir de 05:30, Simo Cell rejoint le booth, et, avec lui, les effets savoureux de la spontanéité. Lorsque l’ascension éthérée du « Modulate » de Corticyte, teintée d’éléments issus du breakbeat, l’entraîne en terrain miné et s’interrompt
, supplanté par des tirs de missiles en acier oxydé, la paire semble prompt à nous dévoiler toute l’étendue de son patrimoine musical – ou, plus simplement, de leur passion commune. Ils s’approprient ainsi les racines du son Livity ; la fusion du dubstep oldschool, du breakbeat et de la techno, assemblés idéalement et surplombés d’une future bass semblable aux productions de Batu. Peverelist arbore un large sourire, quelque peu effronté, en passant l’instrumental du crossover garage-grime de Sticky et de Ms Dynamite (le titre « Booo! »). La réaction du public ne paraît pas à la hauteur de nos espérances, et tout ceci me fait l’effet d’une private joke, destinée aux initiés : il prend plaisir à se déplacer ainsi, à tâtons, sur la corde raide des genres musicaux, à transposer cet héritage dans de nouveaux contextes. Et il est parfaitement conscient des us et coutumes.



06:00 du matin. Nous dépassons l’heure du couvre-feu, sans aucune plainte de la part de la sécurité. Pendant la dernière demi-heure, ceux qui sont restés debout se voient récompensés par une sélection tapageuse, dont chacun des tracks s’avère plus imposant que celui qui l’a précédé, à la manière d’une poupée russe. Jusqu’à ce que « Night » de Benga et Coki ne fasse planer la menace d’un naufrage du Batofar. S’agissant du cinquième anniversaire de Phonographe Corp, un mec distribue des ballons aux personnes les plus exubérantes présentes sur le dancefloor, mais cela me semble arriver trop tard. Peverelist a déjà soufflé toutes les bougies.


ENGLISH VERSION

A dozen Tumblr profiles incarnate sit back on the sofas, heads almost imperceptibly bobbing; Peverelist brings up the mix just as it clicks into place, and bearded men rifle through the records in front of them, paying practically no attention to the unassuming Bristol boy in the corner.

Livity Sound is no lounge music. The label’s very slinkiest synth sidewinders shroud viciously curt claps, and though Pev’s pads may be softer than feather dusters, boy do they tickle. These are productions purpose-built for the soundsystem dance, and one simply cannot stand still. The Livity Sound showcase at La Source record store, then, left any present fans hungry for seconds, but for that we would have to wait.

Rigidity still hung thick over the hold of the Batofar as the clock struck 2am, with glossy, slow-build and ultimately soulless 4/4 prompting little more than a shuffle from the assembled crowd. Dancefloor turnover is rapid, the DJs rarely offering reason enough to put off the next cigarette. All well-within the confines of house and techno, selections nevertheless take a turn for the disparate, even desperate, as the warm-up DJ draws in turn for trancey, tribal and vocal cuts just to raise a reaction.

When Peverelist steps up an hour and a half later though, the boat is quickly set back on its bearing. Simo Cell’s recent Livity release ‘Cellar Door’ sets the tone at a fiendish frost, and for the next hour Pev has us hypnotised under his spell of hallucinatory sonar-beep loops. From his own remix of Amor Fati to Pearson Sound’s Freeze Cycle, the opening is precision-crafted and perfectly cohesive, and whilst boundaries of genre remain blurred, the ‘Livity’ sound is by now distinct. It is well past bedtime for some however, and as the crowd begins ever so slightly to thin, the room grows lighter, more sterile. Broadening the sound palette, Pev opts for eastern samples and boisterous bass chops to breathe life back in, and his dubbed out rhythmics are enough to keep us all on our toes. Indeed, his mastery of percussion is just as evident in his sets as in his production: the rinsed but reliable sound of Randomer’s Bring is elevated beyond delerium with the addition of a hissing drum track in one particular mid-set peak.

At half 5 Simo Cell comes to join the party, and with him a glorious sense of looseness. For as Corticyte’s Modulate flips the switch from ethereal breakbeat build-up to robotic grime pulse, we get the sense that the pair are about to demonstrate the full breadth of their heritage, or more simply their passion. So they lay the sources of Livity bare, with oldschool dubstep and breakbeat sitting snug beside future bass cuts from the label’s own Batu. Peverelist grins as the instrumental to landmark grime-garage crossover Ms Dynamite’s Boo stomps out its swampy path on the dancefloor, and when the crowd’s reaction is unapparent, I recognise the hint of an in-joke: he delights in tiptoeing the tightrope of genre, he is forever re-contextualising tradition, and he knows it.

The 6am curfew comes and goes without complaint from security, and for the final forty five we are treated to a riotous Russian doll of closing tracks, each one larger than the last, until Benga and Coki’s Night threatens to sink the vessel for good. In the true spirit of Phonographe Corp’s fifth birthday, a man hands out balloons to every colourful character left standing on the dancefloor, but it would seem to be a bit too late. Peverelist had long blown out the candles.

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