Report : Comment BUDX, le « TEDx des cultures urbaines », a réconcilié les fans de techno et de rap

Écrit par Thomas Guichard
Le 29.04.2019, à 12h47
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©Marie Rouge
Écrit par Thomas Guichard
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BUDX a pour ambition de célébrer les histoires d’artistes et de mouvements qui ont su saisir leurs opportunités pour connaître une véritable ascension. Le pari était osé : mettre autour d’une même table les étoiles qui font de la Ville lumière l’une des capitales internationales de la culture. Toutes les disciplines étaient conviées, de la mode aux arts visuels et, bien sûr, la scène électronique.

Sous la charpente boisée de La Marbrerie se sont enchaînés, pèle-mêle, conférences, ateliers, DJ sets, performances et concerts. Des hospices de luxe dans l’un des coeurs artistiques de la capitale situé… à Montreuil. Oui, Paris n’est riche que de ses interactions avec sa banlieue plus ou moins proche. C’est d’ailleurs une idée que partagaient les intervenants du premier panel, mercredi 24 avril. Pour évoquer le rôle du DIY dans la scène rave, trois références en terme d’organisation de soirées se sont passé le micro : Subtyl, Possession et Fée Croquer. Chacun d’entre eux amènent des milliers de Parisiens à délaisser les clubs pour préférer, le temps d’une nuit, les warehouses de l’autre côté du périph’.

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Également née hors de Paris intramuros, la culture hip-hop française était elle aussi invitée à BUDX le temps d’une journée, vendredi 26 avril. De quoi élargir le spectre des rencontres, puisque ce n’est nul autre que Kim Chapiron qui a ouvert la discussion sur les liens entre le son et l’image. Cet ambassadeur au CV interminable n’a cessé de faire des aller-retours entre musique et cinéma : après avoir commencé tout jeune dans la team de court-métrages Kourtrajmé – qui a assuré les heures de gloire de la Mafia K’1 Fry et les premiers pas de Vincent Cassel comme acteur –, le cinéaste a marqué toute une génération avec son film Sheitan au milieu des années 2000.

Autre sujet, ô combien d’actualité, sur lequel se sont penchés, la veille, des artistes de tous bords : la visibilité des minorités dans la vie culturelle parisienne. Était présent l’un des porte-étendards de la communauté LGBT, le sulfureux Tiggy Thorn, personnage « gender-fluid » célèbre pour ses soirées queer Kindergarten.

Aux côtés de la DJ Louise Chen, Laylow et la styliste Freaky Debbie ont trouvé les mots justes pour parler de l’impact des sous-cultures sur la mode. La dernière, chantre de l’upcycling – du nom de ce mouvement qui récupère des matériaux désuets pour les retransformer – utilise de vieux sacs Ikea ou des ballons de baskets pour en faire des robes. Un atelier était d’ailleurs organisé plus tard sur le sujet. Pour ce qui est de Clara 3000, son parcours prouve à lui-seul que des ponts entre les arts existent et, mieux, qu’on a tout intérêt à les emprunter : ancienne stagiaire chez Ed Banger puis acolyte du styliste Jacquemus, elle fut un temps modèle pour Balenciaga. Ce qui ne l’empêche pas d’être, aujourd’hui, l’une des artistes françaises les plus cotées de la scène. Du sérieux donc, mais pas seulement. En parallèle, étaient accessibles des ateliers création pour les visiteurs qui voulaient changer de peau ou travestir leur style au stand de costumes installé par BUDX.

Outre des rencontres alléchantes entre des talents de tous horizons, l’évènement avait aussi – côté concerts et DJ sets – ses têtes d’affiche tels que Maceo Plex et Madben. Rien à envier des grands festivals européens en somme. Si le maître-mot de ces trois jours montreuillois était la confrontation entre différentes disciplines et différents styles, des interactions ont également eu lieu entre différentes époques. Venu tout droit des années 1980, la légende de l’ère Underground Resistance, Kevin Saunderson, a ajouté une petite touche de Detroit aux discussions avant de s’attaquer au dancefloor. Un autre pilier de la techno, le Britannique Richie Hawtin, était là pour encadrer, du haut de ses presque cinquante ans, la jeune génération incarnée par Sama’ سماء, l’une des figures de la scène underground palestinienne de Ramallah.

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Les musiques urbaines n’étaient bien sûr pas en reste avec la convocation du rappeur belge Hamza – que beaucoup dans la salle n’ont cessé d’appeler « Sauce God » – qui vient de sortir son premier album, Paradise. Son partenaire sur le titre « Sans toi », le beatmaker Myth Syzer, était présent, tout comme la jeune révélations électro-pop SÔNGE. Pour enfoncer le clou, un graffeur avait été invité par BUDX. La greffe a bien pris et ses fresques ont donné à La Marbrerie une ambiance street-art inédite.

À noter qu’une belle place était réservée aux DJ’s parisiens. L’égérie du voguing à la française Kiddy Smile, qu’on ne présente plus à force de le voir jouer sur tous les fronts depuis la sortie de son premier album, est venu en voisin raconter sa vision d’une autre sous-culture : l’hyperactive scène ballroom de Paris. Des performances endiablées de ses danseurs ont accompagné son passage derrière les platines une fois les échanges du jeudi terminés. Invités prestige en quelque sorte, Busy P et Myd sont passés plusieurs fois en B2B durant les trois jours. Un créneau de conférence avait été réservé à ces vétérans de l’émulation culturelle des années 1990-2000 connue sous le nom de French touch. Intitulé « Ed Banger : passé, présent, futur », la conférence revenait sur tout ce à quoi le label mythique de Pedro Winter a touché en seize années. Histoire de convaincre les derniers indécis : Paris est bien un seul et même masque derrière lequel se cachent les innombrables visages de la créativité, hier au moins autant qu’aujourd’hui.

Plus d’informations sur le site et la page Facebook de l’évènement.

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