À Rennes, M Com’Musique presse des vinyles pour les labels et artistes indépendants

Écrit par Jean Gueguen
Photo de couverture : ©Virginie-Strauss
Le 31.08.2020, à 16h15
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Écrit par Jean Gueguen
Photo de couverture : ©Virginie-Strauss
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M Com’Musique est une fabrique de disques vinyle située à Orgères près de Rennes. Lancée en 2014 par deux passionnés au nez fin, l’entreprise était à l’époque la première nouvelle presse à vinyles depuis les années 80. Surmontant bien des galères, ses fondateurs sont aujourd’hui fiers de proposer un des meilleurs pressages d’Europe et d’accompagner les artistes et labels indépendants dans l’aventure du disque. Reportage.

« Il n’y avait jamais eu de manufacture de disques vinyle en Bretagne. Quand on a commencé, il n’y en avait plus qu’une en France. On est venus combler un manque du marché. Il y avait plus de demandes que d’offre ». Au-dessus de son sourire débonnaire, le regard d’Antoine Ollivier est celui d’un gamin ravi lorsqu’il se remémore le parcours tumultueux de la petite entreprise qu’il lançait en 2014 avec Mickaël Collet. Après avoir pas mal bourlingué dans le milieu musical, les deux passionnés flairent le retour en force du disque vinyle et se rendent compte du manque de fournisseurs. L’entreprise mayennaise de moulages plastiques de l’Ouest (MPO) détient alors le monopole sur la production de vinyles en France, mais peine à satisfaire une demande grandissante. C’est le début d’une aventure de longue haleine sur les traces d’un patrimoine technologique oublié.

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Les co-fondateurs de M Com’Musique, Mickaël Collet à gauche et Antoine Ollivier à droite.
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À la recherche d’un savoir-faire oublié

« À l’époque, les presses neuves n’existaient plus, il n’y avait pas de fournisseur de machines, très peu de fournisseurs en matière première ou pour l’impression des pochettes. Donc on a bricolé. On a fabriqué notre propre presse manuelle, on a racheté plein de machines des années 60 qu’on a refaites à neuf. Entre fin 2014 et début 2015 on a réussi à monter un atelier complet et en avril on fabriquait nos premiers vinyles  ». À entendre parler Antoine Ollivier, le parcours de M Com’Musique ressemble à celui d’une archéologie technologique, à grand renfort de bidouillages Do It Yourself et de mains dans le cambouis pour réparer des machines vieilles de cinquante ans.

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En cours de restauration, la machine à graver Neumann VMS 80 date de la fin des années 80.©Virginie-Strauss

Malgré cet équipement rafistolé, les deux complices parviennent à affiner leur chaîne de production jusqu’à pouvoir presser 4 000 disques par mois. Ils se constituent également une première clientèle, composée essentiellement de labels indépendants et d’artistes auto-produits. Au-delà du pressage, qui est la 3e et dernière étape de production d’un disque vinyle, M Com’Musique continue de s’intéresser aux technologies nécessaires aux étapes 1 et 2, le cutting lathe et la galvanisation. Ces dernières correspondent respectivement au premier traçage des sillons sur une laque recouvrant un disque d’aluminium et à la création d’un moule en nickel par réaction chimique à partir de cette laque. Ces services sont bien sûr proposés par M Com’Musique dans le processus de production d’un disque. Mais ils sont sous-traités aux rares spécialistes qui maîtrisent les techniques ou disposent encore des machines adéquates. 

Le problème est le même pour l’impression de pochettes, une production industrielle qui s’est éteinte en France. Faute d’avoir trouvé des partenaires nationaux, cette opération est assurée par un imprimeur spécialisé à l’étranger, possédant encore « une machine de la grande époque du vinyle ».

Modernisation, développement et innovation

Ils semblent loin aujourd’hui ces premiers temps de galères, ces 12 secondes pour retourner le disque et coller le macaron entre deux charges de 200 tonnes qui feront du petit pain de plastique une jolie galette de son noir. Entre 2016 et 2018, une campagne de financement importante permet à M Com’Musique de remettre à neuf toute sa ligne de production en se dotant d’une technologie de pointe dans le domaine. L’équipe dessine elle-même et fait usiner sur mesures de nouvelles machines qui font la particularité de la fabrique bretonne : « les disques qu’on presse sont uniques, on ne les trouve pas ailleurs », précise Antoine Ollivier.

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Les matrices qui permettent de dupliquer les vinyles sont adaptées au moule de la presse automatique.
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Forte de ces nouveaux équipements qui assurent à la galette bretonne une excellente qualité de pressage, M’ Com’Musique se développe rapidement. Entièrement automatisée, la nouvelle presse sort 20 000 disques par mois en moyenne, avec des pointes à 40 000. La moitié est envoyée à l’international.

Au départ très rock, l’entreprise obtient vite un succès auprès des communautés reggae et musique électronique, développant les compétences techniques pour presser au mieux ces styles. Groundation, No One Is Innocent, Tagada Jones font partie des groupes qu’Antoine Ollivier est fier de citer parmi leurs clients. Sans compter des collaborations prestigieuses avec le distributeur Deejay, la chaîne YouTube et label Houseum ou encore le festival Trans Musicales. Avec le succès, l’atelier a pu s’agrandir, et l’équipe compte aujourd’hui huit salariés.

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De gauche à droite, Loïc Faure, Marion Combot, Antoine Ollivier, Mickaël Collet, Aline Rougemont, François-Xavier Le Borgne, Samuel Retailleau.©Virginie-Strauss

Après avoir été la première nouvelle presse à vinyles en France depuis des décennies, ouvrant la voie à d’autres petites structures qui viennent à leur tour grignoter le monopole de MPO, M Com’Musique défraie régulièrement la chronique par ses innovations. « Aujourd’hui la filière du disque vinyle renaît et il y a tout à inventer », s’enthousiasme Antoine Ollivier. En 2016, certains puristes du vinyle s’étaient indignés de leur prototype de “vinylgue”, un disque à base d’algues. Cette innovation écologique visait à remplacer par un matériau biosourcé le polymère, ce mélange de PVC et d’acétate de vinyle qui constitue la base du disque vinyle. Plus tôt au cours de l’année, l’entreprise bretonne annonçait également la mise au point d’une nouvelle formule de laque, le vernis dans lequel on grave les sillons qui serviront de premier modèle dans la production d’un disque. Elle propose également, depuis septembre 2019, une box vinyle mensuelle permettant de découvrir des disques pressés dans l’atelier, souvent des productions d’artistes et de labels indépendants. C’est la façon qu’a trouvée M Com’Musique de rendre honneur à ce public qui lui est cher.

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Le polychlorure de vinyle (PVC) est le matériau de base du disque vinyle.©Virginie-Strauss

Une petite structure à l’écoute des indépendants

Antoine Ollivier répète à quel point ils sont redevables au label Beast Records, qui leur a commandé leurs premiers gros volumes. Car même si certaines majors (BMG, Because, etc.) sollicitent la fabrique bretonne pour des commandes particulières et des délais courts, le patron insiste sur cette relation particulière de M Com’Musique avec les labels indépendants et les artistes autoproduits. « Ce sont eux qui nous ont aidé à démarrer, c’est avec eux qu’on va créer le plus de lien et qui ont le plus besoin d’accompagnement ». Non seulement l’entreprise propose la possibilité de produire de petites séries (100-200 exemplaires), mais elle apporte aussi une expertise et un suivi qualitatif, notamment sur la question du mastering, pour assurer une qualité professionnelle même aux productions amateures. « On n’est pas forcément les moins chers, mais on va leur accorder plus de temps et faire en sorte de les aider ». 

M Com’Musique prolonge même son aide au-delà de la seule production du disque et apporte son expérience en matière de développement, « mise en relation avec des distributeurs, des éditeurs, des producteurs, parfois même des majors », précise Antoine Ollivier. « C’est dans notre ADN de nous adresser aux indépendants, aux labels, à ceux qui ont le plus besoin de conseils », ajoute-t-il.

Évidemment, le confinement a fortement touché la chaîne du disque. Moins de consommation, moins de disques fabriqués, des licenciements dans les grosses usines, des difficultés à s’approvisionner auprès des fournisseurs européens. Dans le cas de M Com’Musique, les artistes auto-produits qui ont dû annuler leur tournée d’été n’ont pas pu finaliser leur commande. « Heureusement, les labels de niche ont continué à vendre sur Internet et à passer commandes », se réjouit Antoine Ollivier. Après quelques semaines à tourner au ralenti, la presse bretonne a repris son rythme de production. Mais globalement, l’industrie du disque est dans l’expectative : « Il va falloir que le spectacle reprenne pour que toute la filière puisse se relancer vraiment ».

Tout l’univers de M Com’Musique est à découvrir sur leur site web.

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