Rencontre avec le trio Uzi Freyja, nouvelle recrue pyromane du label de Rebeka Warrior

Écrit par Flora Santo
Photo de couverture : ©Catherine : workingonmyname
Le 29.12.2021, à 13h00
04 MIN LI-
RE
©Catherine : workingonmyname
Écrit par Flora Santo
Photo de couverture : ©Catherine : workingonmyname
Nouvelle recrue du label Warriorecords, le trio Uzi Freyja a marqué les esprits lors de ses premiers concerts bouillonnants à Rennes et à Nantes, animés par la charismatique rappeuse, chanteuse et autrice Kelly Rose, sur fond de beats bruts des producteurs Fotondanger et Stuntman5. Leur premier EP Stand offre des textes percutants et des instrumentaux singuliers aux influences électroniques, rap et rock. Rencontre avec le groupe qui veut vous faire pleurer et crier sur le dancefloor.

« La base, c’est qu’en écoutant notre musique, tu ne dois pas être triste. Si tu pleures, tu danses en pleurant. Si tu veux tuer ton mari, tu le tues en dansant. » Installée dans un appartement du 19ème arrondissement, Kelly Rose rit de bon cœur, la langue affûtée. À ses côtés, Christian et Tanguy, également connus sous les alias Stuntman5 et Fotondanger, l’écoutent avec bienveillance. Le jeune trio musical qu’ils forment, Uzi Freyja, n’invite pas le public à fuir ses émotions difficiles, mais plutôt à les vivre intensément et différemment, à travers la musique et la danse. « Ça met plus de gaieté dans les choses, sinon, c’est chiant de gaspiller ses yeux avec des larmes » conclut Kelly.

©Catherine : workingonmyname

Nouveau membre de la famille Warriorecords, Uzi Freyja incarne en tout point les valeurs du label de Rebeka Warrior. Dense, féroce, assumé, mené par un personnage féminin fort, le groupe défend un mélange bien senti de rap aux influences électroniques, de paroles crues et de twerk exutoire. Après la sortie de leur premier EP Stand le 19 novembre et un passage remarqué aux Bars en Trans, Uzi Freyja prévoit déjà une première date à Paris le 27 janvier prochain. « Pour le moment, on attend de voir comment le bébé évolue » explique Kelly. Quelque chose nous dit qu’il va vite devenir grand. 

Bande d’amis

Le groupe naît par hasard, en 2019, après que Kelly et Christian se rencontrent lors d’une soirée open mic à Nantes. Kelly, la petite vingtaine, n’a alors pas rappé depuis le lycée et Christian, père de famille, fait de la production dans son temps libre. Les deux considèrent la musique comme un hobby et n’envisagent pas de poursuivre une carrière musicale. Pourtant, l’alchimie créative et amicale qui se crée entre eux les pousse à creuser et à développer le projet. « Au début c’était un laboratoire, résume Christian. On ne parlait pas de nous comme d’un groupe ». Pour Kelly, c’est également l’opportunité pour se sortir d’une période difficile de sa vie, durant laquelle elle se retrouve notamment sans abri, après une enfance au Cameroun et un déménagement décevant à Paris. « J’avais l’impression que je tournais en rond, je me noyais, raconte-t-elle. Et quand Christian est arrivé, c’était un peu comme une lumière au bout du tunnel, je me suis dit “OK, je peux au moins m’accrocher à quelque chose“ ».

Avec le morceau « Power » que Christian lui envoie et sur laquelle elle pose et écrit un premier texte, la chanteuse prend conscience de son potentiel et commence à s’investir pleinement dans le projet. « C’est après ça que j’ai pris le goût de l’écriture » précise-t-elle. Un an plus tard, Tanguy rejoint la formation pour accompagner Christian à la composition et le trio Uzi Freyja naît. « On est surtout devenus amis, il y a cette relation avant tout, détaille Tanguy. Parfois on va se voir pour faire de la musique mais on va passer 4 heures à parler. » Il se tourne vers ses collègues : « C’est vrai, aujourd’hui vous deux vous êtes dans le top de mes meilleurs amis ». Kelly éclate de rire : « Tu m’avais jamais dit ça, arrête, je vais rougir ! »

Le semi-automatique et la déesse

Fruit de l’amour de Kelly Rose pour le gospel, la soul et le rap et des influences électroniques et rock de Christian et Tanguy, Uzi Freyja est un mélange explosif unique qui fait les choses à sa sauce et ne s’en excuse pas. Face à l’aspect artisanal et brut de leur musique, les médias disent d’eux qu’ils font du « rap punk ». « C’est ce que les gens disent quand ils ne comprennent pas, quand ils trouvent quelque chose bizarre, rétorque Kelly Rose. Ils n’arrivent pas à comprendre qu’on puisse mélanger autant de genres, et en plus de ça qu’une fille comme moi fasse ce genre de chansons. » Punk, rock, hip-hop, parfois un soupçon de dubstep ou du grime – que l’on retrouve notamment à travers l’accent britannique de Kelly, qui rappe dans un anglais proche du pidgin, un créole camerounais – les influences musicales sont multiples et font la richesse et la densité du son de Uzi Freyja. Le nom du groupe, qui fait référence d’une part au pistolet semi-automatique israélien et d’une autre à la déesse nordique de l’amour et de la fertilité, en dit long : l’ADN du trio est situé quelque part entre ces deux extrémités. 

Dans ses paroles, dans une langue qui ne semble appartenir qu’à elle, Kelly peut aussi bien aborder la vulnérabilité liée au manque de confiance en soi, à la jalousie et à la solitude, que menacer un homme de faire de ses parties intimes un collier s’il continue à lui mentir. En s’inspirant de ses expériences de vie pour écrire, elle espère pouvoir aider et apaiser celles et ceux qui l’écoutent. « Si tu te sens concerné, que tu sois homme ou femme, toi aussi chante avec moi, lance-t-elle, précisant que si ses paroles donnent l’impression qu’elle s’en prend particulièrement aux hommes, ce n’est pas son intention. Tu m’as fait du mal, je parle de toi. C’est tout, ça vaut pour tout le monde. »

©Catherine : workingonmyname

Bien que la chanteuse affirme ne pas oser s’identifier comme féministe, la question de l’empouvoirement des femmes occupe une place centrale dans ses textes : « S’il y a un message que j’aimerais faire passer, c’est juste que les femmes ont la capacité de faire ce qu’elles veulent. On n’est pas obligées d’être tout le temps relayées à faire ci ou ça. Tu veux chanter, tu chantes fort. Tu veux crier, tu cries. » Crier, danser, se défouler, utiliser la scène et le dancefloor comme exutoire, telle est la philosophie de Uzi Freyja. « Il y a le côté “tu peux danser avec un message“ qui est à l’apogée dans ce groupe, estime Tanguy. La musique qui te fait danser n’est pas forcément une musique où on te répète “yeah move your body”, ça peut être une musique très engagée et ça peut te faire ressentir des trucs. ». Lorsque Warriorecords était créé à la fin de l’année 2020, le label promettait de « faire danser, penser, fédérer, pleurer et s’aimer ». Uzi Freyja semble faire exactement ça, et bien plus encore. 


Le premier EP du Uzi Freyja, Stand, est disponible sur toutes les plateformes de streaming.

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant