Rencontre avec DMX Krew, le héros de l’ombre signé chez Aphex Twin et vénéré par Peggy Gou

Écrit par Gil Colinmaire
Le 20.09.2019, à 17h51
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Écrit par Gil Colinmaire
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Instigateur d’une electro rétrofuturiste aux grooves irrésistibles, directement influencée par sa cousine 80’s de Detroit, DMX Krew n’a jamais cessé de créer depuis ses débuts au milieu des années 90. Retour sur le parcours prolifique de l’artiste, à quelques jours de la sortie de son nouvel EP Don’t You Wanna Play ? sur le label de Peggy Gou et de son live pour les 8 ans de l’Iboat, le 28 septembre.

Avec plus d’un millier de morceaux produits et des dizaines de disques à son actif, l’Anglais Edward Upton, alias DMX Krew, a acquis au fil des années, malgré sa relative discrétion médiatique, le statut d’artiste culte sur la scène électronique internationale. Un talent déjà perceptible durant son adolescence, et qui lui vaut au milieu des années 90, à tout juste 20 ans, d’être signé sur le mythique label cofondé par Aphex TwinRephlex Records.

Bien que ses premières influences funk, synthpop et electro aient marqué l’ensemble de sa carrière, le Londonien a su creuser son propre sillon, s’essayant aussi bien à l’acid qu’à l’IDM ou encore à l’Italo disco, et faisant fi de toutes les modes traversées. Deux décennies plus tard, son style est désormais plébiscité à la fois par le public et l’industrie musicale. Preuve en est : les 2 albums Glad to be Sad et Libertine 12, sortis cette année – sans parler de sa signature pour son prochain EP chez Gudu Records, le nouveau label créé par la DJ star Peggy Gou. Entretien avec l’artiste avant sa performance à l’Iboat le 28 septembre, en compagnie de WhoMadeWho et You Man, pour les 8 ans du bateau…

Vous utilisez encore fréquemment des sons de synthés ou boîtes à rythmes 80’s. Le fait d’avoir découvert l’électronique par la synthpop ou la techno de Detroit influence-t-il toujours votre musique ?

Oui, c’est la musique avec laquelle j’ai grandi. J’écoutais KraftwerkDepeche Mode, The Human League, New Order… Mais aussi beaucoup de hip-hop et de funk. Je suis passé à la techno un peu plus tard, vers mes 16 ou 17 ans. Maintenant je n’écoute plus vraiment de musique d’autres artistes donc j’essaie de tirer mes influences de différents domaines, comme les livres. Je n’aime pas l’idée de copier d’autres musiques éternellement.

Vous avez déclaré aimer intégrer des sortes de « blagues » dans votre musique. Vous ressentiez, à vos débuts, le besoin de créer quelque chose de nouveau ?

Mon premier disque est sorti quand j’avais 21 ou 22 ans. À cette époque, j’écoutais beaucoup Aphex TwinDrexciya et Underground Resistance. La seule réaction que j’ai eue par rapport à la scène de l’époque est de m’être rendu compte que je n’allais jamais être aussi bon que Jeff Mills ou Robert Hood, si je faisais de la techno pure et dure. Donc j’ai suivi ma propre direction et j’ai commencé à faire de la musique influencée par l’electro oldschool, assez différente de ce qui se faisait à l’époque. Je ne dirais pas vraiment qu’elle contenait des blagues mais plutôt que c’était léger, fun. Ce n’est pas comme avec la minimal techno, où tu es habillé en noir, tu dois avoir l’air sérieux…

C’est quelque chose que vous ressentiez également avec la musique d’Aphex Twin ? Vous étiez proche de ses idées ?

Pas vraiment car à cette époque, la musique d’Aphex Twin était globalement plus dure et sombre ; notamment « Isopropophlex » sur son disque Analogue Bubblebath, « Digeridoo » ou son disque acid sous le nom Universal Indicator. Il n’avait pas encore fait beaucoup de morceaux « amusants » à ce moment-là mais sa musique était déjà incroyable, tellement originale.

C’est ce qui vous a motivé à être signé sur son label Rephlex ?

Je trouvais que c’était un super label mais c’était loin d’être le seul à qui j’avais envoyé mes cassettes. Le premier qui est entré en contact avec moi était néerlandais : Dance Arena Productions. J’ai fait un album avec eux, dans ma ville natale. Et j’étais à deux doigts de produire un disque avec les mecs de Kickin mais finalement ça ne s’est jamais fait. Rephlex ne m’a recontacté qu’après la sortie de mon premier disque, qu’ils avaient apprécié.

Vous avez été particulièrement productif ces derniers temps, avec la sortie cette année des LP Glad to be Sad et Libertine 12, et bientôt votre nouvel EP Don’t You Wanna Play ?. C’est une nouvelle étape dans votre carrière ?

Il y a aussi un nouvel EP qui vient de sortir sur mon label Breakin’ et j’ai encore environ un millier de morceaux non publiés. Mais je ne pense pas faire plus de musique qu’avant, au contraire. Avant d’avoir une famille, j’avais pour habitude d’en faire tous les jours. Ces nouvelles sorties sont plutôt dues au fait que les labels et les gens sont plus intéressés par ma musique. Je ne sais pas vraiment pourquoi car je ne suis pas les modes. On m’a dit que l’electro de Detroit était assez tendance depuis quelques temps et on me dit souvent que je fais moi-même de l’electro ; mais tellement d’autres styles m’influencent en réalité… J’essaie de faire avant tout quelque chose d’original et de « musical ». Je suis toujours autant intéressé par les accords, les harmonies, les mélodies et par ce à quoi ressemblait la musique avant les années 90.

Quelle serait alors la principale différence entre vos débuts et vos dernières compositions ?

J’aime à croire que je suis un peu plus doué qu’avant techniquement, au niveau de la production. Le plus gros changement est que quand tu commences, tu n’as encore rien exprimé donc tu peux dire tout ce que tu veux. Maintenant que j’ai fait 50 ou 60 disques, c’est de plus en plus dur de trouver de nouvelles choses à dire.

Votre nouvel EP sera la 2ème sortie du label de Peggy Gou, Gudu Records. Comment s’est produite cette collaboration ?

On était tous les deux programmés dans le même festival à Londres, et elle m’a dit qu’elle adorait ma musique. Je crois que c’était son idée de me booker pour le festival, pour sa scène il me semble. C’est à ce moment-là qu’elle m’a proposé de faire un disque sur son label. L’EP sera un peu influencé par la techno de Detroit et sera assez mélodique, comme sur le single « CJ Vibe ».

La mélodie est un des éléments qui vous différencient de la dance music actuelle ?

Je ne juge pas ce que les autres font, il y a de la place pour tout le monde et tous les styles. Mais je peux jouer du clavier alors que beaucoup d’artistes actuellement se disent plutôt producteurs que musiciens. C’est beaucoup plus dur de rendre la musique vivante et émouvante en dessinant des lignes sur un écran ou en appuyant sur des boutons, plutôt qu’avec un instrument.

En live, vous avez la même approche ? À quoi peut-on s’attendre pour votre performance à l’Iboat ?

Je joue en général avec une MPC et ça ressemble plus à un mix – dub par exemple. Je sais plus ou moins ce que je vais jouer à l’Iboat parce que je viens de créer un nouveau live show, il y a quelques semaines. J’essaie d’en faire un nouveau une ou deux fois par an. En ce moment, je joue pas mal de morceaux récents sortis sur mon label Breakin’. Ce ne sont pas des titres avec des beats 4/4 mais plutôt electro, funky et assez rapides.

Don’t You Wanna Play ? sortira le 4 octobre sur Gudu Records. Rendez-vous le 28 septembre à l’Iboat pour la venue exceptionnelle de DMX Krew à la soirée club des 8 ans de la salle.

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