Rencontre avec Disclosure, le duo le plus pop de la scène UK qui sort son nouvel album

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©D.R.
Le 27.08.2020, à 17h47
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©D.R.
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Photo de couverture : ©D.R.
Depuis 2013 et leur morceau « White Noise », les frères Lawrence font figure de petits prodiges de la scène UK. Le succès retentissant de leurs deux premiers albums, Settle (2013) et Caracal (2015), ont propulsé les Britanniques originaires de Surrey dans des cercles plus mainstream que la musique club dont ils s’inspirent. Le statut de pop star de l’UK Garage, Guy et Howard Lawrence l’assument pleinement dans Energy, un nouvel album pour les clubs, où s’invitent Kelis, Common et Fatoumata Diawara.

Il paraît que vous-vous sentez un peu exclu du monde de la dance music indépendante ?

Guy Lawrence : C’est vrai, ne serait-ce que parce que l’on a jamais sorti de musique sur des labels indépendants, rien de très “underground”. Le truc le plus “underground” qu’on a fait, c’est jouer pour une Boiler Room. Et encore, on peut se poser la question de savoir si c’est “underground” puisqu’ils font des millions de vues. Ensuite, Howard cherche aussi à devenir un bon songwriter, ce qui ne nous rapproche pas vraiment du mouvement techno. 

Howard Lawrence : Si vous cherchez à devenir un bon songwriter, je vous déconseille de vous inspirer de la techno.

Guy : Il faut aussi dire que chez nous, nous n’écoutons que très peu de dance music. On passe la journée à en composer mais quand on cherche à se relaxer, on cherche plutôt à écouter du jazz, du classique ou de la soul. Quand on écoute de la dance music, c’est dans le but de jouer les morceaux en DJ Set.

Est-ce que vous vous considérez comme des DJ ?

Howard : Je ne me considère pas comme un DJ. C’est un truc que l’on fait et qui nous amuse mais je ne crois pas être un grand DJ. D’ailleurs, je ne me considère pas non plus comme un producteur. Je n’ai produit aucun des morceaux de Disclosure, Guy s’en occupe. Je me contente de les écrire. Et si l’on donnait mes compositions à une tierce personne, il est tout à fait possible qu’il en fasse quelque chose qui n’a rien à voir avec de la musique électronique.

Ça vous intéresserait de produire des versions acoustiques de Disclosure ?

Howard : Oui, d’ailleurs Sam Smith a repris un de nos titres. Je crois que si une chanson tient le coup une fois qu’on l’a dépouillée de tout l’aspect de production, alors c’est que le morceau est bon. Sinon, il ne faut pas le garder.

Le fait d’être un peu à l’écart du mouvement, c’est un complexe d’infériorité pour vous ? 

Guy : Je ne crois pas puisque nous sommes respectés par beaucoup d’artistes, comme Kerri Chandler, Larry Heard… Ils respectent le fait que l’on essaie de mélanger la house à de la musique plus grand public, et c’est ce qu’ils ont parfois fait eux aussi. 

Vous vous intéressez beaucoup à l’UK Garage, qui est un style issu d’une culture très club. C’est ça, la base de votre musique ? 

Howard : Il y a toujours eu du garage underground et du garage plus pop qui nous ressemble surement plus. Il n’y a que quelques producteurs de garage qui ont réussi à faire des productions plus populaires, comme Kerri Chandler ou Larry Heard. Nous avons beaucoup de respect pour les producteurs qui arrivent à produire un tube en partant de rien. Mais si l’on parle de Grant Nelson en revanche, c’est un très grands producteurs de garage, mais qui produit des beats, rarement des morceaux avec refrains. Ils n’ont pas cherché ce truc pop que l’on essaie nous de produire.

Vous vous sentez plus proche de Todd Edwards, par exemple ? 

Howard : Oui, d’ailleurs on avait joué avec lui au début de notre carrière. C’était dans un club de Nottingham. Je me souviens que nous avions joué et qu’il était venu assister au set. Il nous avait félicité en nous expliquant qu’il adorait ce que l’on faisait. Pour nous, c’était hyper important. J’ai beaucoup de respect pour Todd Edwards, parce que c’est un des types qui a inventé le UK garage, alors qu’il est américain et vit dans le New Jersey. C’est un musicien qui a fait ce qu’il avait envie de faire, qui a créé son propre style sans se soucier de ce que les autres produisaient et c’est ce genre de parcours qui nous inspire beaucoup.

Est-ce que vos morceaux sont fait pour passer dans des DJ sets ? 

Guy : Pas vraiment. En tous cas, nous ne les produisons pas dans cette idée. d’ailleurs, beaucoup de gens considèrent que nous faisons de la house, ce qui n’est pas vrai. Nos morceaux sont parfois composés en ternaire et pas en 4×4 temps. Si vous jouez nos titres dans un set de house, ça peut sonner vraiment très mal. À moins, bien sûr, que vous ne soyez un excellent DJ. Notre morceau «Latch» par exemple ne serait jamais sorti si on avait eu l’idée de faire des morceaux mixables. 

On entend beaucoup d’influences venues d’Afrique ou du Brésil dans cet album, et vous avez travaillé avec la chanteuse malienne Fatoumata Diawara

Howard : C’est un peu inconscient, là encore, mais oui, la musique africaine nous inspire, au même titre que les percussions brésiliennes. On a samplé un titre du Camerounais Eko Roosevelt, qui sera présent en bonus sur l’album. D’ailleurs, nous travaillons avec des artistes d’origine africaine et des quatre coins du monde depuis le début de notre carrière. 

On parle beaucoup d’appropriation culturelle dans la musique ces temps-ci. Est-ce que vous vous sentez concernés par ces problématiques ?

Guy : Pour ce qui est de Disclosure, les critères d’origine ou de couleur de peau n’ont jamais eu leur place dans nos choix artistiques. C’est contre l’éducation que nous avons reçue. Je crois que le critère important pour nous est surtout de savoir si une personne peut apporter quelque chose d’unique dans la musique que l’on veut produire, et de savoir si cette personne est quelqu’un de bien. Si c’est le cas, elle est la bienvenue dans notre studio.

Energy, le nouvel album de Disclosure, sort le 28 août chez Capitol.

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