Quimperlé : Le jour où le club Equalizer a brûlé sur de la tribal house

Écrit par Maxime Jacob
Photo de couverture : ©Pierre Thyss
Le 22.06.2020, à 15h45
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©Pierre Thyss
Écrit par Maxime Jacob
Photo de couverture : ©Pierre Thyss
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Membre de l’association Fourth River qui organisait la soirée, Loïg Hascoat n’oubliera jamais cette fête de décembre 2014, quand le toit du club breton de l’Equalizer a pris feu sur un set de Voiron.

Cet article est initialement paru en avril 2020 dans le hors-série Homies de Trax Magazine, disponible à prix libre sur le store en ligne.

«  Ça s’est passé un soir des vacances de Noël 2014 à l’Equalizer. À Quimperlé, tout le monde appelle ce club “le Scarabée”. C’était là que se passaient les free party légales avec le sound system d’High Tone quand j’étais jeune. C’est un grand club de province classique, divisé en deux salles et qui peut abriter 1 000 personnes. Ce soir-là, mon asso’ Fourth River organisait une soirée en prévision de notre festival Echap. Ça devait être la soirée de l’année  : on avait invité les DJs anglais Neville Watson, Marquis Hawkes et le Breton Voiron. Toutes les places étaient parties en préventes.

À côté de moi, des types bourrés prennent des selfies devant l’incendie

Loïg Hascoat

D’habitude, quand on organise une soirée, il y a toujours un petit truc qui déconne. Là, tout se passait à la perfection. Neville Watson fait un super set, il laisse la place à Marquis Hawkes et décide de rentrer dormir à l’hôtel. Marquis prend donc le relais, finit son set puis va fumer des joints sur le parking, dans la voiture du rider. À ce moment-là, il est à peu près 5 heures du matin. Tout le monde commence à être bien bourré. Voiron mixe et envoie un titre inoubliable  : “20  Hz” de Capricorn.

Soudain, toutes les lumières se rallument. On ne comprend pas ce qu’il se passe. Je jette un coup d’œil vers ceux qui s’occupaient des lumières. Ils haussent les épaules. Tout à coup, un type de la sécurité se rue vers la cabine de DJ, coupe le son et hurle  : “Y a le feu, y a le feu  !” Mais on ne voit rien, on ne sent rien. Je sors du club, je me retourne et là, je me retrouve face à des flammes de plusieurs mètres de haut qui s’échappent du toit. La scène est incroyable. À l’intérieur, c’est un peu la panique. On essaie d’évacuer les jeunes, mais c’est difficile. Tout le monde est ivre. On appelle les pompiers. La caserne se trouve à seulement deux cents mètres du club, mais l’Equalizer est inaccessible à cause des voitures des clubbeurs garées à l’arrache. Pendant ce temps, les jeunes mettent du son dans leurs autoradios. Je suis tétanisé à l’idée qu’on ait oublié quelqu’un à l’intérieur et, à côté de moi, des types bourrés prennent des selfies devant l’incendie. On arrive à rassembler tout le monde sur le parking au moment où la police débarque pour dégager la voie aux pompiers.

L’Equalizer, après l’incident.©S122U

À 10 heures du matin, on retourne sur les lieux. Seuls les combles avaient brûlé donc nos 80  000 euros de matériel étaient saufs. Enfin, si on met de côté la table de mixage qu’on nous a volée. Sur le retour, en voiture, je croise même un type qui marche le long de la route avec notre machine à fumée sous le bras. Je pile, je sors de ma caisse et lui demande  : “Mec, qu’est-ce que tu fais avec ça  ?” Le type nous répond au culot  : “Ah, ça  ? Non ça c’est un truc que j’amène toujours en teuf avec moi. Ça fait de la musique.”

Cette soirée est devenue culte pour toute ma génération. Voiron peut maintenant dire  : “J’ai brûlé un club” et un pote de l’association s’est fait tatouer la date sur l’épaule. Quant au départ du feu, je me dis qu’on aurait peut-être dû se méfier quand on a vu de l’eau goûter sur des câbles électriques dans ce club en ruine.  »

Trax hors-série Homies, avril 2020
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