Qui sont ces fans dévoués qui se font tatouer le logo de leur label préféré ?

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©D.R
Le 06.02.2019, à 16h54
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©D.R
Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©D.R
Logos de labels sur le dos, titres de tracks au creux du bras… Avec la démocratisation du tatouage et la nouvelle vague d’engouement pour la techno en France, les tatoués portant des pièces en rapport avec les musiques électroniques se multiplient. Symboles d’un lien indélébile avec cette culture, ils marquent aussi bien souvent une époque vécue, un instantané qui dépasse le cadre de la musique. Témoignages.

En partenariat avec 8.6
Par Brice Miclet.

Xavier a le logo du label français Kill The DJ sur le bras. Un tatouage discret, mais tout sauf anodin. « J’ai toujours adoré leurs productions, et surtout leur nom et leur logo. Lorsque j’ai travaillé sur la Red Bull Music Academy de 2015, une teuf était notamment organisée avec Kill The DJ. Mais avec les attentats du 13 novembre, la RBMA a été écourtée de deux semaines. Leur soirée, qui était celle que j’attendais le plus, a été annulée. Les boss du label ont décidé de la maintenir malgré tout en changeant le lieu et en la rendant gratuite. Les gens avaient besoin de danser, de s’exprimer. C’était le dimanche au Gibus à Paris, de midi à minuit. Il y avait Chloé, Miss Kittin… On était seulement une semaine après les attentats, et ça a été la plus belle teuf de ma vie. Il y avait une énergie bienveillante sur le dancefloor, les gens supportaient le label, ils avaient besoin de se retrouver. C’est le genre de valeur que j’aime et dont je voulais me rappeler toute ma vie. »

Xavier
Xavier

Si Xavier a fait le choix d’un format flash, d’autres voient plus grand. Beaucoup plus grand. En Écosse, Steve Cass est fondateur du crew No Strings Attached et organisateur de soirées depuis le milieu des années 1990. Ce grand gaillard a entrepris de se recouvrir le dos de références à l’histoire des musiques électroniques. « J’ai été influencé par les disques de Boys Own Productions, les mouvements techno et house de Detroit et Chicago, Jeff Mills, Marshall Jefferson, DJ Pierre, des artistes qu’on jouait tout le temps à nos soirées. Donc je me suis dit que si je devais me faire un tatouage, il fallait qu’il soit basé sur la musique. » Résultat : il opte pour une pièce immense, et surtout unique. « En 2010, je me suis décidé et j’ai choisi quatre labels qui m’ont inspiré, mais il y aurait pu en avoir une centaine… J’en voulais un de Chicago, un de Detroit, un de Londres et un de Glasgow. »

Steve Cass
Steve Cass

T’es tatoué, tu rentres gratos

Alors oui, il faut être sacrément fan d’un label pour s’en tatouer le logo sur le corps. Le bon côté, c’est que cela peut parfois mener à se rapprocher des artistes qui en font partie. Ce fut le cas chez Gwendal, 21 ans, qui a opté l’an dernier pour le serpent enroulé d’Hypnus. « J’ai découvert ce label lorsque j’ai commencé à me plonger réellement dans les musiques électroniques. Je trouvais leur travail incroyable et j’ai adoré l’univers visuel qu’ils ont conçu autour de leur musique. Tout est lourd de sens. Le serpent est un animal qui a une connotation forte. C’est la tentation de la connaissance dans la Bible, celui qui a proposé la pomme à Ève. Il y a aussi un côté mystique puisqu’il a souvent trois évolutions, trois mues. Le trois est un chiffre sacré chez les francs-maçons et dans plusieurs religions. C’est un symbole qui représente bien ma personnalité. Je l’ai envoyé en photo à Michel, le patron d’Hypnus qui a été extrêmement touché par mon geste. Il m’a proposé de me mettre sur liste pour chaque soirée Hypnus, j’y vais gratuitement grâce à ça. On a pris l’habitude de s’envoyer des messages sur leurs projets, de prendre des nouvelles, on s’est forgé une petite amitié épistolaire. L’artiste phare du label, Luigi Tozzi, passait au festival Paral.lel en Espagne. J’ai dit à Michel que j’y serai et il m’a dit d’aller lui montrer mon tatouage. On a beaucoup discuté avec Luigi, on s’est trouvé beaucoup de points communs. Il a rejoué à plusieurs reprises en France, on s’est revus à chaque fois. Ça a créé des liens particuliers avec ces artistes. »

Gwendal
Gwendal

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Les artistes n’échappent pas non plus à la tentation. « Le premier vinyle que j’ai réalisé, avec Pier Bucci, c’était en 2011 sur Fragil, se souvient le producteur Cédric Borghi. C’était aussi la première sortie du label. J’ai décidé de me tatouer Fragil sur l’avant-bras, mais à l’envers. Résultat, il n’est lisible que quand on le regarde dans un miroir, je trouvais ça marrant. Fragil a d’abord été créé pour organiser des soirées, où j’ai été résident pendant très longtemps. Il y a quelque chose de très fraternel dans cette histoire, on a fait les quatre cents coups ensemble, beaucoup de teufs. Et puis leur typo créée par Plasticbionic, qui fait toutes leurs pochettes, est superbe. »

Cédric Borghi
Cédric Borghi

Lettre d’amour à Berlin

Sylvain, lui, a le logo du label Avian (qui édite notamment le duo Shxcxchcxsh) sur l’avant-bras, mais aussi la croix de Justice, et le titre du morceau « Billie Jean » de Michael Jackson. « C’est la chanson dont je ne me lasserai jamais, elle est la base de tout ce que j’aime en musique. Chaque morceau que je peux aimer a, de près ou de loin, un élément qui se rapporte à ce titre. » Une charge symbolique particulièrement intime habite souvent les tatouages de tracks. Le premier passage sous les aiguilles de Xavier, avant le logo Kill The DJ, faisait référence au titre « Stadtkind » d’Ellen Alien, sorti en 2001 sur l’album du même nom. « Je l’ai fait il y a environ dix ans. Il a une double histoire : je me suis plongé dans les musiques électroniques en grande partie via cette artiste. J’ai vécu à Berlin quelque temps, et le morceau qui évoquait le plus ma relation avec cette ville, c’était « Stadtkind », dans lequel elle livre une lettre d’amour à sa capitale. C’est devenu un rituel. Je l’écoutais beaucoup là-bas, surtout quand je prenais le métro aérien tout seul, avec mon casque. J’avais ce sentiment de contemplation et d’accomplissement en regardant la ville défiler. « Stadtkind » veut dire « enfant de la ville » en allemand. Ellen Alien parle à cette ville en lui disant qu’elle lui donne de la force, et c’est ce que je vivais sur le moment. »

Bien sûr, la pratique est bien loin de se limiter aux musiques électroniques. Tous les genres sont touchés. La musique agit sur les émotions, sur la mémoire, fait rejaillir des instants vécus…  Pourquoi pas, alors, s’offrir une piqûre de rappel permanente ?

Ah, et l’on a failli oublier : Sylvain porte aussi un tatouage Trax, en référence au magazine.

Le mois dernier, Trax publiait une interview croisée de deux autres grands adeptes du tatouage : le DJ hardcore Manu Le Malin et son pote Tin-Tin, la plus fine aiguille de France. Également fondateur du Mondial du Tatouage, qui aura lieu à Paris du 15 au 17 février 2019, Tin-Tin a collaboré avec 8.6, marque de bière de caractère engagée dans l’univers du tatouage, en réimaginant le design de la canette 8.6 Original pour une édition collector en hommage au tatouage.

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