Qui sont ces artistes électroniques qui composent et trouvent l’inspiration en pleine nature ?

Écrit par Antonin Khos
Photo de couverture : ©Dominik Eulberg
Le 15.06.2018, à 12h41
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©Dominik Eulberg
Écrit par Antonin Khos
Photo de couverture : ©Dominik Eulberg
Belle, mystérieuse, parfois dangereuse, la nature suscite la curiosité des artistes qui tentent de la découvrir, de l’explorer, voire de la provoquer. À l’occasion de la prochaine soirée JARdin GROSLCH_llandais – au Hasard Ludique de Paris le 5 juillet prochain – qui transforme des lieux urbains en jardins éphémères, Trax s’intéresse à ces compositeurs qui ont décidé de s’improviser backpackers et qui ont fui le bruit des villes pour s’enfoncer into the wild.


En partenariat avec Grolsch.

À l’ère de l’urbanisation massive, de la mondialisation des hommes et des données et de l’hyper-connexion, le besoin de renouer avec une nature un peu délaissée se fait de plus en plus ressentir. La scène musicale n’échappe pas à ce sursaut car on y observe de nombreuses initiatives écologiques ou tournées vers la nature, à l’image des soirées JARdin GROLSCH_llandais. A la quête d’aventure, d’expériences de vie unique, ou de sources d’inspiration, les artistes aussi ont aussi ce besoin de (re)découvrir la nature. Emportant avec eu leur studio itinérant, ils quittent pour un temps la civilisation pour y revenir avec des œuvres singulières qui s’inscrivent dans une réflexion globale sur la place de l’homme au sein de son environnement.

La banquise de Molécule

Molécule a toujours été un citadin. Devenu père, il se sensibilise peu à peu à la question environnementale qui transparait dans sa démarche artistique lorsqu’il décide de s’extirper de la civilisation pour ces deux derniers projets en date. Après un premier album électronique 60°43’ Nord, composé sur un chalutier à la dérive en mer du Nord, l’artiste français s’exile à nouveau en 2017 pour une expérience unique à Tiniteqilaaq, au Groenland. Pendant 36 jours il se plonge au cœur de la banquise et enregistre la nature autour de lui, entre craquements de la glace, sifflement du vent et hurlements des chiens de traîneau. À la fin de son séjour, le musicien revient avec un nouvel album-concept -22,7°.

Pour Molécule, le voyage est « un moyen de se reconnecter à la nature » dans ce qu’elle a de plus brute, de plus brutale – témoignage qu’il nous confiait lors d’une interview dans le Trax #203 spécial fêtes techno du bout du monde. « La banquise est une sensation assez effrayante, c’est très instable, ça peut craquer à tout moment, et il y a beaucoup d’accidents. » Cette expérience est aussi l’occasion d’un retour à soi, d’un voyage intérieur : « quand on enregistre du silence sur la banquise, on est en connexion avec un désert blanc, et on va au plus profond de soi. »

Les oiseaux de Dominik Eulberg

Dans une optique différente, Dominik Eulberg insuffle lui aussi de l’organique dans ses sets techno en les parsemant de chants d’oiseaux enregistrés dans la réserve naturelle où il vit, perdu dans les bois. Pour le producteur, faire de la musique dans et avec la nature a toujours été une évidence, elle ne rime pas avec aventure et danger, mais avec contemplation et hédonisme. La Nature est pour lui le moyen de partager sa deuxième passion pour l’ornithologie. Dans une interview il raconte « je me suis passionné pour la nature bien avant de m’intéresser à la musique, mais pour moi les deux sont très liés : les oiseaux sont les musiciens les plus populaires de la nature. Ils existent depuis des millions d’années. Ils font de la musique depuis bien plus longtemps que nous et c’est sûrement en les imitant que nos ancêtres ont commencé à en faire ».

Pour d’autres artistes encore, la nature sonne comme une invitation au voyage et aux rencontres. La musique a ce don merveilleux de faire voyager, mais on est parfois lassé de ces tracks qui nous promettent le voyage à grands coups de samples « naturels » surutilisés qui, la plupart du temps, sortent d’un simple clavier MIDI.  Qu’en est-il de la musique électronique qui a vraiment voyagé ?

Des voyages samplés

Avec son premier album Transsiberian, Thylacine emporte l’auditeur dans sa valise pour une périple de 160 heures au cœur des forêts et plaines désertiques de la Russie orientale. L’objectif du jeune producteur : « se nourri de lieux, de gens, de rencontres […] Je ne suis pas forcément productif quand je suis enfermé dans un studio ». Mêlant électro, voix et bruitages enregistrés en route, son album appelle à l’évasion, à la découverte d’un ailleurs.

 

Pourtant la nature n’est pas forcément ailleurs, elle est là, à quelques kilomètres de la ville, ou même dans un parc, un jardin. La scène électronique japonaise a été pionnière dans le mouvement de la « biomusique » et dans la technique du « field recording ». Des œuvres, comme Water 1991 de Nakajima (Aube) ou le LP Ful de Tsunoda et Sato, qui étaient passés assez inaperçues à leur sortie en 1996, sont depuis devenues des classiques de la musique expérimentale. Les jardins, l’océan, les volcans : tout dans la nature japonaise est une invitation à la contemplation, et s’inscrit dans une démarche spirituelle plus large. « Les Japonais sont admiratifs et ont du respect pour la nature, estime le compositeur Sugai Jen. Nous comprenons qu’il faut cohabiter avec elle, et non la contrôler. »

La soirée JARdin GROLSCH_llandais occupera le Hasard Ludique le 5 juillet prochain en compagnie du collectif Boukan Records. Pour plus d’informations, rendez-vous sur la page Facebook de l’évènement.

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