Qui est Zoë Mc Pherson, la surdouée qui transforme le son de la nature en polyphonie électronique ?

Écrit par Jean Paul Deniaud
Le 30.01.2019, à 17h41
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©Camille Cooken
Écrit par Jean Paul Deniaud
Un disque passionnant – que l’on a failli manquer – nous a conduits à la rencontre de son auteure, Zoë Mc Pherson. Une captivante artiste qui déroule en musique, en images et sur scène une multitude d’histoires et de sons, et développe un univers foisonnant dont on est loin d’avoir fait le tour. Zoë Mc Pherson se produira à Concrete le 2 février prochain.


Cet article est initialement paru dans le numéro 210 (avril 2018) de Trax Magazine.

« Ça a commencé quand je me suis intéressée à la culture inuite », lance Zoë Mc Pherson, lorsqu’on l’interroge sur le thème des « string figures » qui traversent son premier album. « J’ai poursuivi, consulté des recherches d’ethnologues, et lu qu’ils pratiquaient un jeu de ficelle entouré de mystique et de croyances. Puis j’ai compris que ce jeu était présent partout dans le monde, depuis très longtemps, sans que les gens ne communiquent entre eux. Ce lien humain m’a fasciné. » Sa voix trébuche parfois sur le français, qu’elle ne pratique plus si souvent, mais Zoë Mc Pherson captive.

Née en Angleterre d’une mère irlandaise, élevée entre Londres et la Drôme avant de partir étudier à Lyon puis travailler à Berlin, elle mène aujourd’hui depuis Bruxelles un projet protéiforme qui porte son nom, mêlant danse, audiovisuel, mise en scène et musique, sur scène comme en vidéo. « Tout ce qui est transdisciplinaire m’intéresse. Collaborer avec d’autres artistes et présenter mon travail en live étaient l’objectif dès que j’ai commencé à produire. Je ne voulais pas rester une bedroom producer. » Ce jeu où l’on forme plusieurs figures à la suite en tendant une cordelette entre ses doigts « ne pouvait mieux correspondre », dit-elle. « C’est un thème parfait, avec cette idée de lien, de mélange, d’hybridité, d’identités multiples. Et au niveau visuel, en film, en chorégraphie, toutes les formes et les narrations sont possibles. À force de pratiquer, la chorégraphe me disait que ce n’était plus elle qui contrôlait le fil mais le fil qui la contrôlait, engendrait un mouvement ou une position, comme une marionnette. »



Le son des cigales

Ce foisonnement d’idées créatives se retrouve sur disque. Après un premier projet discret sous le nom d’Empty Taxi, Zoë Mc Pherson signe un premier album riche et dense, qui restitue à l‘écoute ce que l’on imagine être l’intensité de ses performances. Sur sept pistes, ses kicks, snares et textures électroniques chahutent des mantras étranges, des réverbes vocales et autres enregistrements habités. Tous sont frappés de rythmes de percussions traditionnelles, jouées par son acolyte Falk, rencontré dans un cours de polyrythmie béninoise. Tapis dans l’ombre, les enregistrements de voix, de cloches ou de sons organiques sont, eux, tirés de disques d’ethnomusicologie glanés ici et là, ou capturés directement par la musicienne en voyage. « En Indonésie, je me suis un peu écartée du village. Ils étaient étonnés de voir une Blanche marcher toute seule, sans mobylette, et enregistrer le son des oiseaux, ou celui de ces cigales qui est très fort, un peu drone. »

Il faut plusieurs écoutes – et une oreille reposée – pour démêler la polyphonie de chaque morceau. Tous ou presque débutent par un moment ambient, avant de grimper crescendo vers la transe. La maîtrise technique et la profondeur sonore pourraient surprendre pour un premier jet. Mais celle qui s’entoure aujourd’hui de synthétiseurs et de boîtes à rythmes – et se dit « de plus en plus geek » jusqu’à adorer la synthèse modulaire – vient d’abord du jazz, celui des structures musicales en perpétuel mouvement de Steve Coleman. « Je le cite toujours parce qu’il m’a beaucoup inspirée rythmiquement quand je jouais de la batterie. J’avais envie de séparer le plus possible les membres de mon corps pour jouer librement avec chacun. » Ce disque tout juste sorti, Zoë Mc Pherson s’attaque désormais à la mise en son d’un spectacle de danse, Vox, dont la première a eu lieu au festival Bozar Electronic de Bruxelles à l’automne. Elle développe également sa facette broken beat et expérimental, ainsi qu’un live set, toute seule, qui sera « plus club, pour danser même si c’est un peu bizarre. » On commence justement à aimer ça.

Zoë Mc Pherson se produira à Concrete le 2 février prochain, en compagnie de Venetian Snares, Dbridge et Roza Terenzi.

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