Qui est Nouvelle Vogue, ce collectif de mode qui réinvente l’élégance et défile dans des squats ?

Écrit par Célia Laborie
Photo de couverture : ©Raphael Stein
Le 07.11.2019, à 12h16
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©Raphael Stein
Écrit par Célia Laborie
Photo de couverture : ©Raphael Stein
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Avec Nouvelle Vogue, une bande de six amis s’est donné une mission : sortir la mode de son carcan. Leurs défilés, inspirés par la rue et par des silhouettes aperçues en soirée, mettent à l’honneur le mauvais goût pour inventer une élégance nouvelle. Chez eux, tout le monde a le droit de se trouver beau. Inspirant.

Quand le modèle porte un soutien gorge push-up sous son top en résille et qu’un string léopard dépasse de son pantalon noir, on se doute qu’on n’assiste pas à un défilé classique. D’autant plus si le catwalk où elle s’élance se cache dans un squat du Nord de Paris, le Collectif 23. Au mois de juin 2017, Nouvelle Vogue dédiait son deuxième show à l’une des figures repoussoir de la mode, la cagole. Déjà, l’objectif était donné : dépasser les limites de l’élégance avec humour et panache. Depuis, le collectif a organisé sept défilés, toujours en période de fashion week, au Dépôt, au Glazart, à la Gaîté Lyrique ou encore au squat 79 Cartier Bresson. Autant de pieds de nez aux codes du bon goût à la française.

Nouvelle Vogue, c’est d’abord un webzine créé en 2016 par six jeunes professionnels de la mode : ils sont modèle, directeur artistique ou styliste. « C’est un milieu qui nous passionne et nous révolte en même temps », déplore Alice Colagrande, D.A. Nouvelle Vogue, c’est son défouloir, l’atelier de création où elle tente de faire la paix avec ce monde-là. « Pour moi l’élégance, ce n’est pas payer des milliers d’euros pour une robe, ni être maigre comme un clou, ni faire la gueule sur un catwalk. Je rêve d’une fashion week qui mélange hommes et femmes, de défilés où tous les genres, les âges, les morphologies seraient représentés. »

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©Raphael Stein

En pleine semaine de la mode parisienne, les corps visibles aux shows Nouvelle Vogue détonnent. Il y a des gros, des maigres, des jeunes, des vieux, des garçons qui ressemblent à des filles et vice-versa. Chaque événement est dédié à une identité stigmatisée pour lui donner l’occasion de reprendre ses lettres de noblesse. Avant les cagoles, Alice Colagrande et sa clique ont fait défiler des roux sapés en punks avec pantalons en cuir et grosses chaînes au cou. Le message ? Après des siècles de mise au ban, les poils de carotte préparent leur révolution. Pour imaginer les looks, l’équipe de Nouvelle Vogue dégotte des designers émergents aux esthétiques variées et très libres, plutôt portés sur l’écologie et l’upcycling, les vêtements à base d’objets recyclés – on retient notamment Olga Pham, Helatomic et Agathe Leroy.

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Voilà des années que la haute-couture se réaproprie toujours plus ouvertement les codes de la rue, notamment avec l’esthétique streatwear et la domination de la culture hip-hop. Pour autant, le monde des défilés reste inaccessible aux tout-venants. Nouvelle Vogue se donne pour ambition de rendre à la rue la place qu’elle mérite dans la mode. « Cela nous arrive souvent de trouver nos mannequins au hasard, dans Paris. », détaille Alice Colagrande. « Pour le défilé cagole, j’ai repéré une dame d’une cinquantaine d’années avec un look hyper clinquant, hyper cool. Je lui ai proposé de défiler pour nous, elle est venue avec son mec. Sur le catwalk, je lui ai demandé de ne surtout pas arrêter de mâcher son chewing-gum. C’était génial. On a aussi rencontré Sophia, l’une de nos muses, en soirée. Elle fait une taille 52 et elle est magnifique comme ça. »

Pas d’ironie dans la démarche de ces modeux : il ne s’agit pas de se moquer, mais de montrer que l’élégance se trouve (aussi) dans des contrées insoupçonnés. En trois ans, l’équipe a développé un style plein d’humour, avant-gardiste et surtout très inspirant. Depuis 2018, elle organise des soirées techno, les « TEUCH ». La prochaine aura lieu le 21 novembre. Pour eux aussi contribuer à l’esthétique « Nouvelle Vogue », les fêtards sont invités à venir avec leurs sapes les plus clinquantes, de « mauvais goût » de préférence. Le trash, c’est chic.

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