Qui est Jäde, chanteuse “new RnB” qui collabore avec Lala &ce ou Rad Cartier ?

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Romain Garcin
Le 16.05.2022, à 10h57
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©Romain Garcin
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Photo de couverture : ©Romain Garcin
Pop sucrée, soul suave, trap affûtée… La jeune chanteuse à la voix d’ange trimballe sans effort son flow sensible d’un style à l’autre, adepte d’un « new RnB » qui décloisonne les genres.

Par Louis Borel

« Le lundi c’est pop, le mardi c’est trap », prévenait, encore récemment, Jäde en amont de son compte Twitter. Avant que ce slogan nonchalant ne soit remisé, il y a quelques jours, pour un unique hashtag : #newrnb. New RnB ? Un néologisme accrocheur et mystérieux, peut-être le mieux adapté pour désigner la formule hybride que peaufine l’ambitieuse chanteuse depuis son EP Première fois (2020). De sa voix de diva, Jäde, plutôt que de s’embarrasser d’un genre en particulier, s’échine à les épouser tous à la fois — comme autant de teintes du ciel qui habille la pochette de son élégante dernière mixtape, Météo.

« Ma palette répond à mon humeur changeante », expose-t-elle, telle une évidence. La pop enjouée du début de semaine, celle de « Satin », « Groupie love » ou du nouveau « Balançoire », « c’est ma zone de confort, le style qui m’amuse le plus ». La trap brute des lendemains qui déchantent, avec leurs traces de « Lipstick » laissées en souvenir de « Bisous » passionnés, elle s’en saisit pour « l’egotrip, l’insolence, la décomplexion ». Entre les deux, quelques productions cloud (« Tout d’un coup », « Dors bien », les deux en featuring avec l’excellente Lala &ce), une escapade rock (« Reflets rouges »), même une tentative hyperpop — avortée, hélas. « Et si j’annonce aujourd’hui que je veux arrêter l’un de ces styles, vous pouvez être sûrs que je regretterai dans deux semaines », plaisante-t-elle.

Cette voie transversale sur laquelle Jäde balade son timbre sensuel, elle l’avait déjà vue empruntée outre-Atlantique par l’impériale Doja Cat. « Elle a un univers très éclectique : elle passe sans transition du RnB au rap, danse extrêmement bien. Et puis elle a cet aspect sans filtre, badass », lâche-t-elle, conquise. Chez l’Américaine qui trône désormais au sommet des charts, la jeune femme de 26 ans admire aussi « le parcours de galère, la capacité à avoir transformé des morceaux underground en quelque chose de mainstream sans perdre en exigence ».

Comme elle, Jäde a commencé dans son coin, sur la plateforme de niche qu’est Soundcloud. Comme elle, il lui a fallu du temps pour commencer à toucher un public. « Dans la musique de la même manière qu’ailleurs, il y a vivre et survivre », rappelle l’artiste. Reconnaissante malgré son côté « jamais contente », elle ne vit de ses compositions que depuis cette année. Avant, Jäde enchaînait les jobs alimentaires : caissière dans un cinéma, serveuse, puéricultrice, hôtesse, des petits boulots dépeints avec humour dans le clip de « J’boss ». À l’accueil d’un lieu culturel « à touristes » près d’Opéra, elle concentrait toutes ses heures sur trois jours pour consacrer le reste de son temps à sa passion. « Quand je revenais au début de chaque semaine, j’étais complètement perdue, soupire-t-elle. J’ai tenu deux mois ».

Jäde a bien d’abord suivi des études, un DUT en métiers du multimédia et de l’internet un minimum « en lien avec le monde de la création ». Elle y a croisé un premier producteur qui a collaboré avec elle sur son premier projet, CLICHÉTAPE (2018), avant que les rencontres ne s’enchaînent. Mais ce cursus, dont elle a redoublé une année, restait surtout la condition pour que son père accepte qu’elle monte à Paris réaliser sa vocation.

Garageband, Eurythmics et Laurent Voulzy

À Lyon, où elle est née, Jäde fredonnait depuis ses dix ans. Pas de leçon de chant pour l’adolescente, qui ne goûtait décidément pas les cours ­— son ton gracieux, sur le fil, elle l’a appris avec Youtube, éprouvé sur Garageband. Sa sœur aînée, plus studieuse, était inscrite à une école de guitare. Lors des repas de famille, elles s’appliquaient à reprendre en duo des tubes imparables des années 2010, « Someone like you » d’Adele — d’ailleurs aussi le vrai prénom de la chanteuse — en tête.

Tels un signe avant-coureur de sa future exploration des genres, Jäde se remémore les voyages en voiture avec ses parents, à agiter la tête sur des tracks aussi variées que celles d’Eurythmics, de Camille, Lauryn Hill, Kanye West. « Et Barbara ! Le double album », ajoute-t-elle, le visage qui s’illumine. L’énigmatique « dame brune » à la voix de cristal, qui inscrivait au creux de ses chansons des récits très personnels, a marqué la jeune chanteuse. Laurent Voulzy, un autre interprète de cette génération plus âgée rompue aux tourments du cœur, l’a aussi inspirée. « C’est un coquin, mais il ne le montre pas trop… glisse-t-elle avec un sourire entendu. Un coquin discret. »

Jäde est à son tour adepte de ce décalage dans ses textes. L’artiste, qui raconte sans détour ses tortueuses histoires d’amour, veille toujours à instiller une goutte d’autodérision. Une façon d’éviter « le pire ennemi, le générique », mais de prendre aussi de la hauteur. « C’est juste naturel pour moi, pose-t-elle. J’en reviens à l’expression “Foutue pour foutue” : s’il se produit quelque chose de négatif, je préférerai toujours le considérer avec légèreté ».

« Tout est sincère »

Pour autant, la jeune femme a tendance à se livrer tellement qu’elle peinait, au début, à assumer ses compositions sur scène. « J’ai beau être dans le sarcasme, tout est sincère. J’écris sur ma vie, je n’invente rien, signale-t-elle. Les réactions me touchent donc instantanément. » Au Badaboum, lors de son premier concert solo à Paris, début avril, Jäde parvenait néanmoins à savourer l’instant. Pour l’occasion, une petite foule de comparses du rap avait fait le déplacement : Squidji, rad cartier, J9ueve, même la plus populaire Lala &ce, avec qui elle collabore depuis ses débuts. On pouvait entendre aussi, en fond, la voix d’Oxmo Puccino, ce « poète » qui a accepté, pour le plus grand bonheur de Jäde, de réaliser l’intro et l’outro de Météo.

L’autrice-interprète, fière de ce projet solide pour une mixtape, estime avoir passé un cap. Avant le premier album, le vrai, elle aimerait toutefois mûrir la cohérence visuelle entre ses différentes influences. « J’ai parfois envie de ressembler à une rappeuse, parfois à une chanteuse. Comment mêler tous ces désirs à l’écran ? interroge-t-elle. Il faut déléguer, c’est sûr, mais je n’ai pas encore trouvé la personne adéquate. » Pour éviter de se répéter, elle songe aussi à évoquer d’autres thèmes que l’amour — ou à l’aborder différemment, de façon « plus rayonnante ». Qui sait, Alpha Wann et Luidji, dont elle loue le « storytelling réaliste et imagé », seront peut-être de la partie. En tout cas, Jäde est allée jusqu’à cracker une fois de plus Ableton. Elle a chez elle un clavier sur lequel elle tâtonne, a déjà réalisé quelques instrus — « éclatées », admet-t-elle. « Composer de réelles productions, ce serait un challenge pour la suite. » Alors, plutôt pop ou trap ? Après tout, pourquoi choisir ?

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