Qu’est-ce qui rend une pochette de disque culte ?

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Charlotte Delarue pour Justice
Le 25.11.2019, à 17h32
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©Charlotte Delarue pour Justice
Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Charlotte Delarue pour Justice
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En 2017, Trax avait demandé à quatre illustrateurs / dessinateurs français – Charlotte Delarue, Julien Pacaud, Seb Jarnot et So Me – de nous parler de leur passion pour les pochettes de disques.

Par Olivier Pernot

Cet article est initialement paru dans le numéro #201, disponible sur le store.

La musique électronique s’écoute la plupart du temps en maxi, avec des disques souvent sans visuel de pochette ou avec visuel réduit au strict minimum (un nom, un logo). Surtout, depuis que le digital est devenu la norme, l’aspect graphique d’un disque se retrouve coincé dans une pastille de quelques centimètres carrés qui paraît minuscule sur un site de téléchargement. Pourtant, la pochette d’un disque – d’un album en l’occurence – est un premier contact vers le monde et l’imaginaire des musiciens.

Chacun des artistes que nous avons contactés voue une passion pour les pochettes. Seb Jarnot, graphiste pour F Communications pendant dix ans, déclare même : « Je me suis carrément forgé ma culture visuelle par les pochettes de disques ! » Charlotte Delarue, qui a travaillé avec Chromeo, Kavinsky, Metronomy ou Justice, avoue avoir été marquée par l’illustration de l’album Revolver des Beatles, puis par celles des long-formats Meddle de Pink Floyd et The Lamb Lies Down On Broadway de Genesiscelle-là, je l’avais même mise en décoration dans ma chambre d’adolescente »). Plus tard, elle découvrira que les pochettes de Genesis et de Pink Floyd ont été réalisées par les mêmes graphistes, le collectif anglais Hipgnosis. Julien Pacaud, qui a fait des visuels pour Arman Méliès, Hushpuppies ou Jeff Mills, cite aussi Hipgnosis comme référence, avec « ses images surréalistes et étranges », ainsi que le travail de Vaughan Oliver, le graphiste du label anglais 4AD. « Il a fait des pochettes pour Pixies, Cocteau Twins ou This Mortal Coil. C’était la musique que j’écoutais quand j’étais ado. »

Pochette de l’album The Dark Side Of the Moon, album de Pink Floyd, réalisé par le collectif Hipgnosis

Acheter un disque pour son visuel

De son côté, Seb Jarnot apprécie particulièrement les pochettes du groupe Sonic Youth. « L’illustration de l’album Goo est celle qui a eu le plus d’effet sur moi. C’est un dessin de Raymond Pettibon. D’autres pochettes de Sonic Youth ont été réalisées par Gerhard Richter, Mike Kelley ou Jeff Wall. Le groupe a fait travailler des artistes contemporains. Résultat, les visuels sont pointus et marquants. J’aime aussi beaucoup les pochettes dedisques de musique contemporaine. Il y a souvent une utilisation des formes géométriques. » So Me, dont le travail de directeur artistique du label Ed Banger Records se caractérise par des dessins colorés et des typos arrondies, s’est nourri lui aussi de pochettes dès son enfance, avec les vinyles de ses parents. Il se souvient notamment de celle de News Of The World de Queen, signé par l’artiste américain Frank Kelly Freas (« Elle me terrifiait ») ou de celle de Supernature de Cerrone, avec ses humains à têtes d’animaux (« Elle est très bizarre »). So Me a été marqué également par les dessins de Pedro Bell sur les disques de Funkadelic.

Pochette de l’album News Of The World de Queen, album de Queen, signé par l’artiste Frank Kelly Freas

Les quatre illustrateurs interrogés reconnaissent tous avoir acheté des disques pour leurs visuels. Charlotte Delarue a ainsi découvert le groupe Chicago grâce à son logo et sestypos : « Il y a un côté collection dans leurs disques, avec la répétition du logo sur chaque pochette ». Comme Justice, d’ailleurs, dont elle signe la cover de Woman, le troisième album du duo. Seb Jarnot, lui, a acheté Goo de Sonic Youth pour sa pochette (« Je ne connaissais pas le groupe »), tout comme il a découvert Maurizio, intrigué par les illustrations sur les maxis.

Pochette de l’album Goo, du groupe Sonic Youth, réalisé par Raymond Pettibon

Une émotion esthétique

Finalement, c’est quoi une bonne pochette de disque ? « C’est comme une œuvre d’art en général, il faut qu’il y ait un univers qui te parle, qui te donne envie d’écouter la musique », explique Julien Pacaud. « Elle doit te procurer une émotion esthétique que tu prolonges par le son ». Pour Seb Jarnot, « une bonne pochette, c’est une pochette qui vieillit bien, qui a de la profondeur, que tu peux regarder à plusieurs époques et dans laquelle tu peux y voir toujours quelque chose de différent. » So Me insiste lui sur la dimension évocatrice de la pochette : « Elle doit arriver à créer un pendant visuel à la musique. Une pochette crée cet univers supplémentaire, qui amène d’auditeur ailleurs, qui le laisse imaginer plein de choses. Lire une pochette, c’est comme reconstruire un puzzle. »

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