Que devient Gala, la star restée punk depuis “Freed From Desire” ?

Le 16.07.2018, à 16h10
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©Italiany
C’est toujours triste de perdre le contact avec de vieux amis. C’est un petit peu ce qu’il s’est passé entre Gala et l’équipe de Trax. Fans de la première heure de “Come Into My Life”, “Let A Boy Cry” et bien sûr son tube “Freed From Desire” qui ne cesse d’être repris partout dans le monde, cela faisait un moment qu’elle n’avait pas donné de nouvelles. C’est maintenant chose faite.

Pour commencer, comment vas-tu ?

Ça va bien, je m’apprête à partir en Espagne pour quelques concerts. Je viens de jouer à Barcelone pour la Gay Pride. C’était une expérience incroyable, c’était un grand évènement et j’étais headliner.

Tu fais encore beaucoup de concerts, comment ça se passe ?

Avant chaque concert, je fais attention à bien spécifier dans le contrat que je dois chanter des nouveaux morceaux ; s’ils refusent je ne joue pas. Je demande toujours moins à un promoteur qui accepte que je joue de nouveaux morceaux avec mes propres danseurs et musiciens qu’à un promoteur qui me demande de ne jouer que mes tubes, en playback. Ensuite je paie tous mes musiciens et danseurs, donc je gagne très peu d’argent en faisant ça, mais au moins je ne me moque pas du public.

À quoi ressemble ta vie aujourd’hui ?

Je suis donc souvent en tournée. Je n’ai jamais arrêté de jouer et composer de la musique. J’ai sorti plus ou moins un single par an sur mon label ici, à New-York. Récemment j’ai composé plusieurs morceaux dans des styles très différents pour la bande originale d’un film italien avec Filippo Timi qui s’appelle Favola. Je suis une artiste indépendante, je sors tout toute seule, je ne suis pas distribuée par de gros labels. Même si j’ai l’image d’une artiste « commerciale », derrière c’est un processus très punk. À côté de ça, il y a des artistes qui font du rock alternatif qui se revendiquent indés alors qu’ils ont un manager, un label, et un styliste qui choisit leurs jeans troués. Ce n’est pas ça être indépendant. 

Faire un tube aussi gros que « Freed From Desire », ça ne rapporte pas beaucoup d’argent ?

J’ai écrit les paroles et les mélodies de toutes mes chansons mais j’étais très jeune, sans expérience, donc j’ai signé un contrat qui n’était pas vraiment à mon avantage. Les gens pensent que je suis millionnaire parce que j’ai fait des tubes mais c’est très loin d’être le cas. Dans un sens, c’est une bonne chose parce que c’est aussi le message de mon morceau, ne pas s’attacher aux possessions matériels. Je vis au quotidien ce que je chantais. En 1998, j’ai touché mon rêve. J’étais une jeune fille née en Italie, partie étudier toute seule aux États-Unis à 17 ans. J’ai écrit des morceaux, je les envoyés et finalement j’ai eu du succès. J’ai même eu la chance de commencer à travailler avec Steve Fargnoli, le manager de Prince, il m’a sortie de ce mauvais contrat, mais je me suis retrouvée avec très peu d’argent à réinvestir dans ma musique.

Justement, à propos de Steve Fargnoli. Il est malheureusement décédé avant d’avoir pu terminer les négociations avec de grandes maisons. Sa disparition t’a empêché d’accéder à de nouveaux contrats. Quel est ton sentiment par rapport à ça ?

Quand il est mort, mon rêve a été totalement brisé. J’étais jeune et je ne savais pas quoi faire. Aujourd’hui s’il t’arrive quelque chose comme ça tu peux envoyer un mail pour expliquer ce qu’il s’est passé et tu peux t’en sortir. Mais à l’époque, si ton manager n’était plus là, tu n’avais plus accès à rien. Les gens pensent que quand on fait un tube on est directement riche et signé sur des grandes majors, mais pour moi ça ne s’est pas passé comme ça. J’ai la vie d’une artiste indépendante depuis mes débuts, j’ai passé ma vie à recommencer à zéro.

Tu dis souvent que tu étais jeune, que tu n’as pas pu tout contrôler… As-tu des regrets ou des choses que tu ferais différemment ?

Ce n’est pas vraiment un regret parce que ce n’était pas de ma faute, mais j’aurais aimé être mieux entourée à l’époque.

Tu vis aux États-Unis depuis longtemps, qu’as-tu trouvé là-bas que tu ne trouves pas en Europe ?

Brooklyn a une énergie très particulière. Ici je peux monter un groupe pour un concert en une semaine. Il y a tellement de musiciens, tellement de réalisateurs, tellement de talents tout simplement. Il y a beaucoup à prendre. Mais d’un autre coté j’adore l’Europe. Sur le papier je crois même que je préfère l’Europe et les Européens.

Tu te sens plus libre créativement à New-York ?

À New-York, les gens s’en foutent que j’aie fait des tubes il y a 20 ans. Ils ne vont pas se dire que vu que j’ai fait « Freed From Desire » je suis une artiste qui fait tel type de musique et qui ne peut pas faire ci ou ça. J’écris dans tous les styles, j’ai toujours aimé évoluer. Récemment j’ai fait un morceau folk, mais les gens en Europe se disent que je ne peux pas faire de folk puisque j’ai fait « Freed From Desire ». 

Les gens te jugent plus en Europe ?

Si je propose un morceau en Europe en disant que c’est Gala, ils comparent directement à mes tubes. La plupart des labels que j’ai contactés ces dernières années me disaient : « Tu as fait un tube dans les années 1990, tu es une vieille artiste, c’est fini pour toi ». À New-York les gens jugent moins sur mon âge et sur ce que j’ai fait avant, ils sont plus intéressés par ce que je fais maintenant. L’Europe s’attache plus au passé. Parfois c’est aussi positif, les Européens se souviennent bien de mes chansons, et ça me fait très plaisir, mais après ils veulent que je reste ce qu’ils connaissent. Il y a un gouffre entre ce que je suis et ce que les gens pensent de moi.

Tu souffres de cela ?

C’est le paradoxe de ma vie, les gens me perçoivent comme une artiste mainstream, mais dans ma vie de tous les jours, je suis l’exact opposé. Je mets en place de super projets avec quasiment zéro budget, c’est compliqué, ça crée des problèmes, mais je n’en souffre pas, ça me motive et ça me rend créative finalement.

Peu de gens savent que tu composes dans beaucoup de styles différents. Comment vis-tu cela ?

Les gens qui me connaissent personnellement savent à quel point je suis différente de la musique pour laquelle je suis connue. À l’époque, j’avais écrit des chansons dans un certain style et ç’a été retravaillé par des DJ’s, je n’ai pas tout contrôlé. C’est assez dur pour moi car les gens me perçoivent comme une artiste qui fait « de l’eurodance un peu ringarde » mais ils ne voient pas que j’ai écrit une vraie chanson et des vraies mélodies. « Freed From Desire » peut être chantée en reggae, rock, ou n’importe quoi, parce que j’ai écrit une chanson. Finalement c’est la version dance qui est sortie mais ça aurait pu sortir en reggae, et ç’aurait sûrement marché parce que l’important c’est la chanson.

Des gens qui n’étaient même pas nés au moment de « Freed From Desire » s’approprient ta chanson et la chantent aujourd’hui. Qu’est-ce que tu ressens par rapport à ça ?

Ça me rend heureuse, mais en même temps je suis triste de ne pas pouvoir les toucher avec de nouvelles choses. J’ai très longtemps essayé en allant proposer mes morceaux à beaucoup de radios. Elles disaient toutes : « Il faudrait que Gala sorte un morceau remixé par un DJ connu » en me donnant une liste de DJ’s à contacter qui me feraient payer 50 000 euros pour un remix. Je ne veux pas de ça, et je n’en ai pas les moyens. Une fois j’avais mis un nouveau morceau sur une plateforme où toutes les radios françaises voient passer les nouvelles sorties. Mon morceau est celui qui a été le plus consulté par les radios mais personne ne l’a joué parce qu’ils n’avaient pas de gros label à qui parler, pas de manager, il n’y avait pas non plus d’histoire à raconter autour du morceau. Les gens ont besoin d’une histoire, si je sortais avec un footballeur connu ils sortiraient mon morceau.

Tu as eu une enfance très libre, quelle a été l’influence de ce mode de vie sur ta vie d’artiste ?

Mon père est architecte, ma mère est peintre. J’ai grandi dans la même maison que mes cousins jusqu’à mes 10 ans. J’étais effectivement très libre. Je pouvais sortir le soir et revenir avec un garçon, mes parents ne me disaient rien. Ça m’a rendue très libre d’esprit, et je ne peux jamais rester trop en place, j’ai un problème avec les règles. Mes journées sont très différentes les unes des autres. Je ne pourrais pas travailler dans un bureau. Des gens aiment ça parce que ça donne une structure à leur vie, mais j’ai besoin que demain soit différent d’aujourd’hui. J’ai toujours organisé ma vie comme cela.

Dans une autre interview tu as dit : « Je pense souvent à la mort, presque tous les jours » …

J’ai souvent un fort sentiment de mort imminente. Tout peut s’arrêter à tout moment. On vit comme ça. On essaie ne pas y penser, mais la vérité c’est qu’on est très fragiles. Je ne pense pas que ce soit négatif d’avoir ce sentiment parce que ça rend la vie plus intense. Tout est plus puissant quand tu réalises que rien ne t’est donné définitivement. Si un de mes projets tombe à l’eau je me dis : « J’ai essayé, j’ai fait de mon mieux, ça n’a pas marché, je passe à la suite ».

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