Pourquoi les Rotary mixer sont considérées comme les Rolls des tables de mix ?

Écrit par Tschani Boulens
Le 24.07.2019, à 17h34
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Écrit par Tschani Boulens
Elle est le cauchemar des DJ amateurs et le Saint Graal des DJ house pointus. Pourtant la Rotary, cette table de mix si reconnaissable a failli disparaître après l’arrivée des tables de mix à fader permettant d’être beaucoup plus rapide et de mixer à une main. Cependant, la Rotary originelle de Rudy Bolzak avec sa couleur sonore et ses bandes de fréquences très larges permettant de faire des transitions d’une douceur inouïe est devenue aujourd’hui la Rolls des table de mix.

Cet article est initialement paru dans Trax 212, encore disponible dans le store en ligne.

Par Arnauld Wyart

Les Rotary (et les tables de mix en général) doivent tout à Rudy Bosak. Cet ingénieur new-yorkais avait déjà conçu le tout 1er modèle pour DJ au milieu des années 60 (le mono CMA-10-1). En 1971, épaulé par Alex Rosner (l’architecte sonore des soirées de David Mancuso au Loft) et Richard Long (celui du Studio 54, entre autres), il met au point la Bosak CMA-10-2DL. Pour la 1ère fois, une table de DJ est commercialisée. Analogique et fabriquée à la main avec les meilleurs composants, la Rotary offre un son ultime avec l’avantage d’être facilement intégrable dans la cabine DJ. Son fonctionnement est simple : divisé et isolé en 3 bandes (très larges), le signal est contrôlé via des boutons rotatifs, puis il est amplifié et renvoyé vers les haut-parleurs associés (basses, etc). Concrètement, la Rotary permet des transitions plus douces et elle colore le son, ce qui correspond parfaitement au mix disco et garage, alors en plein essor. La scène se développe à peine, mais dans la grosse pomme, la poignée de club qui existe possède des équipements hors du commun – indispensables à la Rotary. On retrouve d’abord la Bosak (remplacée par un clone Urei en 1982) dans la galerie de Nicky Siano (au Studio 54), au Loft ou encore au Paradise Garage, l’antre de Larry Levan.

Quelques années après la mort de Rudy Bosak (en 1982), et malgré l’arrivée des tables Urei, les Rotary ont commencé à disparaître. Les clubs fleurissent aux quatre coins du monde et il n’y a tout simplement pas assez de mains pour répondre à la demande. L’autre problème des Rotary, c’est leur prix – 3 000 $ – totalement dissuasif pour les Djs amateurs. Et puis à cette époque, de nombreux aspirants au mix hip-hop vont être influencés par DJ Kool Herc et Grandmaster Flash. Or les deux Djs adoptent les nouvelles tables GLI PMX. Celles-ci leur permettent de créer un nouveau style axé sur les scratchs, les pauses et les reprises. Les boutons rotatifs ne sont pas adaptés à tous ces va-et-vient hyper rapides et pour mixer à une main (l’autre servant à scratcher), il fallait un autre type de curseur. Ça sera le « cross-fader » horizontal des GLI. Résultat des courses : les boutons rotatifs sont remplacés par les « faders » verticaux. Pour les constructeurs, les tables de mix deviennent moins chères à fabriquer, mais elles sont aussi de moins bonne qualité.

La renaissance

Cette qualité, de nombreux DJ ont préféré la préserver. Mais il y a aussi tout un art autour de la Rotary.

Aujourd’hui, de plus en plus de DJ cherchent à se différencier. Qu’ils jettent un oeil et une oreille sur Joe Claussell, considéré comment l’un des DJ les plus créatifs sur Rotary. Ses mains ne lâchant jamais les boutons, Claussel manipule le son pour donner un coté dramatique à ses sets. « Le mix est différent avec des faders et des égaliseurs. Ces derniers sont faits pour couper, filtrer, etc. Alors que Joe Claussell, par exemple, utilise la Rotary pour apporter des nuances inhabituelles. Il n’essaie pas d’influencer le dancefloor en jouant simplement sur les fréquences », explique Ron Trent, un adepte lui-aussi. De son coté, Derrick May préfère utiliser la Rotary pour travailler ses rythmiques. Mais on pourrait citer aussi Theo Parrish, qui fait respirer ses sets comme personne,Derrick Carter, Ben UFO ou plus récemment Floating Points – qui a même crée sa propre Rotary – le FP mixer.

En 2004, les Rotary sont ré-apparues par le biais de DJ Deep et l’ingénieur Jérôme Barbé qui ont développé un modèle analogique dans toute sa splendeur. Facilement transportable, la DJR400 est une référence, embarquée dans les clubs par des ambassadeurs comme Danny Krivit, Dimitri From Paris ou Kerri Chandler. Pour ce dernier, c’est simple : « mixer sur une DJR400 , c’est comme piloter une Lamborghini portable ». Au-delà du mix pure, la DJR400 s’est aussi taillé une place chez les audiophiles.

Cependant, à l’image de ses ancêtres, elle affiche un prix élevé. À partir de 2005, Rane a bien tenté de ressusciter la Rotary mais ses modèles restent également hors de prix. Petite lueur d’espoir : MasterSound vient de sortir une table à environ 1 200 euros. Le mix n’a jamais été aussi accessible mais pour avoir « le » son, cela reste une autre affaire.

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