Pourquoi les festivals de toute l’Europe se passionnent pour le line-up du Positive Education

Écrit par Isma Le Dantec
Le 18.10.2018, à 16h44
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©Malo Lacroix
Écrit par Isma Le Dantec
Positive Education prépare sa quatrième édition du 8 au 10 novembre prochain à Saint-Étienne. Le sans-faute réitéré qu’est sa programmation (Laurent Garnier, Dopplereffekt et Gesloten Cirkel y succèdent cette année à Cabaret Voltaire et Trisomie 21) a su faire en un temps record de ce festival stéphanois un rendez-vous à ne pas manquer pour les mélomanes pointilleux souhaitant rompre avec la monotonie, et les programmateurs de festivals européens. Co-capitaine du navire Positive Education, Charles Di Falco distille pour Trax quelques secrets de fabrique.


Si défricheuse qu’elle en devient visionnaire, la programmation du Positive Education donne les noms de la scène de demain. Preuve à l’appui : le line-up de l’édition de 2015/2016 se retrouve quasi intégralement en 2017 sur Dekmantel, Nuits Sonores, même Primavera. Cette allure prophétique que prend le festival stéphanois n’a rien d’un obscur phénomène paranormal : elle est le fruit d’une savante machinerie à la tête de laquelle opère Charles Di Falco, Antoine Hernandez, Edouard Morel, Kevin Fernandez et leur équipe depuis presque 7 ans).

Cette machinerie est aussi originale qu’efficace : à chaque tête d’affiche s’associe un faisceau d’artistes aux influences concordantes, et à la renommée moindre. Les soirées du festival Positive Education sont minutieusement conçues comme un enchaînement de premières parties qui détricotent la chronologie et font « monter la sauce » jusqu’au closing, administré chaque soir par un grand ponte. 

Parmi les wagons de la “locomotive” Laurent Garnier, on retrouve cette année Simo Cell, « une sorte de Laurent Garnier d’aujourd’hui, capable de mêler influences jungle, électro, hip-hop à la perfection » pour Positive Education. Dans son sillage quelques talents de la scène locale dont le festival se veut fervent défenseur, comme les mutants engagés Sunwalito, comme le montant et déluré A Strange Wedding. Dans celui de Marcel Dettmannla techno onirique de Voiski, celle plus deep venue de Détroit de Patrick Russell Maenad Veyl creusera le chemin de Paula Temple, Giant Swan et The Empire Line celui de Manu le Malin, parmi les têtes émergentes ou bien connues qui défileront sur les trois scènes du quartier de la Manufacture. 

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Apportant de la lumière à ceux qui le sont moins, les artistes renommés se font curateurs en tendant la main aux jeunes pousses talentueuses, ainsi c’est Lena Willikens qui fait connaître Anatolian Weapons à Charles Di Falco. « Je suis scotché par cet artiste, je lui donne un an pour tout exploser », s’enthousiasme ce dernier. Les deux noms feront donc naturellement partie de la programmation.

Être un festival défricheur, c’est partir à la rencontre d’artistes venus d’ailleurs, qui outre hexagone, ont déjà leur petite notoriété : les Italiens Ninos du Brasil, (auteurs de disques tribaux sur le label The Bunker New York ainsi que sur Hospital Productions), le Serbe aux sets planants et profonds Stevie Whisper, pour ne citer qu’eux. C’est aussi prendre des risques : « On a clairement été naïfs au début en croyant que programmer la musique qu’on aime suffirait. On a quand même dû apprendre à suivre un peu les codes, mettre des gros noms pour faire vivre les petits, et c’est très difficile de trouver l’artiste de légende en lien avec notre philosophie ou l’histoire que nous voulons raconter », admettent Charles et Antoine. 

Sans perdre son unicité précieuse qui fait du Positive Education le repère des fins connaisseurs – et des programmateurs de festival du monde entier -, le Positive Education n’a pas vocation à reproduire sempiternellement le même petit tour de magie : « C’est un festival fait avec le cœur, et avec les gens. Les gens évoluent, leurs goûts aussi, et nous aussi. Cette année, on a aucun artiste post punk ou cold wave. Il y a de la techno, de l’électro, du downtempo, du disco, de la world musique même… on est partis sur quelque chose plus rave 90’, on essaie de chambouler le temps. » Au fil des éditions, le jeune Positive Education a doublé de taille, avec 3 000 festivaliers cette année contre 1 500 l’année dernière. De Saint-Étienne à Paris, Lyon, Bordeaux ou Marseille, Positive Education est à l’origine d’une nuée d’événements flirtant sur cette ligne gourmette et pointue qui est leur signature. Bristol, Athènes, Amsterdam et Dusseldorf figurent parmi la liste d’éventuelles exportations. Si toute l’Europe se rend déjà à Saint-Étienne, c’est bientôt Saint-Étienne qui envahira l’Europe. 

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