Pourquoi les dancefloors des bars ouvrent quand les clubs restent fermés ?

Écrit par Emma Buoncristiani
Photo de couverture : ©D.R
Le 22.06.2020, à 17h52
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Écrit par Emma Buoncristiani
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Alors que les bars, les cafés et les restaurants ont rouvert leurs portes depuis le 2 juin dernier, les discothèques sont quant à elles, obligées de rester fermé jusqu’au mois de septembre au moins. Mais certains établissements, qualifiés de « bars de nuit » ou encore « bar à ambiance festive » ont eux déjà repris leur activité, alors que leur fonctionnement se rapproche de celui des boîtes de nuit. Explications.

Samedi 20 juin, Matignon indiquait dans un communiqué que l’ouverture des discothèques ne pourra avoir lieu qu’«à partir du mois de septembre, et sous réserve d’une nouvelle évaluation de la situation épidémiologique». Mais de nombreux établissements de nuit permettent pourtant de danser sur des petits dancefloor, jusqu’à des heures tardives. Mais alors, pourquoi certains établissements le permettent alors que d’autres sont toujours fermés ?

La raison vient tout d’abord de la catégorisation des établissements recevant du public (ERP). Si ceux dans la catégorie N – restaurants et débits de boisson – sont autorisés à rouvrir –, ceux dans la catégorie P – salles de danse et de jeux – ne le sont toujours pas.

La décision revient au Conseil de défense et de sécurité nationale (CDSN), sorte de conseil des ministres restreint et dont le rôle est de fixer les politiques de sécurité et de défense nationales. Malgré les proposition et garanties sanitaires mises sur la table par les professionnels du secteur de la nuit, le CDSN a décidé de maintenir les clubs et discothèques fermés au moins jusqu’à début septembre, date à laquelle une nouvelle évaluation du danger épidémiologique sera effectuée.

Matignon appuie sa décision notamment sur des risques liés aux comportements des clients dans les boites de nuit, la consommation d’alcool et la proximité pouvant faciliter la propagation d’un virus. Toutefois, de nombreux Français ont pu faire l’expérience du dancefloor au cours des derniers jours. Des DJ sets se sont tenus à travers la France, dans des bars ou de petits caveaux, où l’on sert également de l’alcool.

Si du point de vue du public, ces endroits peuvent ressembler à des clubs, aux yeux de la loi, ils sont tout simplement des bars de nuit et ne répondent pas aux mêmes exigences légales. Tout simplement parce que les deux établissements ne font pas partie de la même catégorie. Certains patrons de club ont fait part de leur incompréhension, rappelant d’une part qu’ils n’avaient pas le monopole des dancefloors et d’autre part, que les événements sportifs pourront reprendre le 10 juillet quand les cinémas rouvrent sans restriction ce 22 juin.

Des établissements complémentaires

Denis Talledec, coordinateur national du collectif Culture Bar-bars qui représente différents bars et café-concerts à travers la France, parle d’injonctions contradictoires. « On ne peut que déplorer la décision qui a été prise. […] À force de tordre le bras aux acteurs privés, il risque de s’accentuer l’organisation de fêtes sur les espaces privés ou dans l’underground totale, sur lesquelles les puissances publiques n’ont aucun moyen de contrôle sur la dimension sanitaire ». Faisant le parallèle avec l’organisation de la Fête de la musique sur l’espace public, il explique également qu’il « vaut mieux avoir des professionnels en face, pour la bonne mise en œuvre des gestes barrières ». Une problématique qui est également, selon lui, à mettre en rapport avec une « méconnaissance des pratiques culturelles des jeunes » et notamment de la musique électronique de la part du gouvernement. Enfin, sur la question des bars à ambiance festive, sans les opposer avec les clubs ou les discothèques, Denis Talledec parle davantage de complémentarité des établissements : « il s’agit plutôt d’un parcours de la nuit, avec des horaires différents qui peuvent donc se coordonner ». Le coordinateur revient là sur l’idée qu’il est préférable de donner aux professionnels les moyens de proposer des solutions encadrés, plutôt que de laisser le public dehors après la fermeture des bars.

Un possible recours au Conseil d’État pour les boîtes de nuit

Les établissements de nuit dans l’incompréhension, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) estime que « le gouvernement signe l’arrêt de mort des discothèques ». Le syndicat menace par ailleurs d’attaquer cette décision devant le Conseil d’État.

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