Pourquoi il faut écouter de l’ambient cet été plus que les autres ?

Écrit par Trax Magazine
Le 10.07.2020, à 18h00
03 MIN LI-
RE
Écrit par Trax Magazine
0 Partages
Parce qu’elle est souvent considérée comme une musique qui soigne, l’ambient opère un retour en force remarquable dans le contexte anxiogène de la crise sanitaire. L’occasion de se replonger en trois disques dans un genre musical discret qui semble avoir trouvé sa place dans ce monde en crise.

Cet article est un extrait du dossier sur l’ambient paru en dans le numéro 230 de Trax Magazine, disponible en kiosques et sur le store en ligne.

William Basinski The Disintegration Loops (2002)

C’est peut-être le disque le plus triste de tous les temps. Tout commence à l’été  2001, lorsque le musicien américain William Basinski retrouve dans ses archives des bandes audio sur lesquelles il a enregistré des boucles musicales vingt ans plus tôt. Il décide de les transférer sur un support numérique afin de pouvoir les réutiliser, mais réalise rapidement qu’en les lisant, son magnétophone les efface progressivement  : les particules d’oxydes de fer de la bande se transforment au fil des boucles en poussière qui se dépose à l’intérieur de l’enregistreur, ne laissant derrière elle que la bande plastique. Bref, la musique se décompose devant lui. Fasciné par ce phénomène, William Basinski décide d’enregistrer le processus dans lequel il voit une émouvante métaphore de la vie, de la mort et du temps qui passe. Le matin du 11 septembre 2001, alors qu’il vient tout juste de terminer son projet, des avions s’écrasent sur les tours du World Trade Center, situées à moins d’un kilomètre de chez lui. William Basinski grimpe sur le toit de son immeuble et assiste à l’effondrement des tours avant de passer la journée entière, sous le choc, à réécouter les enregistrements ambient de The Disintegration Loops. Cette série d’albums – il y aura trois autres volumes – est dédiée aux victimes des attentats.

KLF Chill Out (1990)

On le sait, la culture rave est formée de deux faces qui se complètent. Si beaucoup ont tendance à ne retenir que le bruit, la drogue et tous ces stéréotypes accolés aux musiques électroniques, il ne faut pas oublier qu’en parallèle, les scènes dites «  chill-out  » dressées dans les free party et les teknivals ont toujours eu pour rôle de proposer aux fêtards un sanctuaire de calme et d’apaisement où se détendre en cas de crise d’angoisse, de coup de fatigue ou de mauvaise descente. C’est dans ces bulles que s’est développé au début des années 90 le versant le plus électronique de la musique ambient avec des groupes comme The Orb ou des producteurs comme Aphex Twin. Chef-d’œuvre du genre, Chill Out est le troisième album studio des Anglais de The KLF. Mélangeant du field recording d’oiseaux, des chants mongols et de longues nappes de synthétiseurs, le disque est une bande-son impressionniste qui a sans doute fait redescendre en douceur un nombre incalculable de fêtards en crise, perdus dans le cyberespace des raves.

Ryūichi Sakamoto Async (2017)

Depuis les années 80, le Japon est sans conteste l’un des pays où la musique ambient a su trouver ses plus fervents défenseurs. Parmi eux, le compositeur Ryūichi Sakamoto, ancien membre du groupe de synthpop Yellow Magic Orchestra, n’a eu de cesse de se ressourcer au son de l’ambient tout au long de sa carrière. Sorti en 2017, son sublime dernier album en date baptisé Async mêle la musique classique, pop, expérimentale, le field recording et des éléments plus contemplatifs. Mais c’est avant tout un disque de guérison. Il y revient sur la terrible catastrophe de Fukushima, mais aussi sur sa lutte contre un cancer de la gorge dont il a réussi à se remettre. «  Être confronté à la mortalité a modifié beaucoup de choses dans mon rapport à la musique, ne serait-ce qu’à cause des effets de certains traitements contre le cancer. Ce sont des médicaments très violents qui touchent directement la manière dont on peut interpréter mentalement les choses et les sons  », expliquera plus tard le musicien. Son interprétation musicale de ce drame est en tout cas bouleversante.

Retrouvez plus d’histoires d’ambient dans le numéro 230 de Trax Magazine, disponible en kiosques et sur le store en ligne.

0 Partages

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant