Positive Education : le collectif underground de Saint-Étienne qui impressionne toute la France

Écrit par Trax Magazine
Le 16.03.2018, à 15h53
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©Etienne Comi
Écrit par Trax Magazine
Sorti des limbes de l’underground stéphanois, le collectif Positive Education investit les friches, clubs, bars et autres sous-sols et lieux de la ville de Saint-Étienne et de France pour communiquer son amour de la musique et de la fête. Interrogés à l’occasion du Trax #209 spécial « L’underground français tue » (disponible en kiosques), les Fils de Jacob, en les personnes de Charles Di Falco et Antoine Hernandez, nous racontent ce crew qu’ils ont fondé.


Une belle famille, voilà le renouveau de l’underground français. Des artistes au talent indéniable, rassemblés par cette même passion pour la musique et cette envie de casser les codes de la soirée thématisée. Des collectifs éparpillés aux six coins de l’Hexagone, qui se rassemblent pour faire la fête sans se stigmatiser. Positive Education aura conquis le public de Saint-Étienne – et, plus tard, de France – grâce à son expertise, ses programmations pointues lors de soirées ou de son festival éponyme. Ce dernier avait vu le jour en 2016, pour une première édition que Trax vous avait annoncée comme “un putain de sans-faute”. 

Depuis, Positive Education continue de faire son bonhomme de chemin. Et après avoir parcouru une bonne distance seul, le crew avance désormais main dans la main avec les meilleurs collectifs de France. Récemment, une tournée sans précédent est annoncée en collaboration avec le collectif lyonnais Brothers From Different Mothers et le collectif marseillais Metaphore. Un seul objectif : « Partir à la conquête des caves, salles, clubs, festivals, hangars et terrains vagues de l’Hexagone avec l’intention d’y exporter le son de la maison ». Une famille de passionnés qui n’en finit donc plus de grandir.

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Qu’est-ce que vous souhait(i)ez exprimer principalement avec Positive Education ?

On a aucune limite. On investit toute sorte de lieux : friches, clubs, sous-sols, bars, places publiques, musées… Pour mémoire, nous avions invité Alessandro Cortini dans un cinéma, Helena Hauff dans un pub de 100 personnes ou Manu le Malin dans le quartier manufacture (La Manufacture Plaine-Achille, quartier créatif de Saint-Étienne, NDLR). En fait, il y a toujours une musique à mettre, un univers à découvrir, une fête à célébrer, sans se brider. Et ça se retrouve aussi au niveau des gens qui nous suivent. Ils ont de 16 ans à 60 ans, issus de tout univers. On retrouve des personnalités relativement différentes dans nos soirées, avec peut-être ce truc en plus un peu “gourmet” et curieux. L’état d’esprit en revanche crée cette unité conviviale où tous savent généralement ce qu’ils font là. Pour réaliser tout ça, on garde notamment des tarifs accessibles et des entrées raisonnables, toujours en fonction de la programmation. Et pour attirer le jeune public, on a également un partenariat avec la ville pour que les étudiants profitent d’un tarif réduit. Ça attire aussi plus de monde.

C’était comment votre jeunesse avant la musique ?

Charles : Mes parents possèdent des clubs depuis que je suis tout petit. Quand j’avais 7 ans, je commençais à les accompagner le week-end, j’avais un petit lit en mousse dans le vestiaire. Quand j’ai eu 8 ans, j’ai commencé à observer plus sérieusement les DJ’s, à acheter mes premiers disques, à apprendre à caler. Les CDJ n’existaient pas encore. J’apportais même mes disques de house ou de techno pour la fête de l’école. Mon premier warm-up, c’était en 1995 ; j’avais douze ans. Puis arrivé à l’âge adulte, j’ai décroché mes premières résidences sur Lyon et Saint-Étienne. Je suis passé par presque tous les genres de musique.

Antoine : Je suis né et j’ai grandi à Saint-Étienne, en sortant exclusivement sur Lyon entre mes 18 ans et 21 ans – vu que le peu de musique électronique que Sainté proposait ne me  correspondait pas du tout (tech house). J’ai commencé par écouter Ed Banger, et toute cette vibe “fluo” en 2007, puis j’ai découvert la techno en 2010 jusqu’à rencontrer Positive Education et affiner mes goûts – bien que j’ai toujours aimé la musique rugueuse et les snares Phil Collins.

Vous en êtes venus comment à Positive Education ?

J’ai (Charles) eu plusieurs projets avant Positive Education. Toujours des délires de camaraderie, mais j’avais souvent une manière un peu différente de voir les choses par rapport aux autres. Raison pour laquelle j’ai écrit le projet Positive Education seul, avant qu’une famille se crée. Ce qu’il s’est passé exactement ? J’ai fait un long break autour de 2008 ou 2009 : la musique électronique ne me touchait plus. Puis à mon retour à Saint-Étienne, j’ai connu le rock’n’roll, et j’ai réalisé que ma techno avait cette inspiration dans mes titres favoris. Et là, sans trop faire de plan sur le long terme, on a monté Positive Education, pour écouter et danser sur la musique que l’on aime. Celle-ci évolue de jour en jour, tout comme notre projet. On était déjà une bonne dizaine dans le collectif à sa naissance. Au fil des rencontres, la famille s’est agrandie, et nous sommes très heureux de l’équipe que nous avons. On ne la changerait contre rien au monde.

Cette musique, qui a une place essentielle (évidemment), vous la gérez comment ?

On aime inviter des artistes avec qui on passe de bons moments et avec qui on partage les mêmes délires, la même sphère musicale. C’est comme ça qu’on a eu des gros coups de coeur. Aujourd’hui, la famille est en train de s’agrandir et s’étendre dans toute la France. Et comme une famille, on s’entre-aide, on se conseille, on invente, on se retrouve. Parfois de beaux concepts communs voient le jour (BPM, la tournée multi-collectifs avec Metaphore et BFDM, NDLR). Nous sommes tous en contact, et dès qu’on a un doute sur un truc, on n’hésite pas à se téléphoner. 

Pour ce qui est des soirées techno/house plus “classiques”, on voit ça d’un très bon oeil, du moment que ça reste qualitatif et sincère. Bien que, pour l’instant, la plupart des line-up proposés par différents promoteurs sont de plus en plus lisses, avec des artistes propulsés par des grosses agences de com/prod et qui n’ont plus rien d’original à dire. Il est important d’écouter la musique qui se fait depuis toujours et de s’en nourrir, afin de ne pas reproduire des choses qu’on a trop entendues. Mais, dans l’ensemble, ça reste une bonne porte d’entrée vers des musiques plus aventureuses qu’on défend avec Positive Education, Metaphore ou Brothers From Different Mothers.

Vous incarnez ce renouveau de l’underground français. Est-ce que vous vous sentez appartenir à un courant alternatif ?

Toute proposition originale peut se voir comme une alternative, mais, au final, pas tant que cela. Les réseaux sont bien trop connectés aujourd’hui et l’ouverture d’esprit ne fait pas tout ; il y a aussi des recettes. Si l’on part du principe que la première chose que nous faisons c’est du loisir, des regroupements sans avoir des videurs infâmes qui vous reprennent dans vos moindres faits et gestes, alors, oui, nous sommes une “alternative”.

Ça doit être compliqué de gérer un public aussi “libre”.

Dans ce grand désordre organisé, il n’y a jamais de débordement. Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons pas eu de problème de violence au sein de nos soirées. Il n’y a pas beaucoup de personnes que nous ne laissons pas entrer. Notre super chef sécu, Mehdi, a ce pouvoir de vous accueillir comme si vous arriviez au paradis. Il laisse dehors uniquement des personnes qui n’ont pas le coeur avec eux à ce moment-là, et qui pourraient déranger la vibe générale.

C’est quoi la suite pour Positive Education ?

Nous lançons notre label, Worst Records, avec les deux premières sorties prévues avant l’été, distribuées par Chez Emile Records (record shop à Lyon, NDLR). Nous souhaitons avant tout faire un label stéphanois, avec des artistes de notre bande dans un premier temps – ça évoluera probablement avec le temps. Ce projet nous tient énormément à cœur. Coté organisation, nous lançons une édition du festival à Paris, à la Station – Gare des Mines, les 15 et 16 juin, avec trois scènes en indoor et outdoor. Et toujours celle de Saint-Étienne, du 8 au 11 novembre, dans le quartier Manufacture de la ville. On est d’ailleurs en train de bosser sur la programmation.

En attendant l’arrivée de leurs prochaines releases, retrouvez les Fils de Jacob à la Machine du Moulin Rouge le 20 avril prochain pour la prochaine Dada Temple. Ils fouleront aussi le booth du Sucre, à Lyon, avec leur bande de potes pour la tournée BPM (BFDM, Positive Education & Metaphore), le 29 avril, avant de retourner la ville entière lors de Nuits sonores, le 12 mai.

Pour plus d’informations, on vous invite à aller suivre la page Facebook des Fils de Jacob, ainsi que la page Facebook du collectif Positive Education.

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