À voir : leçon de style avec “le vrai” Michel, le rappeur qui mêle deep house et chanson française

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Charlotte Robin
Le 30.04.2020, à 16h39
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©Charlotte Robin
Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Charlotte Robin
En période d’élections municipales, c’est bien connu   : on fait les marchés. Après un premier EP sorti en janvier dans lequel il rappe sur de la deep house et raconte sa jeunesse à Valenciennes, Michel, malgré la hype, sait rester vrai. Le vrai Michel, quoi. La photographe Charlotte Robin l’a surpris en pleines courses au marché Baudoyer dans le IVe arrondissement de Paris , et on en a profité pour parler rap russe et chanson française. Entre autres.

Cet article est initialement paru en avril 2020 dans le hors série Homies de Trax Magazine, disponible à prix libre sur le store en ligne.

Par Ambre Chalumeau.

Comment faire du rap quand on est blanc, qu’on a un prénom d’homme politique, et qu’on vient de Valenciennes ? Quand Michel commence à rapper dans sa chambre à 15 ans, il n’a pas trop de réponses : « Je m’enregistrais en cachette, je n’assumais pas du tout. Déjà “Michel”, je n’assumais pas. Je prenais plein de blases de pseudo rappeur… Et ensuite mes références c’était Booba, la Scred Connexion, Sniper. Alors je m’inspirais de ce que j’entendais et j’essayais de raconter la même chose. Donc je disais des trucs qui n’étaient pas du tout moi, qui étaient juste les trucs que j’entendais dans les textes de rap. C’était vraiment très très moyen, pour ne pas dire mauvais ».

©Charlotte Robin

« Là, je me suis dit : “Ah, donc c’est possible d’être blanc, de faire du rap et de venir d’un endroit qui n’est pas Paris ou la banlieue !” »

Hauts-de-Seine, Hauts-de-France, même combat ? Loin de Paris, de Marseille et des banlieues chaudes, Michel est en panne d’inspi’. Il filme les jeunes rappeurs de Valenciennes, leur bricole des clips, et écume les open mics – mais sans jamais oser tenter sa chance. Et puis, le déclic. « C’est Orelsan qui m’a donné envie de m’y mettre et d’assumer. Là, je me suis dit : “Ah, donc c’est possible d’être blanc, de faire du rap et de venir d’un endroit qui n’est pas Paris ou la banlieue !” ».

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Parka The North Face, sweat-shirt Umbro, pantalon Uniqlo, lunettes perso.
©Charlotte Robin

Pure technique de taekwondo, Michel fait ensuite de sa faiblesse sa force : plutôt que de cacher sa ville d’origine et son prénom vintage, il décide d’assumer à fond. En témoigne par exemple sa compilation Michel chante Michel, dans laquelle il reprend Michel Fugain, Michel Berger, Michel Delpech ou Michel Polnareff, inspirée, blague-t-il parfois, par une visite de Michel Colucci, dit Coluche, dans un rêve, qui lui aurait demandé de rendre hommage aux Michels. « Donc je l’ai écouté parce que Coluche, c’est un mec que j’aimais beaucoup. Forcément, j’ai accepté le deal ». Textes modernisés et instrus remixées, Michel propose donc “Paradis Blanc” dans un bar à chicha, ou “Une belle histoire” dans un karaoké chinois de Belleville. Et fait de la tracklist de son EP Le vrai Michel un hommage assumé aux aventures de Martine, en nommant ses chansons “Michel en PLS”, “Michel et sa go”, “Michel en ride”, etc. 

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Total look Maison Kitsuné, Lunettes Les Opticiens Eye Like.
©Charlotte Robin

Mélange des époques et mélange des styles. Michel revendique des inspirations très variées. « En fait, j’ai vachement marché par périodes. J’ai eu une grosse période rap français, pendant quatre ans peut-être, après j’ai eu une grosse phase chanson française. J’ai découvert Jacques Brel, Brassens, Barbara, j’écoutais ça à fond. Ensuite, j’ai eu une période où j’écoutais beaucoup de reggae, je ne sais pas pourquoi… Et une période électro aussi. Maintenant, j’écoute surtout du rap russe ». Après avoir découvert un morceau sur YouTube, Michel tire le fil virtuel et se gorge de rap d’Europe de l’Est. Ne parlant pas un traître mot de russe, il explique apprécier surtout les sonorités des instrus, d’un genre qu’il n’avait jamais entendu auparavant : du rap sur de la deep house. « Il y a deux ans, je suis tombé sur un premier morceau, il y avait un truc très années 90 qui m’inspirait beaucoup. Après avoir entendu ça, j’ai écouté énormément de morceaux similaires, plein de trucs russes, estoniens, ukrainiens, voire même hollandais. Il y a plein de sonorités un peu deep en Hollande. Maintenant mes suggestions Spotify ne sont que des titres en russe   ! Franchement j’ai entendu de tout, de la grande variété russe, de l’électro très très chelou, très grand public, des trucs estoniens sortis du fond de la campagne… ». Dans la compil’, manquait juste Michel Strogoff. 

Chemise, pull et pantalon LGN Louis-Gabriel Nouchi, baskets Caterpillar, lunettes perso.©Charlotte Robin

Aujourd’hui Michel rêve de collaborations avec ses homologues de l’Est, et revendique le rap slave comme son inspiration principale. Sommé de définir son style, il tente : « C’est du rap en français sur de la deep house, qui raconte avec beaucoup d’autodérision mes aventures de tous les jours ». Puis hésite, et précise : « Dans l’EP, il y a du rap, de la house, mais aussi de la chanson, de la ballade… Franchement c’est hyper dur de définir un genre. Il y a même une reprise d’Hélène Ségara… ».

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