Partir en quête de vinyles dans un pays inconnu, la plus belle expérience du digging ?

Écrit par Briac Julliand
Le 09.10.2018, à 12h15
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©Guillaume Taillieu
Écrit par Briac Julliand
En juin dernier, trois collectionneurs de disques, Charles, François et Gui ont organisé un digging trip au Ghana. Deux semaines durant, ils ont écumé la côte sud d’un pays qui leur était inconnu, à la découverte de sa culture et à la recherche d’anciens disques. Revenus les valises pleines de raretés et la tête pleine de souvenirs, le trio revient sur la richesse de son expérience.

 

« À la base, on est tous collectionneurs. Enfin, ce n’est pas notre occupation principale, mais on adore ça. On se retrouve pas mal tous les trois dans nos goûts musicaux, mais c’est la disco et le funk, et les musiques africaines, qui nous réunissent vraiment », explique François. Fiscaliste à Londres depuis sept ans, il raconte comment il a décidé de partir avec ses anciens colocataires, avec qui il a habité dans la capitale anglaise pendant quatre ans.

« Finalement, l’idée de partir nous est venue assez naturellement : les disques qu’on cherche sont super difficiles à trouver en Europe, ou bien beaucoup trop chers », développe Gui, aujourd’hui installé à Bordeaux et boss du café Mancuso. Charles, restaurateur à Toulouse, précise : « Enfin au début c’était surtout une idée en l’airIl y a bien eu six mois entre le moment où on a eu l’idée et celui où on est partis. Mais se dire qu’on allait partir découvrir la musique d’un autre continent directement sur place nous a convaincus. » Car même si son voyage n’a pas respecté l’itinéraire initial, le trio a pris son temps pour trouver la destination idéale. Le Ghana s’est imposé comme une évidence pour les amis, tous amateurs de highlife, musique traditionnelle du pays et précurseuse de l’afrobeat.

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Début 2018, le projet se concrétise. Les trois amis s’accordent sur une date : ils partiront en juin, pour deux semaines. « C’est un pays côtier, et il y a un gigantesque lac en plein milieu. L’idée, au départ, c’était d’en faire le tour, mais on a été un peu ambitieux pour le coup », admet Charles. Une fois sur place, le groupe préfère s’attarder dans chaque ville qu’il visite, afin d’étudier toutes les opportunités qui s’y trouvent. D’Accra — la capitale —, à Kumasi, en passant par Cape Coast, Takoradi et Obuasi, Charles, François et Gui restent finalement surtout sur la côte du pays. « De toute façon, on ne pouvait pas aller plus vite, se défend François. On avait des flyers et des vinyles, pour montrer aux gens ce qu’on cherchait, car on avait du mal à se faire comprendre. Chaque fois, il fallait passer une annonce à la radio pour se faire connaître. Ensuite, les gens nous appelaient et on se retrouvait pour voir ce qu’ils avaient à proposer. D’ailleurs on reçoit encore des appels d’intéressés ! » Un processus laborieux, qui nécessite parfois l’aide d’un « guide ». « Ce sont surtout des Ghanéens qui connaissent bien la ville, ajoute Guillaume, parce que pour nous, il était presque impossible de s’y repérer. »

Comme pour le logement, la recherche de disques se fait donc chez l’habitant. Une procédure qui oblige le groupe à se déplacer, platines à la main, pour aller écouter directement les vinyles. « Notre premier critère, c’était évidemment la bonne qualité des galettes, explique Gui. Beaucoup de gens ont des vinyles là-bas, mais pas de moyen de les écouter, alors forcément ils les rangent dans un coin et ça prend la poussière, d’autant plus que l’environnement humide et sec et du pays n’aide pas… » Une vétusté qui pose parfois problème, notamment quand ce sont les Ghanéens qui viennent à la rencontre du trio, comme le déplore Charles : « Une fois, on a réussi à donner rendez-vous aux gens, parce que c’était vraiment super compliqué pour nous de trouver les maisons à chaque fois. On a eu du monde, il y a même eu la queue, et chacun venait nous proposer ses disques, c’était super sympa. Seulement, certains avaient probablement fait pas mal de route pour venir, alors quand le vinyle était hors d’usage, c’était délicat de leur dire qu’on ne pouvait pas le prendre… » Et parfois c’était la troupe qui faisait la route. « Ce qui me fait penser qu’une fois, on s’est tapé deux heures de route en pleine brousse pour aller chez un mec qui n’avait que des VHS à nous refiler », se rappelle François.

Car si les compères sont repartis les valises pleines, avec plus de 200 disques, chaque jour n’a pas été synonyme de trouvaille. « Ce voyage, c’était un ascenseur émotionnel constant, résume Gui. Chaque fois c’était pareil : on passait deux ou trois jours sans rien trouver, puis on finissait par tomber sur des trucs géniaux ! Lors de notre deuxième passage à Cape Coast, un jeune est arrivé avec un bunch de 60 disques en super état, alors que ça faisait plusieurs jours qu’on tournait en rond. »

Pour le trio, ce sont ces rencontres qui ont fait l’intérêt du voyage, plus que le digging. Toutes les histoires derrière les disques qu’ils ont ramenés les rendent inestimables : « maintenant qu’on les a, c’est super touchant pour nous de les jouer, ça nous rappelle tout ce qui s’est passé, notamment les moments où on mangeait chez des familles en écoutant leurs disques. À la fin du séjour, on a offert une platine portable à un vieux monsieur pour qu’il puisse écouter ses disques qu’il n’avait pas entendus depuis des années, c’était super émouvant. » Le groupe a même eu l’occasion de se rendre dans le studio du fils de C.K Mann, musicien tout comme son père, célébrité des années 70 décédée quelques mois avant leur arrivée.

Depuis, le trio a eu l’occasion de jouer les disques lors d’une soirée organisée au café Mancuso en septembre dernier. À peine rentrés, Charles, Gui et François comptent déjà remettre le couvert : « on pense à repartir, racontent-ils. On va faire un autre pays cette fois, on devrait y aller en février. »

Alors, en attendant une nouvelle expédition, le mix de Sir Gui & his International Band, uniquement composé de raretés ramenées du Ghana, est à découvrir ci-dessous.

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