Paris : une expo pour dire au revoir au Centre Wallonie-Bruxelles avant les travaux

Écrit par Célia Laborie
Le 13.06.2022, à 12h42
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Écrit par Célia Laborie
Le Centre Wallonie-Bruxelles, dédié à la création contemporaine belge depuis 1979, s’apprête à fermer ses portes à la mi-juin pour neuf mois de travaux. Pour dire au revoir à son public, son équipe a mis en place l’exposition Les Heures Sauvages avec des installations créées spécialement pour l’occasion, des performances et des lectures jusqu’au 19 juin. Neuf jours pour raconter les marges et questionner la place des œuvres dans un espace voué à la reconstruction.

Des débris de béton et de polystyrène au sol, des planches de bois de récupération accrochées aux murs, une épaisse corde suspendue au plafond : les travaux n’ont certes pas commencé au Centre Wallonie-Bruxelles, mais cette nouvelle exposition prend des airs de démolition party. L’espace dédié à la nouvelle garde de l’art belge doit fermer neuf mois pour des rénovations. Il convie donc le public aux Heures Sauvages, une exposition autour de la notion de fugitif et de la désacralisation des œuvres. « Nous avons choisi d’exposer des artistes qui jouent sur le désanoblissement du lieu muséal, le réanoblissement de la marge », insiste Stéphanie Pécourt, directrice du centre.

D’après elle, ces Heures Sauvages racontent aussi ce que doit devenir le musée après les travaux, un espace « plus brut, plus poreux ». Les artistes se sont d’ailleurs permis de jouer avec les différents espaces. Dès l’entrée, les visiteurs sont accueillis par la sculpture créée spécialement pour l’occasion par Tatiana Wolska, Installation In-Situ. Un abri improbable, fait de  planches de bois, d’un casque de chantier, de gobelets en carton et d’un petit traîneau rouge. Au mois de juin, l’artiste polonaise est venue glaner des objets et des matériaux gisant dans les recoins du centre. Comme l’explique Stéphanie Pécourt, elle en a tiré « un pied de nez à l’idée de beau, une œuvre où rien n’est noble ». 

Crâne humain et puzzle érotique

Sabrina Montiel-Soto, artiste d’origine vénézuélienne, est carrément venue fissurer les dalles en marbre du sol, pour accompagner son oeuvre Trata de recordar, composée aussi d’une impressionnante photo d’un crâne humain vu de dessus, marqué par une fissure sinueuse. Pour l’artiste, qui a récupéré ce crâne à un ami médecin parti à la retraite, « la fissure représente une forme de mémoire ancestrale, à laquelle on n’a pas forcément accès, mais qui est toujours gravée en nous ». Son œuvre entre en dialogue avec une autre fissure, la trace rouge sang qui lézarde Survival Route. L’artiste bruxelloise Lucile Bertand, passionnée par les récits de femmes « qui ont dû partir loin de chez elles », a peint sur une couverture de survie le parcours d’une migrante hondurienne partie jusqu’à Houston pour fuir la violence des gangs de narcos. 

Tout au long de la semaine, des performances, projections et lectures se succéderont dans les différents espaces du Centre Wallonie-Bruxelles, de Plus One  de Sophie Guisset (vendredi 17 juin), dans laquelle le spectateur est invité à assembler les pièces d’un immense puzzle érotique, à la représentation de Bal, La suite, du duo Les Inapproprié.e.s (samedi 18 juin), où le public sera invité à danser avec les artistes. Des moments uniques, rendus d’autant plus précieux par l’imminence de la fermeture, pour réaffirmer la vocation du centre d’art : briser les frontières entre le noble et l’ordinaire, entre les artistes et leur public, entre la destruction et la construction. 

Retrouvez l’exposition Les Heures Sauvages au Centre Wallonie-Bruxelles du 10 au 19 juin, au 127-129 rue Saint-Martin à Paris.  Entrée libre.

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