Paris : Qui est Nipples, ce collectif qui organise les afters les plus libres de la capitale ?

Écrit par Alexis Tytelman
Le 17.06.2019, à 11h14
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©Luc de Lagonterie
Écrit par Alexis Tytelman
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Avec leurs afters à la croisée de l’art contemporain et de la teuf classique, le collectif Nipples a décollé en à peine un an. Formé par une bande de quatre copines autour desquelles gravite une équipe de DJ’s, performers résidents et bénévoles dévoués, le crew organise régulièrement des évènements en région parisienne et, grâce à leur succès, se fait désormais inviter sur des évènements d’ampleur aux cotés de Camion Bazar, El Hey et Alter Paname. 

Events privés sur groupe Facebook secret, compte Instagram désactivé en vertu – comme le réseau social en a l’habitude – de signalements de photographies jugées indécentes par les internautes : les Nipples n’ont pas peur de choquer. Entre performances d’art contemporain et live électroniques, libre exposition mammaire et ambiance « venez comme vous êtes », leurs afters sont désormais réputés dans toute la capitale. Un an seulement après la création du collectif, la mayonnaise commence à prendre, la bande de copines pouvant se targuer d’avoir été invitée à retourner La Station, au Parc Astérix avec Alter Paname etc. Entretien à quatre voix avec une équipe de teufeuses déterminées à libérer un milieu trop souvent gangréné par la police des mœurs.

Qui êtes-vous et quel est votre rôle au sein de Nipples ?

Rafaèle : Je suis producer dans une agence audiovisuelle et je m’occupe de digger des lieux ainsi que d’une partie de la programmation artistique.

Marine : Je suis orthophoniste. Je pense que ce qui a fait la force de nos évènements, c’est le fait qu’on soit vraiment complémentaires toutes les quatre. Les tâches ne sont pas réparties de manière fixe, mais tout se fait de manière fluide.

Lise : J’ai une petite agence de visite guidée à Paris et je m’occupe de l’exploitation. Julie, qui n’a pas pu être là pour l’interview, alias Fisstuline – dont le compte Instagram a d’ailleurs été désactivé pour « contenu montrant des corps trop dénudés »… #Prayforfisstu – touche aussi à tout, avec une préférence pour la direction artistique. Le noyau dur de Nipples, c’est nous quatre, nos DJ’s et performers résidents (Yosh’, Yasmeen, DelSkiz‘, Amber, Sainte Chanèle et Modestie) ainsi que les bénévoles qui sont souvent les mêmes.

Pouvez-vous raconter la naissance du collectif ?

Marine : Tout commence au milieu de l’hiver 2017, autour d’une terrible raclette… [rires] On a trouvé le nom tout de suite, mais au départ, nous n’étions pas parti sur l’after. On a juste essayé de définir notre identité, de poser les bases.

Lise : C’est quand même un investissement de faire partie d’un collectif comme ça. Je me souviens encore quand les proprios du premier lieu nous ont dit qu’on pouvait commencer à 7h du matin. On s’est dit « Woaaaw, vraiment ? » Mazal tov, c’était parti. Puis, quand on nous a proposé La Station, l’Alter Paname, le Cabaret Sauvage, on a su que ça devenait du sérieux

Rafaèle : Ça a été un regroupement très spontané, en réalité.

Vous imaginiez, autour de cette raclette, que vous finiriez par tenir une scène au Parc Astérix ?

Marine : On a eu la chance, très rapidement, d’etre invitées sur des évènements d’ampleurs, comme Alter Paname où l’on tenait la scène « Orgie Romaine » avec El Hey. Personnellement, je n’arrive toujours pas à m’en remettre.

Lise : Ça faisait à peine un an qu’on existait lorsqu’ils nous ont appelées ! Tu imagines ? Le montage était incroyable, avec ces énormes scènes, le cargo d’Astropolis… Je m’en souviendrai toute ma vie. On a fait des écharpes Miss France avec des surnoms pour tous nos potes, soit à peu près 90 personnes. Ils font intégralement partie de la réussite de Nipples pour moi. Chacun, avec sa personnalité et sa folie, apporte sa pierre à l’édifice.

Marine : On a un peu flippé car on était les petites, mais on a décidé de tout donner, de danser comme des malades pour mettre l’ambiance. L’ouverture avec Julie déguisée en « Cléopute » et Lise en « Falbashlag » sur fond de tambour… Mémorable.

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Il y a presque 1500 personnes sur votre groupe Facebook, mais toujours aucun évènement public… Pourquoi ?

Lise :  Certains peuvent se méprendre sur ce qu’on offre et pensent qu’ils vont venir et voir plein de nana toutes nues alors que, en fait, ce n’est pas du tout l’essentiel. C’est pour ça qu’on essaie de garder un côté un peu « privé ».

Rafaèle : C’était important pour nous de garder le côté intimiste, les amis des amis: créer une communauté dont chaque membre peut connecter avec les autres.

C’est quoi, être Nipples ?

Rafaèle : Pour moi, c’est tout simplement être soi même. Libre et sans complexe. 

Lise : Libre de faire ou de ne pas faire, d’ailleurs. On ne force personne, c’est pour ça qu’on essaie de garder un coté intimiste : comme à la maison. Mais on dit souvent que Marine est la plus « burneuse » des Nipples…

Marine : Je savais que tu allais dire ça à un moment ! J’approuve ce qui a été dit. C’est vraiment la liberté qui définit le truc. On ne cherche pas le trash mais on ne peut pas dire non plus qu’on a un profil « lisse », si tu vois ce que je veux dire.

Et un after Nipples ?

Rafaèle : Les afters Nipples, c’est l’essence de la fête telle qu’on l’a vit depuis des années. On a lancé ça car on était déjà des teufeuses aguerries depuis des années.

Lise : Bien sûr, et puis tu ne peux pas faire de teufs privées si tu n’as pas de réseau et d’expérience à la base, d’après moi. Il y a plusieurs phases, comme dans tout after. Après le montage, il y a la vague du matin qui est très rythmée : on relance des gens qui ont encore l’énergie de leur soirée. Vers midi, quand certains commencent à partir et d’autres arrivent pour commencer la journée, on apaise un peu l’ambiance. Ça peut etre de la tech house solaire ou tout simplement des BPMs plus lent. Vers 15-16h, ça repart généralement en trombe.

Marine : Les afters durent quasiment toute la journée. Il y a du live, des performances, et ça arrive que l’on commence dans une pièce, puis que l’on change carrément d’endroit au milieu de la teuf. La première Nipples a commencé dans une petite salle intimiste avant de se déplacer vers l’extérieur. On a fait pareil à Cartier Bresson… On est ambitieuses, c’est vrai, et on cherche toujours des lieux inexploités.

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Comment s’élabore la ligne directrice de la programmation ?

Raphaëlle : On reste dans le domaine electronica, avec un focus sur le live. On ne va pas sur des terrains trop éloignés. Donc on reste sur de la teuf électronique. Depuis peu, on a lancé notre propre équipe de résidents, dont Amber, qui est une des premières à avoir joué à nos soirées. Elle fait un carton à chaque fois.

Lise : On essaie d’explorer plein d’univers : de la techno à la dark disco en passant par la new wave. C’est là où l’after est un bon format, tu as le temps de passer par plein d’étapes. 

Marine : On a toujours de bons retours, donc les gens kiffent, et ça nous encourage à continuer. La dernière fois, au festival de Fauchage Collectif (orienté rock et punk), on a tenu une scène sans connaître personne. Apparemment, ça a plu. En général, le coté « performance » de nos évènements attire un public assez large.

Quelle est la place de ces performances dans vos afters ?

Lise : C’est vrai qu’on nous a parfois présenté comme un collectif d’art contemporain, notamment sur le site des Beaux-Arts. Rafaèle bosse dedans, et on est toutes des passionnées. La plupart des performers, plasticiens ou autres sont des amis. Donc je dirais que c’est un élément central.

Rafaèle : Depuis le Camion Bazar à La Station, les happenings et performances font intégralement partie du délire. On essaie de rendre la scène vivante.

Et le public, à quoi ressemble-t-il ?

Rafaèle : C’est très divers : du CSP ++ au RSA.

Lise : Je pense qu’on rassemble deux milieux de la teuf assez différents. Que tu sois gay, hétéro, pudique ou non, à Nipples, tu peux venir avec n’importe quel téton.

Marine : Tout le monde a un téton…

Raphaëlle : Tout le monde a deux tétons d’ailleurs.

Quel est votre meilleur souvenir de Nipples ? 

Marine : Le set de Sainte Chanèle, pour la première fois en public. Quand elle a fini de jouer, tout le monde était sur le cul. Et c’est pareil à chaque fois maintenant.

Lise : Tout le monde veut la connaitre, elle n’a même pas de page Soundcloud, commence à peine à jouer sur CDJ. C’est une de nos résidentes, et personne ne va nous la piquer ! Non en vrai on essaie de les mettre en valeur, de relayer les événements auxquels ils participent… Mon meilleur souvenir c’est a un moment où j’étais au bar, la tête dans le guidon, et j’entends des gens crier comme des oufs. Je lève les yeux, et en fait c’était un dawa monstrueux sur le morceau « You make me feel » de Sylvester.

Et pour la suite ?

Nipples : Plein d’afters mystère !

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