Paris : mode underground et musiques électroniques vont investir La Station pour 2 jours de fête engagée

Écrit par Jean Gueguen
Le 17.10.2019, à 17h03
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©Victor Maître
Écrit par Jean Gueguen
Les 26 et 27 octobre, la Station – Gare des mines accueillera Crossfade, un foisonnement pluridisciplinaire mêlant conférences, performances musicales et artistiques en tout genre, réflexions militantes et déchaînement festif. Trax Magazine a rencontré le collectif de mode Gamut, dont le bras événementiel Chosen Family co-organise ce weekend avec l’Institut Français de Mode.

Le weekend Crossfade est le produit d’une collaboration entre le collectif Gamut et l’Institut Français de Mode (IFM). Est-ce une première ? Quels liens vous ont rapprochés ?

On a déjà réalisé un workshop de création avec les étudiants de master. Thierry Rondenet et Hervé Yvrenogeau étaient les professeurs des designers du collectif à l’école d’arts visuels de La Cambre, à Bruxelles. Ils ont repris la direction du bachelor et master création de l’IFM suite à sa fusion avec l’École de la Chambre Syndicale de Couture Parisienne. Ils étaient intéressés par le projet Gamut, par le fait qu’il soit porté par d’anciens étudiants à eux, mais aussi par les valeurs du collectif et les activités que nous avons à La Station.

Qu’est-ce qui dans votre démarche peut intéresser leurs étudiants ?

Déjà, nous sommes dans une économie très différente de celles des grandes maisons, qui ne sont plus du tout accessibles pour un jeune designer. Nous revenons à une façon de faire plus punk qui peut inspirer les étudiants en leur montrant que la création existe à des échelles économiques plus modestes, mais pas pour autant moins ambitieuses. Les jeunes étudiants ont de plus en plus une conception de la mode centrée sur elle-même ! La pratique de la mode ne peut faire autrement que de se nourrir d’autres formes de création et de culture. Il faut d’autres références que Christian Dior ou John Galliano. D’où Crossfade. De plus, on est très proches de la Station. On a fait notre premier défilé là-bas, notre partie événementielle, Chosen Family, y organise régulièrement des soirées concerts et clubbing. Thierry Rondenet et Hervé Yvrenogeau sont attirés par l’énergie de ce lieu et souhaitent le partager avec leurs étudiants. Ils ont compris qu’il y avait à la Station une scène émergente bouillonnante et ils ont envie que leurs élèves se rapprochent de ces réseaux.

Est-ce à dire que la mode serait plus isolée que d’autres arts ?

Dernièrement oui, c’est ce qui revient à travers des projets comme Anti Fashion. Même si elle a un rapport proche à l’art contemporain, la musique, l’image, y compris dans les grandes maisons, la mode aujourd’hui n’est pas avant-gardiste et peut avoir quelque chose d’aseptisé. Elle est très installée, c’est un énorme marché économique mondialisé. Via la Station et ce qu’on essaie de faire avec Gamut, on veut montrer autre chose, revenir à une idée de la mode plus aventurière.

L’événement cherche aussi à mettre en avant les cultures underground. Quel rapport entretiennent-elles avec le milieu de la mode ?

Historiquement, l’underground a toujours inspiré le mainstream. On le voit encore aujourd’hui avec Le Bon Marché et le punk. Une partie du collectif est aussi chez Polychrome, une association militante sur la question queer, d’où cette exploration. Notre volonté était de déplacer le regard, de décentrer, d’aller voir ailleurs que les images qu’on nous vend habituellement. Poser des questions pour que les étudiants s’en posent aussi et n’aillent pas toujours vers cette évidence matraquée tous les jours sur la représentation. Inclure. Pour donner un aperçu des possibles, de nouvelles options, de nouveaux modèles.

Ces deux jours à la station réuniront universitaires, artistes et professionnels de la mode et de la musique, quel intérêt y a-t-il à confronter leur discours respectif ?

On va essayer de les rendre complémentaires. Le projet de ce week-end était de proposer quelque chose de très éloigné d’un séminaire avec des conférences classiques, qui soit foisonnant en termes de formats d’intervention, avec une énergie qui représente ce qui se passe actuellement à la Station, un lieu où il y a beaucoup de militantisme. L’idée était de proposer aux universitaires d’avoir une intervention créative, pour que ça reste accessible aux jeunes étudiants ou au public intéressé.

En quoi la programmation musicale du samedi soir rejoint-elle l’objet de l’événement ?

On aura par exemple Dustin Muchuvitz, une grosse icône parisienne du moment, dans un mouvement très no gender. Un autre bon exemple parmi d’autres est Faka, qui, au-delà d’un live, se définit comme un mouvement artistique assez total sur la lutte queer et décoloniale en Afrique du Sud, avec un rapport au corps et à la représentation très créatif, frais, et qui ont une énergie en live assez folle. Ils créent des ponts entre visuel, mode et musique, et ils feront le lien entre la nuit et le jour puisqu’ils participent à un talk le dimanche, avec Kiddy Smile.

Pour toujours plus de mode underground, rendez-vous le 26 et 27 octobre à la Station-Gare des mines. Toutes les informations sont à retrouver sur la page Facebook de l’évènement.

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