Paris : La nouvelle expo du Palais de Tokyo est un cri d’alerte face à l’urgence climatique

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Aurélien Mole
Le 19.04.2022, à 16h23
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©Aurélien Mole
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Dans sa nouvelle saison, l’institution s’empare jusqu’au 4 septembre prochain de la problématique écologique à travers un parcours protéiforme et engagé.

Par Antonin Gratien

« Il faut agir », rappelle Daria de Beauvais, commissaire de l’exposition éponyme et de celle de Mimosa Echard du Palais de Tokyo : Réclamer la Terre. Titre fort pour une proposition radicale, « autant prise de conscience que cri de ralliement ». Alors que le GIEC a publié le lundi 4 avril passé le dernier volet de son sixième rapport traitant, notamment, de l’évolution climatologique et ses conséquences sur la biodiversité, le centre d’art contemporain esquisse une réinvention de nos rapports à l’écosystème terrestre. La méthode ? Accueillir 8 expositions dont une collective regroupant 14 artistes – parmi lesquels 2 collectifs – majoritairement extra-occidentaux qui, à la manière de « vigies », « nous partagent leur imaginaire, leur vision sur des façons alternatives d’habiter le monde ». Que ce soit en revalorisant des spiritualités autochtones plus respectueuses de l’environnement, en célébrant une structure collaborative verte ou en dénonçant ouvertement le saccage de nos eaux, ciels, et sols – tous les artistes invités rejettent d’un bloc, et via sculptures, vidéos ou installations immersives, l’idée selon laquelle l’homo sapiens occuperait une place de surplomb légitimement dominante par rapport au non-humain. Positionnement idéologique nécessaire, car condition sine qua non d’une pensée renouvelée en faveur de l’écologie.

Judy Watson, Exposition Réclamer la terre, Palais de Tokyo (15.04.2022 – 04.09.2022). 
Photo : Aurélien Mole 
 ©Aurélien Mole

Pointer les périls, exiger le changement

Scène de désolation. Un monument « aux morts » horizontal d’Abbas Akhavan met en scène plusieurs végétaux en bronze, disposés sur des draps blancs comme des cadavres – manière d’évoquer la vulnérabilité de nos biosphères. À quelques mètres, trois sculptures totémiques nous toisent ; elles gardent l’entrée d’une salle où un film de Karrabing Film Collective donne à voir plusieurs enfants aborigènes s’amusant au creux d’une forêt qui, sous l’influence néfaste d’un zombie, se transforme en décharge. La nature se meurt, et nous en sommes responsables. Un message leitmotiv de Réclamer la Terre aussi décliné, par exemple, sous forme de toiles illustrant la brutale revanche de plantes tropicales importées en Europe durant les colonisations de l’Amérique du Sud. Ou d’un habillage sonore inspiré du chant larmoyant d’un oiseau menacé de disparition.

Toujours du côté de l’exposition “Réclamer la Terre” et sur une note plus enjouée, l’architecture d’un sanctuaire de soin imaginaire (Nono: Soil Temple de Tabita Rezaire et Yussef Agbo Ola) souligne qu’une relation moins prédatrice à l’environnement est possible. Le Palais de Tokyo en offre d’ailleurs un exemple pratique à travers l’exposition célébrant “Les 20 ans du Jardin aux habitant-es“. Un projet crée par Robert Milin, et qui rassemble plusieurs amateurs de jardinage autour de la culture collaborative d’une parcelle de terre arable localisée à côté de l’institution. Prévention, association… Voila les maîtres mots d’une urgente révolution de nos habitudes vis-à-vis de la Terre au rang desquels le Palais de Tokyo n’oublie pas de citer l’artisanat. L’immersion dans une salle dédiée à l’élaboration de vin naturel rappelle que les logiques de productions locales peuvent servir de contre-modèle (temps long, circuits courts…) au paradigme de l’industrie de masse, et de l’exploitation exponentielle des ressources.

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Amakaba × Olaniyi Studio, Exposition Réclamer la terre, Palais de Tokyo (15.04.2022 – 04.09.2022). Photo : Aurélien Mole
©Aurélien Mole

À ces réflexions pratiques l’exposition Sporal consacrée aux travaux de Mimosa Echard ajoute une touche aussi surprenante que bienvenue, en nous entraînant vers les rivages bigarrés et hybrides d’un écosystème hallucinatoire. Une gigantesque impression sur tissu reproduisant sous la forme d’un patchwork des teintures végétales, diagrammes de disques durs et motifs psychédéliques nous ouvre les portes d’un univers fantasmagorique où le technologique s’harmoniserait (enfin ?) avec la nature. Clôture rêveuse d’un parcours convoquant en concerto une large gamme du vivant.

Capture filmée des pérégrinations d’un ado et sa troupe de chiens dans l’archipel des Comores par Laura Henno dans l’expo “Ge Ouryao! Pourquoi t’as peur!“, peintures d’oliviers millénaires libanais d’Etel Adnan du côté de “A Roof for Silence“, Réclamer la Terre, un biotope à part entière. Espace de réconciliation des règnes (animal, végétal, minéral) dédié aux franches dénonciations, questionnements cruciaux et enthousiasmantes perspectives.

Une proposition qui sera ponctuellement enrichie de concerts, séminaires et performances. De quoi apporter, sans doute, de nouveaux éléments de réponse à la question qui innerve l’ensemble des expositions présentées : comment habiter le monde, à l’heure où celui-ci se consume ? Problématique urgente, posée par une institution qui, avec cette saison artistique, donne à nouveau la preuve qu’elle place au cœur de ses préoccupations le commentaire alerte des enjeux de société contemporain.

Installation de Megan Cope et peintures de Judy Watson, 
Exposition Réclamer la terre, Palais de Tokyo (15.04.2022 – 04.09.2022). Photo : Aurélien Mole  



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Plus d’informations sur l’exposition Réclamer la Terre sont à retrouver sur le site du Palais de Tokyo.

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