Paris : Le festival ManiFeste mêle musique et science pour un mois d’événements audiovisuels

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Herve Veronese
Le 08.06.2021, à 12h14
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©Herve Veronese
Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Herve Veronese
A l’heure où les concerts-tests font avancer la recherche scientifique, le festival ManiFeste propose précisément une alternative à la tendance : coupler la recherche technologique et la musique pour créer de l’art, dans la droite tradition de l’Ircam.

Par Maxime Jacob

Dimanche 30 mai, une bonne partie du corps scientifique français avait les yeux tournés vers l’AccordHotels Arena, où Indochine donnait un concert-test afin de cartographier les échanges de fluides entre les 5 000 fans cobayes. Les autres se réservaient pour le lendemain 19h : lundi 31 mai, ManiFeste ouvrait ses portes au public, dans la Grande salle du Centre Pompidou, à Paris. Jusqu’au 30 juin, le festival de l’Ircam (l’Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique) entend rappeler que la science et la musique ne sont pas deux domaines hermétiques l’un à l’autre, et que les scientifiques ont leur place dans le processus créatif.  

Au Centre Pompidou, on respecte ainsi le protocole sanitaire. En revanche, ce sont les artistes qui expérimentent directement sur scène avec les équipes de l’Ircam. Qui est Musicien.enne ?, demande au public le centre de recherche initié par Pierre Boulez en 1977 à l’occasion de cette soirée d’ouverture. Les artistes au programme sont tous sortis du Cursus, la formation diplômante et internationalement réputée de l’Ircam. D’abord, c’est Fanny Vicens et son accordéon microtonal XAMP qui s’avance dans le noir pour jouer une création d’Oren Boneh, sorti de classe en 2020. L’artiste laisse rapidement sa place à un contre-ténor, seul en scène dans l’opéra minimaliste Heave de la compositrice israélienne Sivan Eldar. 

©Ircam, Deborah Lopatin

Mais c’est bien la troisième proposition du jour qui retient l’attention de l’auditoire : la performance audiovisuelle Mutations of Matter, créée en 2008 par Roque Rivas et Carlos Franklin, une réflexion sur le développement architectural et urbain de la ville de New York. Sur scène, deux écrans se répondent l’un à l’autre, où sont projetées des scènes de rue tournées dans Brooklyn et le Bronx, où les réseaux tentaculaires de transports en commun s’animent. Les images de Carlos Franklin sont mises en musique par un quartet composé de deux sopranos, d’un ténor et d’un baryton, auquel Roque Rivas ajoute une touche IDM. Un métronome bat une mesure irrégulière sur des voix syncopées, des bruits blancs, qui confinent parfois au clapotis, semblent se multiplier de façon exponentielle, et le propos apparaît : comment la vie s’empare d’une planification architecturale, comment un réseau fini et ordonné est colonisé par l’imprévu. L’œuvre sample de façon répétée la voix du théoricien de l’architecture Rem Koolhaas : « Il y a une situation de surcharge, une culture d’obstruction, en partie concrète et en partie virtuelle », résonne-t-elle alors qu’un New Yorkais breakdance sur un morceau muté.

Si la perspective d’être bluffé.e par une performance audiovisuelle vertigineuse ne vous branche pas ou si vous détestez l’architecture et New York, Trax vous conseille cependant d’assister à Saturday Raster Fever : Raster right now !, soirée du festival consacrée au clubbing. Prévu le 12 juin au CentQuatre dans le cadre du festival, l’événement hébergera les nouveaux live sets audiovisuels de Byetone et Dasha Rush.

Dasha Rush©D.R

En plus des concerts, le festival propose des conférences et installations, réparties dans des lieux emblématiques de la création parisienne : le CentQuatre, donc, mais aussi le Centre Pompidou et la Cité de la musique. 

Le reste de la programmation du festival est à retrouver sur le site de ManiFeste.

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