Paris : Au Badaboum, les résident·e·s créent eux-mêmes l’ADN du club

Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Lily Rault
Le 05.05.2022, à 08h22
04 MIN LI-
RE
©Lily Rault
Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Lily Rault
0 Partages
Samedi dernier, Belaria a pris les commandes du Badaboum. Fraîchement résidente du club parisien, la prodige organisait à cette occasion une collecte de fonds pour Utopia 56, une association qui vient en aide aux personnes exilées. À l’instar de cette soirée co-pilotée par Benjamin Charvet, directeur artistique du lieu, d’autres suivront cette ligne engagée, bienveillante et à la prog ultra quali. On vous raconte le process.

Quand les boss du Badaboum demandent à Benjamin Charvet de réécrire sa vision du club post-Covid, le directeur artistique n’a pas besoin de se creuser les méninges bien longtemps. Tout est clair dans sa tête. Alors depuis la Savoie en confinement, il imagine déjà la réouverture du club, son ADN, ses résident·e·s… Et c’est ainsi qu’il part d’une copie blanche en esquissant deux constats. Premièrement, les femmes artistes ne sont pas assez représentées dans l’industrie de la musique alors que les profils féminins explosent dans la région parisienne. Deuxièmement, ce sont toujours les mêmes artistes hommes qui tournent. Il faut donc les faire venir d’ailleurs.

La DA aux artistes

Cette “pure team”, comme la décrit Benjamin, se compose de Andy4K, Chez Damier, Olympe4000, Belaria, Damiano Von Erckert, Krystal Klear, Demuja et RAG. Des artistes aussi prometteur·se·s que renommé·e·s, faisant la fierté du DA, qui explique son choix tout sourire : « Andy4K était résidente avant le confinement donc c’est naturellement qu’on lui a proposé de faire partie de cette nouvelle équipe. » Pour la concernée, c’est la possibilité de pouvoir exprimer son univers, sans être jugée par la programmation. « J’ai l’impression qu’ils comprennent ma vision et essaye de la rendre possible au maximum », dit-elle. « Très peu de clubs parisiens ont une identité aussi hybride et libre. J’ai l’impression de représenter mon 11ème, et ça n’a pas de prix. »

Très peu de clubs parisiens ont une identité aussi hybride et libre.

Andy4K

Pour Belaria, Benjamin a suivi sa réussite sur Chineurs de House. Quelques échanges passionnant sur la musique et son univers house, italo et new wave plus tard, il l’invite sur le retour d’une fête organisée avec Dure Vie où joue MCDE. « Du haut de ses 21 ans, elle avait retourné le lieu », raconte le DA. « MCDE était très impressionné, tout comme nous, donc j’ai proposé de la prendre en résidence. Elle a recommandé le duo Infravision, qui reste une des plus belles fête du club. Elle avait visé plus que juste. » Belaria, qui se félicite de cette soirée inoubliable, aime créer des synergies entre les artistes. Et elle ne quittera pour rien au monde cette casquette de DA : « C’était très important pour moi qu’Infravision soient les premiers guests de la saison. En plus d’être devenus des potes c’est vraiment des gars qui font un taff que j’admire et qui m’inspirent beaucoup ! C’était vraiment une super belle teuf », se souvient-elle.

Enfin, concernant RAG et Olympe 4000, si la première est une actrice majeure de la scène LGBTQIA+ qui organise les plus grosses soirées lesbiennes avec (Barbieturix, Wet For Me etc.) « C’est une très bonne DJ avec qui on travaille sur un nouveau projet, ça va ouvrir en juin. C’est un plaisir, j’apprends beaucoup à ses cotés. », la seconde a retourné le club lors d’un all night long de 7h30 et encore quelques fois depuis. « On en revenait pas », s’étouffe encore Benjamin.

Au delà des frontières

Ce plaisir, Benjamin l’éprouve également en s’entourant de personnes aux valeurs sûres. C’est donc tout naturellement que l’Allemand Demuja, l’Autrichien Damiano Von Erckert, l’Américain Chez Damier et l’Irlandais Krystal Klear ont rejoint l’équipe en janvier. Il s’explique : « J’ai sélectionné 4 artistes avec qui je travaille depuis des années et avec qui j’ai une vraie affinité musicale. J’ai invité Demuja pour sa première date à Paris avec le collectif Bashed Groove au Panic Room, puis on l’a fait joué un peu partout avec Dure Vie, c’était logique de le prendre. » Enfin, alors que Damiano est devenu un ami avec les années et que Krystal Klear s’est vu proposé une résidence après avoir joué le même soir que par Belaria, Chez Damier incarne une véritable légende aux yeux de Benjamin. « Je l’ai invité pour mon premier booking all night long au Rex Club pour les 3 ans de Dure vie et pour une date du label Popcorn Records. Ces choix viennent du coté humain que j’aime dans la musique et son industrie. On finit avec une pure team de résidente.s », se réjouit-il.

Benjamin Charvet semble donc fonctionner au coup de cœur. Si ça roule, c’est que ça va rouler. Et si tout ce processus de création a largement été dicté par ses affinités, le directeur artistique a bien conscience des enjeux économiques des nuits parisiennes. « Il faut être réaliste », tranche-t-il. « La concurrence n’a plus rien à voir. Maintenant, il y’a 30 soirées par week-end, les gens se déplacent pour des collectifs forts ou des gros noms. Pendant des années, les clubs tournaient avec des résident·e·s, ils·elles jouaient parfois 10/15 fois par an, ils·elles étaient l’ADN du club. » Alors, pour Benjamin la recette est simple : il faut mixer l’ancien modèle avec le nouveau. « Je trouve super excitant de voir des jeunes artistes féminines parisiennes inviter des grands noms. Je n’étais pas surpris que les agent·e·s jouent le jeu avec nous et acceptent assez simplement. On apporte au club une crédibilité et un vent de fraîcheur. Ça fait du bien, on attend chaque résidence avec beaucoup d’excitation », conclue-t-il.  

Toutes les informations, la billetterie et la programmation complète du Badaboum sont à retrouver sur le site internet et la page Facebook du club.

0 Partages

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant