Dans son dernier ballet, la chorégraphe Dada Masilo explore ses origines avec une énergie folle

Écrit par Cécile Giraud
Le 22.11.2022, à 10h41
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Écrit par Cécile Giraud
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Du 7 au 10 décembre, La Villette présente le dernier ballet de Dada Masilo, Le Sacrifice. Mariage forcé, homophobie, asservissement, violence domestique… À travers son héritage botswanais, la chorégraphe plonge dans le mouvement complexe Tswana pour dénoncer les stéréotypes de genre et interroge la notion de sacrifice.

Il n’est jamais trop tard pour étudier notre héritage. Même dans ses retranchements les plus complexes. Si la passion de Dada Masilo pour les grands ballets de répertoire n’est plus un secret, c’est bien la première fois que la chorégraphe se penche sur la danse tswanaise, l’un des bijoux du patrimoine bostwanais dont Dada Masilo est d’origine. Un jour, l’ancienne étudiante aux Performing Arts Research and Training Studios de Bruxelles déclarait : « J’ai eu le privilège d’apprendre une petite partie du Sacre du Printemps de Pina Bausch. J’étais intriguée par les rythmes complexes de la partition de Stravinsky. Je suis une grande fan des rythmes difficiles. Avec toute ma formation en danse, je n’ai jamais, jusqu’à présent, étudié le mouvement Tswana, qui est en fait la culture de mon héritage.»

Dada Masilo’s The Sacrifice Publicity photo shoot at The Dance Factory in Newtown, Johannesburg. South Africa. 06 March 2020 Photograph: John Hogg

Après être déjà venue à La Villette pour Giselle, elle fait son grand retour en France avec une nouvelle œuvre classique revisitée. En créant Le Sacrifice, elle explore ce que le rituel signifiait alors pour le peuple Tswana et ce qu’il signifie maintenant. Car au regard de l’œuvre musicale d’Igor Stravinsky, la pièce déroule l’histoire d’une jeune fille vouée à la mort selon un rite sacrificiel libératoire des forces saisonnières de la terre. La gestuelle est rapide, intuitive, et puise avec ferveur dans les rythmiques expressives des danses de guérison de ce peuple. Le tout est magnifié par la composition de Philip Meyer et la performance des musicien·nes, notamment la chanteuse Ann Masina, où chants, rires furtifs et scansions assènent en choeur un espace aussi épuré que texturé.

Au cœur de ce spectacle, outre la notion d’identité, on retrouve un questionnement récurent chez Dada Masilo : le genre et ses violences induites. Quel est le sens du sacrifice aujourd’hui ? Qui finit toujours par se sacrifier avant les autres ? Et pourquoi continuons-nous de sacrifier celles et ceux qui portent la terre ? Ici, l’artiste creuse ses intuitions en replaçant le récit au centre du mouvement de la jeune fille : « Le récit est très important pour moi, dit-elle. Je veux créer une histoire plus profonde qu’une jeune fille choisie qui danse elle-même. » Une volonté d’autant plus puissante quand on sait combien, en tant que femme noire, la chorégraphe s’est sacrifiée pour s’implanter dans le milieu de la danse contemporaine. Pari tenu et on en redemande.

Toutes les informations et la billetterie sont à retrouver sur le site internet de La Villette.

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